Jean Gabin : films en costumes

Sur les quatre-vingt-quinze films tournés par Gabin au cours de sa carrière, six seulement appartiennent au genre historique, pourtant fort à la mode durant toutes ces années : s’estimant trop « typé », l’acteur ne se sentait à l’aise que dans l’univers du XX’ siècle.

La Bandera de Julien Duvivier (1935) avec Jean Gabin, Annabella, Margo Lion, Viviane Romance, Robert Le Vigan, Pierre Renoir

Dès ses débuts au music-hall et dans ses premiers films, Gabin s’est façonné un personnage de titi parisien plein de gouaille, assez proche de sa personnalité à la ville. Une manière d’incarner un certain «air du temps» qui comptera pour beaucoup dans son succès naissant ; le spectateur appréciant de retrouver dans le Gabin de Paris-Béguin ou de La Belle marinière, un personnage proche de son collègue d’usine ou de son voisin de palier… Aussi Gabin se montre-t-il étonné lorsque le réalisateur Julien Duvivier lui propose en 1934 un rôle très éloigné de ce registre : celui de Ponce Pilate dans le film Golgotha, une évocation des derniers jours du Christ. Après moult hésitations, Gabin cède finalement à l’insistance de Duvivier, mais reste très dubitatif quant à sa crédibilité dans ce rôle de consul romain. Comme il le déclarera plus tard, « on ne pouvait pas dire que la petite jupette romaine m’allait comme un gant. Les cothurnes me faisaient mal et je me tordais les chevilles en marchant. Et si mon rôle, à la mesure de mes cheveux, était court, je me disais qu’il serait quand même assez long pour qu’on s’aperçoive que j’avais l’air con attifé comme ça ».
Et de fait, le critique Henri Jeanson écrira à la sortie du film : « quant à Jean Gabin, ce n’est pas du Golgotha qu’il descend mais de la Courtille, et d’ailleurs il s’en lave les pognes ! »…

Golgotha de Julien Duvivier (1935) avec Jean Gabin, Edwige Feuillère, Robert Le Vigan, Harry Baur
Déguisements

Voyant dans cette mésaventure la confirmation qu’il n’est pas fait pour les films historiques, Gabin évitera dès lors ce genre de projets. Certes, il tourne en 1937 La Grande illusion, mais la période de la Première Guerre n’est pas si éloignée, et son phrasé populaire y est on ne peut plus crédible. Il faudra donc attendre 1951 pour que l’acteur se risque à endosser à nouveau un costume d’époque, et encore s’agit-il d’une courte prestation : Max Ophüls lui offre en effet de jouer le paysan qui voit débarquer un groupe de prostituées en goguette dans Le Plaisir, film adapté des contes de Maupassant. Puis c’est au tour de Sacha Guitry de lui confier le rôle du Maréchal Lannes dans Napoléon, film pour lequel Gabin touchera deux millions de francs pour une seule phrase de dialogue ! « La seule difficulté que j’ai rencontrée en jouant cette scène a été de parvenir à ne pas me marrer en voyant mon superbe bénard de maréchal, qui m’avait valu de faire trois essayages, étendu près de moi, et qu’un accessoiriste consciencieux avait ensanglanté en raison du boulet autrichien qui m’avait cisaillé les pattes. Quant à mes belles pompes faites sur mesure, j’ai forcément jamais eu l’occasion de les mettre, et elles gisaient au pied de mon lit mais, sans doute par un réflexe d’économie, l’accessoiriste les avait, elles, laissées intactes. Ce qui était évidemment anachronique, compte tenu de ce qu’il m’était arrivé aux jambes ! ».  Après quoi, Gabin continuera sur sa lancée en tournant ses deux grands rôles historiques : celui de French Cancan, puis celui de Jean Valjean dans Les Misérables pour lequel, inquiet, il demande à Michel Audiard de lui écrire des dialogues à mi-chemin entre la langue d’Hugo et le «Gabin» habituel. Mais la réussite indéniable de ces deux films ne convainc pas l’acteur, qui ne tournera plus aucun film en costumes durant les vingt années que durera encore sa carrière. A ceux qui s’en étonnaient, Gabin répondait avec ironie : «Vous me voyez en costard Henri II ou Louis XV ? ». [Collection Gabin –  Eric Quéméré – 2005]

 

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Marc Riber dit :

    Merci ! Comme quoi cet immense acteur est finalement un témoignage de son temps au mème titre que les intérieurs , les habits , … que l’on trouve dans ses films.

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