La saga des Renoir

Le seul nom de Renoir suffit à évoquer deux géants de la culture française : le peintre Auguste et le cinéaste Jean. Mais cette prestigieuse famille compte d’autres membres moins connus du grand public, mais tout aussi engagés dans l’aventure artistique.

Auguste et Jean Renoir, en 1916 par Pierre Bonnard

Auguste Renoir naît en 1841 au sein d’une modeste famille de tailleurs. Doué pour le dessin, le jeune homme s’oriente d’abord vers le métier d’ouvrier décorateur. Mais, ne craignant pas d’affronter des conditions de vie difficiles, il se consacre bientôt à la peinture, qu’il contribue à révolutionner avec ses amis impressionnistes. Préférant la figure humaine au paysage, Renoir fait naître sous son pinceau tout un monde de canotiers du dimanche et de jeunes filles alanguies. Artiste de l’intime, il fait aussi le portrait de ses enfants, Pierre, Jean et Claude, et leur transmet son goût de la beauté… Sans se douter qu’en choisissant la voie du cinéma, son fils Jean occupera un jour au sein de ce nouvel art une place équivalente à la sienne dans l’histoire de la peinture. Conscient de cet héritage, le cinéaste rendra d’ailleurs hommage à son père dans French Cancan et Elena et les hommes, et n’hésitera pas à intituler l’un de ses films Le Déjeuner sur l’herbe, en référence à Manet.

Photographie non datée du peintre Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) Photographie non datée (AFP)
Frères amis

Mais Jean n’est pas le seul à faire preuve d’une fibre artistique : Pierre, le fils aîné, sera quant à lui acteur. C’est son cadet qui lui offre en 1932 son premier rôle d’envergure, celui du commissaire Maigret dans La Nuit du carrefour. Les deux frères collaboreront à nouveau pour Madame Bovary, puis La Marseillaise. Mais Pierre tourne aussi avec d’autres réalisateurs : il sera le capitaine Weller dans La Bandera, avant d’incarner Vautrin dans Le Père Goriot, puis Jéricho dans Les Enfants du Paradis. Quant à Claude, le « petit dernier », il n’échappera pas à l’attrait du cinéma : tout en consacrant sa vie à l’art de la céramique, il sera l’assistant de Jean pour La Marseillaise et La Bête humaine, avant de produire en 1938 La Règle du jeu. Mais les frères du cinéaste ne sont pas les seuls à se voir ainsi enrôlés dans ses films. Après avoir dirigé à plusieurs reprises sa première épouse, la comédienne Catherine Hessling (qui fut le dernier modèle de son père), Jean fera appel aux services de sa compagne Marguerite qui, bien qu’ils ne se soient jamais mariés, prendra le nom de Renoir : elle signera le montage de tous ses films au cours des années 30, avant de collaborer avec Jacques Becker pour, entre autres, Casque d’or et Touchez pas au grisbi.

Pierre Renoir
Troisième génération

Comme il fallait s’y attendre, les petits-enfants d’Auguste Renoir avaient toutes les chances de suivre l’exemple familial. Alain, le fils de Jean et de Catherine Hessling, sera assistant-caméra sur le tournage de La Bête humaine ; il signera ensuite la photographie de La Règle du jeu, ainsi que celle de deux films de Christian-Jaque, avant de s’éloigner des plateaux pour enseigner la littérature anglaise en Californie. En revanche, son cousin Claude, fils de l’acteur Pierre Renoir, fera une longue carrière de chef-opérateur, qui lui vaudra de collaborer à six reprises avec son oncle (notamment pour La Vie est à nousLe FleuveLe Carrosse d’or et Elena et les hommes), tout en participant à des films aussi différents que Rendez-vous de juilletLa Grande vadrouilleL’Espion qui m’aimait ou La Zizanie. Enfin, sa sœur Sophie sera comédienne comme son père : débutant en 1978 dans Attention, les enfants regardent, elle est apparue encore dans Espace détente. L’histoire ne dit pas combien de générations de Renoir s’illustreront encore dans le monde de l’art…

Partie de campagne – Jean Renoir – Tournée en 1936, sorti en salle en 1946
Affaire de famille

De tous les films de Jean Renoir, Partie de campagne est assurément celui qui symbolise le mieux son sens du « clan ». L’influence de son père Auguste y est en effet sensible aussi bien dans le sujet (des parisiens passant leur dimanche au bord de l’eau) que dans la réalisation : la scène où la jeune Henriette est juchée sur une balançoire s’inspire directement d’un tableau du maître. Par ailleurs, c’est le petit-fils du peintre, Claude Renoir, qui dans un émouvant passage de relais signe l’image du film, tandis que le fils du cinéaste, Alain y compose un petit rôle. Trois générations de Renoir se voyant ainsi représentées…

Le Déjeuner sur l’herbe – Jean Renoir (1959) avec Paul Meurisse et Catherine Rouvel
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