THREE STRANGERS – Jean Negulesco (1946)

A Londres en 1938, une femme attire deux hommes inconnus chez elle le soir du nouvel an chinois car elle croit à une légende : elle possède une statuette en bronze de la déesse chinoise Kwan Yin qui est censée ouvrir les yeux ce soir-là et exaucer le voeu commun de trois étrangers. Ils achètent ensemble un billet de sweetstakes (loterie liée à des courses de chevaux)… La base du scénario de Three strangers a été écrite par le jeune John Huston qui s’est inspiré d’un épisode qui lui est réellement arrivé à Londres. Il aurait même projeté de le tourner lui-même après The Maltese Falcon (Le Faucon Maltais) mais la guerre a interrompu le projet.  Il le reprend quelques années plus tard avec Howard Koch pour le compte de Jean Negulesco. C’est le troisième film du réalisateur roumain avec le tandem Lorre/ Greenstreet, tourné avec un budget réduit. Le scénario est riche en histoires parallèles et en rebondissements ; le film offre ainsi un beau mélange d’intrigue policière et de mystère. C’est une belle fable sur la cupidité et la jalousie. Three Strangers n’est jamais sorti en France. [L’Oeil sur l’écran – https://films.oeil-ecran.com%5D

« Je me suis inspiré, racontait John Huston, d’un incident réel ; quelque chose qui m’est arrivé à Londres : on était trois personnes dans une chambre et on a pris un billet à l’occasion du Grand National. Je traversais une période difficile, et on a fait cela pour s’amuser. En effet, à cette époque, je ne savais même pas où dormir et j’errais entre les docks et Hyde Park. Ce ticket était gagnant et ma part se montait à une centaine de livres. Ces cent livres constituent la somme la plus importante que j’ai reçue ! Et c’est en me basant là-dessus que j’ai écrit Three Strangers. »  [Le film noir – Patrick Brion – Editions de la La Martinière (2004)]

« Ce simple incident, poursuit-il ailleurs, m’orienta vers une nouvelle idée. Trois personnes, qui se rencontrent par hasard, achètent un billet de sweepstake sous le nom d’une déesse orientale. Le billet gagne à la loterie, mais devient une pièce à conviction dans une enquête qui mêle un des membres du trio à une affaire de meurtre. Mais la déesse intervient pour révéler le vrai coupable. Angus MacPhail s’intéressa aussitôt à mon histoire et me dit qu’il allait la proposer à un metteur en scène de la maison : un certain Alfred Hitchcock qui recherchait justement ce genre de scénario. Hitchcock fut très enthousiaste, les frères Balcon pas du tout, et je n’entendis plus jamais parler de ma déesse birmane. » [Le film noir – Patrick Brion – Editions de la La Martinière (2004)]

John Huston envisagea lui-même, après The Maltese Falcon, de tourner Three Strangers, dont les interprètes auraient été Humphrey Bogart, Mary Astor et Sydney Greenstreet qu’il venait de diriger. La guerre lui fit renoncer à ce projet auquel il retravaillera cependant, en 1945, en tant que scénariste pour Jean Negulesco. « Huston n’a pourtant pas été responsable, déclarait Negulesco, de deux des meilleures scènes du film, celle qui se passe autour de la déesse, Kwan-Yin et celle au cours de laquelle Geraldine Fitzgerald écrase sa cigarette sur la main de son mari revenu à l’improviste. Lorsque j’ai dit à Jack Warner que je voulais Peter Lorre pour jouer un rôle romanesque, il s’est mis à rire en me disant que j’étais fou. Mais comme le film, ne coûtait pratiquement rien et que je n’avais pas d’autre tâche, j’ai pu aller de l’avant et le tourner. » [Le film noir – Patrick Brion – Editions de la La Martinière (2004)]

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Three strangers – Jean Negulesco (1946) Geraldine Fitzgerald, Sydney Greenstreet, Peter Lorre

Peter Lorre et Sydney Greenstreet se retrouvent pour la troisième fois sous la direction de Jean Negulesco, et le scénario est une splendide osmose entre l’humour noir de Huston, la technicité de Howard Koch et le goût pour le mystère de John Collier, le seul des trois à ne pas être crédité. Déesse de la chance, de la destinée, de la vie et de la mort, Kwan-Yin servira de catalyseur au drame de ces trois héros liés par un pacte surnaturel. Aucun des trois ne pourra bénéficier des trente mille livres, et West lui-même brûlera le billet fatidique, devenu inutilisable. On voit ce qui séduisait Huston dans un tel sujet. Negulesco, renouant avec le style du Mask of Dimitrios (Le Masque de Dimitrios), décrit un monde de plus en plus inquiétant, un univers où se mêlent la fatalité de l’Extrême-Orient, l’atmosphère d’un Londres où tout peut arriver et une intrigue qui détruit chacun des personnages, les uns après les autres. Le fait que John West finisse par sortir indemne de cette tragédie nuit d’ailleurs presque à la force du film, l’un des meilleurs de son auteur. [Le film noir – Patrick Brion – Editions de la La Martinière (2004)]

L’histoire

Londres. 1938. La veille du Nouvel An chinois. Crystal Shackleford (Geraldine Fitzgerald) réunit dans son appartement deux hommes rencontrés dans la rue, Jerome K. Arbutny (Sydney Greenstreet) et John West (Peter Lorre). La coutume veut que la déesse Kwan-Yin exauce les souhaits faits en commun par des gens qui ne se connaissent pas et se trouvent accidentellement réunis en ce jour précis de l’année. Ils décident de partager ensemble un ticket de sweepstake. Le sort est actuellement défavorable à chacun d’entre eux. Crystal voudrait voir son mari lui revenir. Arbutny souhaiterait être reçu au Club des juristes et John West rêverait de pouvoir acheter un bar. Kwan-Yin les exaucera-t-elle ? Crystal apprend bientôt que son mari veut la quitter pour sa jeune maîtresse, Janet (Marjorie Riordan). Arbutny, qui a effectué des spéculations hasardeuses, risque l’emprisonnement et West est mêlé à un meurtre et incarcéré. Le jour de la course, les trois amis d’un soir se retrouvent, West ayant été innocenté. Mais Arbutny veut récupérer sa part du billet pour la vendre. Crystal refuse et Arbutny la frappe avec la statuette de Kwan-Yin, Crystal meurt sur le coup. West et Arbutny apprennent que leur ticket est gagnant et rapporte trente mille livres, mais il est désormais sans valeur en raison de ses liens avec la mort de Crystal. Arbutny devient fou et se fait arrêter dans la rue.

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ON SET – Three strangers – Jean Negulesco (1946)
Fiche technique du film 

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