Avec ses tics et ses colères de vieux gamin incorrigible qui lui valurent le surnom mérité de « l’homme aux quarante visages/minute », Louis de Funes était le plus populaire des comiques français. Il lui aura pourtant fallu près de vingt ans pour imposer son personnage.




Fils d’un ancien avocat de Séville devenu diamantaire, Louis de Funès naquit à Courbevoie le 31 juillet 1914. Enfant, son goût pour le dessin, le piano et les pitreries lui font quitter l’école assez tôt. Il tente vainement d’apprendre un métier mais ses facéties permanentes découragent ses multiples employeurs. En 1939, jugé inapte à faire la guerre pour raison de santé (en fait une erreur de dossier), il se retrouve grâce à une petite annonce pianiste dans une boîte à Pigalle. C’est alors qu’il décide de devenir comédien, et s’inscrit au cours Simon.



De Funès qui pense avoir le physique idéal pour jouer les jeunes premiers romantiques et ténébreux est vite dissuadé par le maître du lieu. Il retourne à son piano, mais ce bref passage au cours Simon lui aura permis de se lier avec Daniel Gélin qui comptera bientôt dans sa carrière. C’est aussi en cette période qu’il fait la connaissance de Jeanne Barthélemy de Maupassant, qu’il épouse en secondes noces en 1943 et dont il aura un fils.



Cent films en vingt ans !
Le hasard va ramener De Funès vers la comédie : « Un hasard prodigieux. Je descendais d’un wagon de première classe dans le métro, et Daniel Gélin (mon copain de chez Simon) montait dans un wagon de seconde classe. La porte allait se refermer, lorsqu’il me crie : »Téléphone-moi demain. J’ai un petit rôle pour toi. » C’était pour « L’Amant de paille » (1945) de Marc-Gilbert Sauvageon. Je reprenais le rôle qu’avait créé Bernard Blier. » C’est Gélin, toujours, qui le fait débuter au cinéma dans La Tentation de Barbizon (1945) de Jean Stelli, où son rôle se résume… à ouvrir une porte.



Jusqu’en 1954, il apparaîtra dans une cinquantaine de films mais dans des rôles si insignifiants qu’un jour Françoise Rosay, qui tournait avec lui La Reine Margot (1954) de Jean Dréville, s’insurgea : « On me voit tout le temps de face. C’est son tour de temps en temps. » De Funès réduit pendant des années à n’être qu’un « dos », on juge ainsi mieux de la longue marche qu’il aura dû accomplir avant de devenir la coqueluche du public français. En attendant, pour survivre, De Funès se livre à toutes sortes de travaux : « A l’époque, je doublais le matin (entre la voix de Totò le Comique italien), je tournais l’après-midi, et j’étais le soir au théâtre. »



Il faudra attendre 1956, après dix ans de carrière et près de 80 films, pour qu’il accède enfin aux premiers rôles. Cette année-là, il tourne La Traversée de Paris (1956) de Claude Autant-Lara, un des meilleurs réalisateurs du moment, avec Gabin et Bourvil. Son rôle de Jambier, l’épicier du marché noir égorgeur de cochon, est le premier grand personnage créé par De Funès. C’est à partir de ce film en tout cas que l’acteur va devenir « un film à lui tout seul ». La critique commence d’ailleurs à s’intéresser à lui, et avec Ni vu ni connu (1957) d’Yves Robert, elle le présente comme l’un des meilleurs comiques français du moment.



Parallèlement, De Funès poursuit sa carrière théâtrale marquée par le triomphe d’ « Oscar » qu’il reprendra cinq ans plus tard au cinéma avec le même succès. L’identification devient totale entre l’acteur et ce personnage d’une absolue loufoquerie. A ce propos De Funès déclarera : « J’aime bien incarner, afin de les ridiculiser, les types qui se prennent au sérieux et veulent se faire respecter… J’aime trouver le petit détail, le grain de sable qui fera s’écrouler ce personnage gonflé de vanité. » Il a tant à dire sur ce « personnage », que lorsqu’il reprendra la pièce en 1971, il l’allongera de vingt bonnes minutes, reconnaissant y avoir « changé des trucs et ce n’est pas fini ». Par les nombreux gags dont il ponctue le texte original, De Funès finit par de devenir le véritable auteur de la pièce. C’est avec elle qu’il impose son type de comique. Pourtant sa carrière cinématographique marque encore le pas, il reste en effet souvent un faire-valoir de têtes d’affiche. En 1961, il tourne dans Le Crime ne paie pas de Gérard Oury : ce film, pour lequel il ne figure même pas au générique, sera pourtant celui qui décidera Oury à se consacrer désormais à la comédie et surtout de donner à De Funès des rôles à la mesure de sa verve. La même année, il tient le double rôle des jumeaux Viralot, l’un chef du personnel et l’autre commissaire, dans La Belle Américaine de Robert Dhéry. L’année suivante, il incarne un restaurateur colérique et cupide face à Jean Gabin dans Le Gentleman d’Epsom de Gilles Grangier. Quant à Pouic-Pouic que De Funès tourne deux ans plus tard, il marque sa première rencontre avec Jean Girault qu’il retrouvera pour la fameuse série des « Gendarmes ».



Oury, Zidi, Girault et les autres…
Avec déjà 100 films à son actif, De Funès enchaîne avec celui qui le fait enfin accéder au vedettariat : Le Gendarme de Saint-Tropez (1964) de Jean Girault. À peine deux mois plus tard, de Funès triomphe à nouveau dans le rôle du commissaire Juve de Fantomas. Dans ce film, construit sur la double composition (Fantômas/Fandor) de Jean Marais dans le premier rôle, de Funès transfigure son personnage et éclipse ses partenaires Puis il retrouve Bourvil pour Le Corniaud (1964) de Gérard Oury. Face à son grand « rival » en comédie, il impose sa propre image de marque, plus gestuelle que verbale : « On me donne toujours jours trop de texte, reconnaît-il. Je n’ai pas un comique de mots, mais de geste d’attitude, de situation… Rappelez-vous la scène de la douche du Corniaud. Elle est parfaite. »



Le tandem De Funès-Bourvil se retrouvera une dernière fois à l’affiche de ce qui constitue, aujourd’hui encore, le plus phénoménal succès français, La Grande Vadrouille (1966) de Gérard Oury. Sans se nuire, bien au contraire, les deux acteurs, qui ont activement participé à l’élaboration du scénario, composent, chacun dans son registre, un duo d’une incontestable drôlerie. Après La Folie des grandeurs (1971), où il est le partenaire d’un Yves Montand inattendu, De Funès clôt sa collaboration avec Oury avec Les Aventures de Rabbi Jacob (1973). En 1974, alors que tout est prêt pour le premier tour de manivelle d’un nouveau film avec Oury, Le Crocodile, De Funès est victime d’un infarctus. Les énormes problèmes financiers que soulèveront cette défection forcée jetteront un froid dans ses relations avec le cinéaste. Remis de ses problèmes de santé, De Funès entame une nouvelle collaboration avec Claude Zidi dont il semble à l’en croire fort satisfait : « Je ne veux plus jouer les hommes toujours en colère, insupportables. On me l’a trop fait faire. Claude Zidi l’a compris qui m’a écrit un rôle plein de nuances… Il y a un sentiment que j’aime bien exprimer aujourd’hui, la candeur. » L’Aile ou la cuisse (1976) de Zidi forme un nouveau duo de comiques, De Funès-Coluche. Ce qui n’était pas pour déplaire à De Funès, volontiers disposé aux confrontations d’acteurs, comme il en donne une autre preuve avec Annie Girardot avec laquelle il forme le couple chamailleur de La Zizanie (1977), toujours de Zidi.



C’est avec Jean Girault, le père des gendarmes, avec lequel il a toujours travaillé en bonne harmonie qu’il terminera pourtant sa carrière. En 1980, De Funès réalise avec lui un vieux rêve pour lequel il avait cherché des gags toute sa vie, L’Avare (1980). Malgré un rôle où il peut donner libre cours à son goût pour les personnages de faux jetons, De Funès ne récolte qu’un demi-succès. Louis de Funès meurt le 27 janvier 1983, après avoir endossé une ultime fois l’uniforme dans Le Gendarme et les gendarmettes (1982) sous la direction de Jean Girault.



Quelques extraits…
Ni vu, ni connu – Yves Robert (1958)
Taxi, Roulotte et Corrida – André Hunebelle (1958)
La Belle Américaine – Robert Dhéry (1961)
Le Gentleman d’Epsom – Gilles Grangier 1962)
Pouic-Pouic – Jean Girault (1963)
Le Gendarme à New York – Jean Girault (1963)
Fantomas – André Hunebelle (1964)
Le Tatoué – Denys de La Patellière (1968)
Jo – Jean Girault (1971)

LA GRANDE VADROUILLE – Gérard Oury (1966)
Deuxième comédie de Gérard Oury après Le Corniaud, La Grande vadrouille se déroule en France occupée pendant la Seconde Guerre mondiale. Le film raconte les mésaventures de deux Français très différents, interprétés par Bourvil et Louis de Funès, qui doivent aider des aviateurs britanniques à rejoindre la zone libre tout en étant poursuivis par les Allemands. Artisan honnête et consciencieux, Gérard Oury limite ses ambitions à divertir le public sans céder à la facilité et à la vulgarité. De ce point de vue, il accomplit parfaitement sa tâche et ce n’est pas le moindre de ses mérites.

LA TRAVERSÉE DE PARIS – Claude Autant-Lara (1956)
En 1956, Claude Autant-Lara jette un pavé dans la mare avec une sombre comédie sur fond d’Occupation. L’occasion de diriger pour leur première rencontre deux monstres sacrés, Jean Gabin et Bourvil, qui vont s’en donner à cœur joie dans ce registre inédit.

BOURVIL
Le succès commercial n’a jamais éloigné Bourvil de ses origines paysannes. C’était un homme simple et droit, qui a su interpréter avec beaucoup de sincérité et d’humanité des rôles bouleversants.

JEAN GABIN
S’il est un acteur dont le nom est à jamais associé au cinéma de l’entre-deux-guerres, aux chefs-d’œuvre du réalisme poétique, c’est bien Jean Gabin. Après la guerre, il connait tout d’abord une période creuse en termes de succès, puis, à partir de 1954, il devient un « pacha » incarnant la plupart du temps des rôles de truands ou de policiers, toujours avec la même droiture jusqu’à la fin des années 1970.

LE CINÉMA DES ANNÉES « POMPIDOU
A l’instar des institutions et des mentalités, le cinéma français n’a pas échappé à l’influence de Mai 68. Les années qui suivirent ce printemps historique furent, dans ce domaine, celles d’une irrésistible évolution vers la permissivité.
- CHRISTIAN-JAQUE : L’ÉLÉGANCE EN MOUVEMENT
- GINETTE LECLERC : ENTRE OMBRE ET LUMIÈRE
- GAS-OIL – Gilles Grangier (1955)
- ARSENIC AND OLD LACE (Arsenic et vieilles dentelles) – Frank Capra (1944)
- FRITZ LANG ET LE FILM NOIR : UNE TRAVERSÉE DE L’OMBRE
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Catégories :Les Actrices et Acteurs


Un acteur inoubliable ! Pas aussi comique dans la vie que dans ses films, parait-il. C’est un bonheur à chaque fois de le voir. J’ai beaucoup moins aimé l’Avare, La Soupe aux choux, l’Homme orchestre et le Petit Baigneur. L’acteur a beau être bon, si l’histoire est mauvaise ou mal réalisée, on ne peut rien faire.
J’ai lu La Soupe aux Choux, que j’ai aimé. Mais c’est un livre à lire pour le verbe de l’auteur, plus que pour l’histoire.
Dans L’Avare les dialogues sont beaucoup trop rapides et les décors…
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