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DOUCE – Claude Autant-Lara (1943)

Douce est d’emblée considéré comme un grand film, le meilleur réalisé à ce jour par Claude Autant-Lara. D’après les agendas de François Truffaut, le futur réalisateur des Quatre Cents Coups (1959) est allé le voir sept fois durant son adolescence. D’autres jeunes cinéphiles de l’époque m’ont dit l’impression forte qu’ils en ont reçue : Jean Douchet, Alain Cavalier. Aujourd’hui, il fait partie des quatre ou cinq meilleurs films du cinéaste. Il me semble posséder un climat particulier qu’on ne trouve dans aucune autre œuvre de Lara, et que décrit très bien la fiche de Radio-Cinéma-Télévision : « Cette ombre qui émane de certains personnages, leurs silences, leurs regards équivoques, leurs chuchotements à double entente tissent un climat de mystère, d’insécurité, qui n’est pas sans faire ressembler cette maison opulente et sombre aux palais raciniens. » Il est permis d’avoir un faible pour Douce, ce film à part. [Claude Autant-Lara – Jean-Pierre Bleys – Institut Lumière – Actes Sud (2018)]

LE DIABLE AU CORPS – Claude Autant-Lara (1947)

«On a insulté le livre comme on insulte le film, ce qui prouve que le film est digne du livre. Il est fou de confondre les insectes qui véhiculent le pollen, avec les doryphores qui rongent la plante. Les critiques sont soumis comme nous à un mécanisme qui propage l’espèce. Un artiste qui se préoccupe d’art ressemble à une fleur qui mirait des traités d’horticulture. Nietzsche constate que les critiques ne nous piquent pas pour nous blesser, mais pour vivre. Je félicite l’équipe du Diable au corps de ne pas s’être pliée à aucune des règles des fabricants de fleurs artificielles. On aime les personnages, on aime qu’ils s’aiment, on déteste avec eux la guerre et l’acharnement public contre le bonheur. »

NON COUPABLE – Henri Decoin (1947)

En 1947, Henri Decoin prépare Non coupable qui met en vedette Michel Simon. Pourtant, interviewé par Jean-Pierre Angel sur le plateau du tournage, Decoin se montre peu enthousiaste pour le film qu’il est en train de réaliser :
« Si j’ai bien compris, monsieur Decoin, vous donnez vous aussi dans la littérature noire !
– Bien forcé, hélas ! C’est une maladie d’époque. Pour mon compte personnel, j’avoue que je préfèrerais autre chose. Il paraît que la clientèle aime cela ! Néanmoins, je me défends d’avoir fait un film noir. Ce n’est pas tout à fait cela. D’ailleurs, j’espère pouvoir faire changer le titre. Je voudrais qu’on appelle le film : Tu ne tueras pas ! ou Le Crime ne paye pas. Car en fait, c’est cela ».
Decoin est bien injuste avec lui-même et avec le scénario, signé Marc-Gilbert Sauvajon. Surtout, il se fourvoie dans ses intentions, même si le résultat final est, lui, dans le bon tempo : Non coupable n’est pas un film moralisateur, sans être pour autant une comédie policière. C’est une farce un peu lourde, aux grotesques appuyés, mais qui tient parce que son interprète principal, Michel Simon, a les airs de gargouille nécessaires, l’orgueil et la déchéance mêlés en exactes proportions, tout comme l’intelligence et l’imbécillité.