Journaliste et romancier, l’auteur du Désordre et la nuit et de Marie-Octobre a également fait partie des scénaristes les plus prisés des années 1950 et 1960. Un statut qui lui a valu d’écrire pour des cinéastes comme Henri Decoin et Julien Duvivier.



Jacques Robert voit le jour à Lyon, le 27 juin 1921. Vingt ans plus tard et une licence de lettres en poche, le jeune homme se lance dans une voie qui le fascine depuis longtemps en entrant au Petit Dauphinois, un journal de Grenoble. Mais c’est à la Libération qu’il accomplit réellement son rêve en devenant grand reporter pour le magazine France Illustration : de l’Italie à l’Allemagne, il sillonne une Europe dévastée par la guerre. Au Danemark, le jeune journaliste décroche une exclusivité en parvenant à interviewer l’écrivain Louis-Ferdinand Céline qui, recherché par les autorités françaises pour ses écrits antisémites, a trouvé momentanément refuge à Copenhague. Puis ce sont les chroniques écrites pour la revue Samedi soir qui attirent l’attention sur sa plume, Jacques Robert y décrivant avec talent l’atmosphère des nuits parisiennes. Car si les faits le passionnent, la manière de les relater importe tout autant pour lui, comme le prouvera sa carrière de romancier.



Dès 1942, les éditions Albin Michel publiaient « L’Invitation à la vie », premier roman d’un jeune écrivain prometteur. De fait, Jacques Robert jonglera pendant de nombreuses années entre le journalisme et la littérature. Ses livres à suspense rencontrent un joli succès de librairie, et le roman « Le Désordre et la nuit » se verra même décerner en 1955 le Prix des Neuf. Le cinéma ne pouvait donc rester longtemps indifférent à son œuvre… C’est le comédien Daniel Gélin qui, pour son unique incursion dans la réalisation, s’empare le premier d’un roman de Robert : en 1952, il confie l’adaptation du livre « Les Dents longues » à Michel Audiard et Marcel Camus. L’année suivante, Henri Decoin offre en revanche à Jacques Robert de transposer lui-même son livre « Les Intrigantes », pour un film dont Jeanne Moreau sera la vedette. Enchanté de cette collaboration, Decoin fait de nouveau appel au romancier en 1957, lui demandant d’écrire un scénario original pour le film Le Feu aux poudres. Dès lors, Jacques Robert se voit considéré comme un auteur de cinéma à part entière. Il alternera les adaptations de ses propres romans et les scripts écrits spécialement pour le cinéma.



Très sollicité, Jacques Robert collabore à plusieurs grands succès de la fin des années 1950, comme Le Gorille vous salue bien et 125 rue Montmartre, deux films qui lancent définitivement Lino Ventura. En 1959, Julien Duvivier décide de porter à l’écran son roman Marie-Octobre : doté d’une intrigue redoutablement efficace et d’un casting prestigieux dominé par Danielle Darrieux, le film connaît un triomphe. Tout au long des années 1960, Robert écrit des polars sur mesure pour des vedettes comme Bernard Blier (Le Septième juré), Fernandel (L’Assassin est dans l’annuaire), Gabin (Maigret voit rouge), ou Jean Marais (Train d’enfer)… Au début de la décennie suivante, il livre encore le scénario de Quelqu’un derrière la porte et des Hommes, deux polars interprétés respectivement par Charles Bronson et Michel Constantin. Mais son activité se déplace ensuite du cinéma vers la télévision : il écrira notamment deux feuilletons pour le réalisateur Christian-Jaque, À vous de jouer Milord et La Nouvelle malle des Indes. Respecté à la fois comme romancier et comme scénariste, Jacques Robert s’est éteint en août 1997 à Rouen. [Collection Gabin – Eric Quéméré – février 2017]



L’histoire du Monocle
En 1961, Jacques Robert se lance avec le réalisateur Georges Lautner dans l’adaptation du « Monocle noir », un roman très sombre écrit par Gilbert Rémy, son pseudonyme à la résistance). Devenu écrivain, Renault a créé le personnage du « monocle », agent secret que l’acteur Paul Meurisse va en fait contribuer à rende plus comique que mystérieux. Contrairement aux craintes de la production, ce polar décalé plaira beaucoup au public, et Jacques Robert se verra chargé d’ne écrire deux suite : L’Oeil du Monocle (1962) et Le Monocle rit jaune (1964).

LE DÉSORDRE ET LA NUIT – Gilles Grangier (1958)
Sorti en mai 1958, ce film de Gilles Grangier met en scène un inspecteur de police qui, pour avoir du flair, n’en est pas moins très éloigné de la rigueur d’un Maigret. L’occasion pour Gabin d’une composition inédite, face à deux actrices d’exception. Tout est osé pour l’époque dans ce polar dur et tendre qui s’ouvre sur le visage en sueur d’un batteur de jazz noir dont le solo enflamme un cabaret du 8e arrondissement.

MARIE-OCTOBRE – Julien Duvivier (1959)
Un grand film de la fin des années 1950, signé Julien Duvivier et Henri Jeanson. Un véritable suspens, magistralement interprété par une pléiade de comédiens prestigieux. En 1944, ils formaient un réseau de Résistance. L’un deux a trahi. Des années plus tard « Marie-Octobre », seule femme du groupe, les réunit pour découvrir qui a trahi… Et, à la fin de l’enquête, le traître devra mourir !
- CHRISTIAN-JAQUE : L’ÉLÉGANCE EN MOUVEMENT
- GINETTE LECLERC : ENTRE OMBRE ET LUMIÈRE
- GAS-OIL – Gilles Grangier (1955)
- ARSENIC AND OLD LACE (Arsenic et vieilles dentelles) – Frank Capra (1944)
- FRITZ LANG ET LE FILM NOIR : UNE TRAVERSÉE DE L’OMBRE
En savoir plus sur mon cinéma à moi
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
Catégories :Histoire du cinéma

