Le Film français

LA GRANDE VADROUILLE – Gérard Oury (1966)

« Oh ben, tout de même ! Mes chaussures, mon vélo, faut pas vous gêner ! » De Funès, chef d’orchestre en cavale sur les épaules de Bourvil, résistant à son insu à cause des Anglais, c’est indémodable. Un bain turc, en 1942. Deux têtes émergent d’un nuage de vapeur. De drôles de périscopes, qui naviguent en marmottant « Tea for two », un code censé attirer un aviateur anglais à « big moustache ». Bref dia­logue in ze langue of Shakespeare entre Stanislas, chef d’orchestre, et Augustin, peintre en bâtiment : « But alors, you are french ! »… But alors, l’ennemi teuton n’a qu’à bien se tenir : cette paire d’aventuriers improvisés résiste encore et toujours à l’envahisseur. Ils sont malins, coléreux, bref, gaulois. Cette célébrissime comédie, l’une des meilleures de Gérard Oury, s’arrange avec l’Histoire, cueille la revanche du rire. [Cécile Mury – Télérama (avril 2017)]


Avec plus de 17 millions de spectateurs lors de sa 1re exploitation en salles (de 1966 à 1975), le film demeure pendant plus de trente ans le meilleur score du box-office français toutes nationalités confondues (avant d’être dépassé par Titanic en 1998) et durant plus de quarante ans le plus grand succès d’un film français sur le territoire français, avant d’être dépassé par Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon en avril 2008.

Cet énorme succès est loin d’-être un « accident » dans la carrière de Gérard Oury qui, du Corniaud ( 1964) à L’As des as (1982), n’a cessé de recueillir les faveurs du public. Ancien acteur, pensionnaire de la Comédie-Française et interprète entre autres de Jacques Bec­ker (Antoine et Antoinette, 1946), d’Yves Allégret (La Meilleure Part, 1955), d’André Cayatte (Le Miroir à deux faces, 1958) et même de Raoul Walsh (La Belle Espionne­ – Sea Devils, 1953, où il tient le rôle de Napoléon), Gérard Oury passait à la mise en scène en 1959 en signant une comédie dramatique, La Main chaude, puis, l’année sui­vante, un policier, La Menace, deux films qui ne rencontrèrent qu’un accueil mitigé.

C’est avec Le Corniaud puis La Grande Vadrouille que Gérard Oury s’essaye à la comédie « à la fran­çaise » dont il deviendra un des chefs de file. Les règles en sont immuables : une intrigue fondée sur un enchaînement rigoureux de quiproquos propice à l’irruption du rire, une grande liberté laissée aux comédiens et, en contrepoint, un hommage affectueux à l’esprit français, mélange de mouvements d’humeur, de débrouillardise et de franche camaraderie.

Le principe d’opposer deux per­sonnages parfaitement antagonis­tes et qui, peu à peu, deviennent complices et amis par la force des choses est une base de départ fréquemment utilisée par le ci­néaste. Elle a permis de nombreu­ses confrontations de vedettes, comme Bourvil et Jean-Paul Bel­mondo dans Le Cerveau (1969), Louis de Funès et Yves Montand dans La Folie des grandeurs ( 1971 ), Pierre Richard et Victor Lanoux dans La Carapate (1978). Gérard Oury se plaît ensuite à placer ses personnages dans une situation historique ou politique qui les dépasse : l’Occupation (La Grande Vadrouille), l’affaire Ben Barka (Les Aventures de Rabbi Jacob, 1973), Mai 68 (La Carapate)… C’est autour de ce double affrontement que l’intrigue s’élabore, alternant des gags très travaillés à des numé­ros d’acteurs en roue libre.

Dans cet esprit, La Grande Vadrouille est tout à fait exem­plaire : la rencontre entre Bourvil et Louis de Funès, déjà partenaires dans Le Corniaud et, en 1956, dans une courte scène de La Traversée de Paris, devient l’élément moteur du film. Dans deux registres bien différents, le premier naïf et inno­cent, le second, fébrile et insuppor­table, les deux acteurs se livrent à une joute désopilante. On se souviendra à ce propos de leur rencon­tre dans les bains turcs et surtout de leur dispute sur la route : plein de morgue, le chef d’orchestre (De Funès) argue de sa supériorité sociale pour dépouiller le malheu­reux peintre en bâtiment (Bourvil) de ses confortables brodequins, mieux faits pour la marche que ses propres souliers vernis.

Outre ses interprètes, Gérard Oury sait aussi s’entourer de colla­borateurs de talent ; ainsi dans La Grande ,Vadrouille trouve-t-on Claude Renoir à la photo et Geor­ges Auric à la musique, Danièle Thompson collaborant pour sa part à l’adaptation. Cette dernière n’est autre que la propre fille du réalisa­teur, elle-même abonnée au succès puisque, outre les films de son père, elle a participé à Cousin cousine (1974) et aux deux épisodes de La Boum (1980 et 1982) avant de passer à la réalisations avec La Bûche en 1999.

Le grand mérite d’Oury réside dans son sens inné du gag : même si le point de départ est rarement original, le développement fait sou­vent preuve d’une réelle invention. Pourtant, la critique n’apprécie guère le côté trop mécanique, trop appliqué du comique de Gérard Oury. S’ils ne sont pas. aussi rava­geurs, aussi débridés qu’elle le sou­haiterait, force est de reconnaître cependant que les films d’Oury se détachent nettement de la produc­tion comique française courante par le soin qu’il apporte à leur réa­lisation (Oury travaille d’ailleurs relativement peu : onze films en vingt-cinq ans). Artisan honnête et consciencieux, Gérard Oury limite ses ambitions à divertir le public sans céder à la facilité et à la vulga­rité. De ce point de vue, il accom­plit parfaitement sa tâche et ce n’est pas le moindre de ses mérites.



L’histoire

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, un bombardier anglais de retour d’une mission sur l’Allemagne est abattu au-dessus de Paris. L’équipage saute en parachute : Sir Reginald tombe dans le bassin des phoques du jardin zoologique, Peter Cuningham est recueilli par un peintre en bâtiment, Augustin Bouvet, et la jeune Juliette, Alan Macintosh atterrit sur l’Opéra et se réfugie dans la loge du chef d’orchestre, Stanislas Lefort. La découverte du parachute conduit la Gestapo jusqu’à Stanislas. Grâce à une action de la Résistance, Augustin et Sir Reginald, déguisé en Allemands, aident Stanislas à s’enfuir en plein concert. Tandis que Peter est arrêté dans un train, Augustin, Stanilas et les deux autres Anglais partent sur les routes de Bourgogne pour essayer de passer en zone libre. Sir Reginald et Alan se cachent aux hospices de Beaune grâce à l’aide de sœur Marie-Odile. De leur côté, les deux Français gagnent Meursault pour passer la nuit à l’hôtel du Globe, où, à la suite d’une série de chassés-croisés, ils se retrouvent dans la même chambre que les hommes de la Wehrmacht lancés à leur poursuite. Bien que Madame Germaine, la patronne de l’hôtel, et Juliette leur aient fourni des uniformes allemands pour passer la ligne de démarcation sans être inquiétés, les deux hommes sont capturés par une patrouille et emmenés à la Kommandantur de Chagny, où ils retrouvent Peter. Cachés dans la cave, Sir Reginald et Alan déclenchent un incendie pour faciliter l’évasion de leurs compagnons. Poursuivis par les Allemands, les cinq hommes, accompagnés de sœur Marie-Odile s’emparent de planeurs, mais les mitrailleurs allemands veillent. Fort heureusement, l’un d’eux, atteint d’un fort strabisme, abat son propre avion de reconnaissance. Sains et saufs, les fugitifs volent vers la zone libre.



BOURVIL
Le succès commercial n’a jamais éloigné Bourvil de ses origines paysannes. C’était un homme simple et droit, qui a su interpréter avec beaucoup de sincérité et d’humanité des rôles bouleversants.

LOUIS DE FUNÈS
Avec ses tics et ses colères de vieux gamin incorrigible qui lui valurent le surnom mérité de « l’homme aux quarante visages/minute », Louis de Funes était le plus populaire des comiques français. Il lui aura pourtant fallu près de vingt ans pour imposer son personnage.


LA TRAVERSÉE DE PARIS – Claude Autant-Lara (1956)
En 1956, Claude Autant-Lara jette un pavé dans la mare avec une sombre comédie sur fond d’Occupation. L’occasion de diriger pour leur première rencontre deux monstres sacrés, Jean Gabin et Bourvil, qui vont s’en donner à cœur joie dans ce registre inédit.




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