NON COUPABLE – Henri Decoin (1947)

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L’histoire : Madeleine Bodin (Jany Holt), l’amie du docteur Michel Ancelin (Michel Simon), fait la tournée des bars de la ville pour retrouver celui-ci. Dans un état pitoyable, Michel décide pourtant de rentrer chez lui en voiture. Il provoque un accident, dans lequel un motocycliste trouve la mort. Avec la complicité de Madeleine, il maquille l’accident pour faire croire que le motard s’est tué tout seul. Le lendemain, Ancelin découvre que l’homme qu’il a tué venait de voler la moto. Personne ne le soupçonne. Ancelin apprend que sa femme le trompe avec le garagiste. La nuit, ce dernier est assassiné. Michel a tué le garagiste avec des ciseaux empruntés à Madeleine. Dormont (Jean Wall), un rival d’Ancelin, apprend à celui-ci qu’il connaît l’heure exacte du crime. Ancelin le tue. L’affaire fait les gros titres des journaux, à la grande joie d’Ancelin. Madeleine, qui s’apprête à le dénoncer, se retrouve prisonnière d’Ancelin. Elle tente de s’enfuir, mais meurt sur une passerelle sabotée par lui. La police clôt l’affaire croyant à la culpabilité de Madeleine. Après trois jours de disparition, Ancelin réapparaît pour avouer !es trois meurtres à l’inspecteur Chambon (Jean Debucourt). Personne ne le croit. Il se suicide, en s’accusant à nouveau des crimes. Mais, à cause de son chat, sa lettre est brûlée.

En 1947, Henri Decoin prépare Non coupable qui met en vedette Michel Simon. Pourtant, interviewé par Jean-Pierre Angel sur le plateau du tournage, Decoin se montre peu enthousiaste pour le film qu’il est en train de réaliser :
« Si j’ai bien compris, monsieur Decoin, vous donnez vous aussi dans la littérature noire !
– Bien forcé, hélas ! C’est une maladie d’époque. Pour mon compte personnel, j’avoue que je préfèrerais autre chose. Il paraît que la clientèle aime cela ! Néanmoins, je me défends d’avoir fait un film noir. Ce n’est pas tout à fait cela. D’ailleurs, j’espère pouvoir faire changer le titre. Je voudrais qu’on appelle le film : Tu ne tueras pas ! ou Le Crime ne paye pas. Car en fait, c’est cela ».
Decoin est bien injuste avec lui-même et avec le scénario, signé Marc-Gilbert Sauvajon. Surtout, il se fourvoie dans ses intentions, même si le résultat final est, lui, dans le bon tempo : Non coupable n’est pas un film moralisateur, sans être pour autant une comédie policière. C’est une farce un peu lourde, aux grotesques appuyés, mais qui tient parce que son interprète principal, Michel Simon, a les airs de gargouille nécessaires, l’orgueil et la déchéance mêlés en exactes proportions, tout comme l’intelligence et l’imbécillité.

Le docteur Ancelin, ivrogne invétéré, tue accidentellement un motard. Réussissant à camoufler le crime en accident, il décide cette fois de commettre un vrai crime en tuant l’amant de sa femme. Resté non découvert, il persiste dans la voie meurtrière en tuant sa femme. Il finit, par orgueil, par s’accuser des crimes, mais la police l’éconduit. Il se suicide, sans que son « génie » criminel soit reconnu.
À l’énoncé, on pouvait effectivement craindre le pire… Sur la corde raide, le scénario manque de rompre en plusieurs occasions : quand Ancelin tue un de ses collègues, sans qu’on sache trop pourquoi. Ou quand il projette l’assassinat de sa femme, puis se ravise au dernier moment. De plus, Simon a parfois des foucades imprévisibles, étranges, inquiétantes, qui manquent de faire basculer le film dans le ridicule ou la gêne. Rien de tel ne se produit. Ces sensations de rupture, ces louvoiements du scénario ou du protagoniste, Decoin les exploite – peut-être, on l’a vu, avec une certaine désinvolture ou de la lassitude. Qu’importe, on est peu à peu grisé par cette autopsie un peu hagarde d’une vine de province éternellement recommencée (qu’on songe aux Inconnus dans la maison, au Bienfaiteur ou à La Fille du diable… ). Tenu à distance, le spectateur est sous l’emprise d’Ancelin, le réprouvé, l’épave, qui trouve dans le crime une sorte de rédemption Intellectuelle. Ce dont meurt Ancelin, c’est de la solitude de l’esprit. Il y a du Bernanos dans ce personnage, et dans son interprète tout autant. Une sorte de désespoir hautain dont la seule consolation serait sa capacité infinie à l’autodestruction, avec la complicité médiocre, mais attentionnée, de ceux qui l’entourent.

Cette aptitude, Decoin la filme avec une férocité étonnante, qui évoque plus Duvivier que l’auteur de Battement de cœur. Le personnage évoque beaucoup celui de Monsieur Hire, que Simon vient d’incarner sous la direction de ce même Duvivier dans l’admirable Panique (1946). Certains moments sont de grands morceaux de cinéma, comme le silence qui suit l’accident, habité des halètements poussifs d’une locomotive, tandis que le premier réflexe d’Ancelin est de se soucier de son « assurance ».
Même s’il a tendance à abuser de l’exploitation physique de sa vedette (de nombreuses contre-plongées de Michel Simon), Decoin sait aussi la mettre en valeur. Quand Jany Holt s’évanouit en comprenant que Ancelin a tué son amant en l’impliquant dans le crime, l’acteur se sert, impassible, une large rasade de vin : du grand art, et filmé comme tel. « On enterrera quand même un imbécile », dit, au final une voix off. C’est injuste, mais c’est la conclusion sadique d’un film d’une méchanceté bien rare chez Decoin.

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NON COUPABLE (1947), avec Michel Simon, Jany Holt, Jean Debucourt, Georges Bréhat

Comme antidote à cette noirceur, et en manière de renaissance définitive, Decoin va conclure son purgatoire avec un film inclassable, insolite, qui va chercher dans une sorte de folie d’ivrognes impénitents les relents joyeusement anarchistes d’un récit à l’emporte-pièce, à la va comme je te pousse, revendiqué sans queue ni tête, sans mal ni bien.
Les Amants du pont Saint-Jean raconte les amours compliquées de Maryse (Gaby Morlay) et Garonne (Michel Simon), à mi-chemin du délit de vagabondage et de l’outrage à agent, le tout dans une ambiance bon enfant, où ce sont (justement) les enfants qui jouent les rôles graves, là où les parents, toute intempérance, se contentent de vagues leçons de sagesse éthylique dont ils ne songent pas, les premiers, à profiter.

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Fiche technique du film

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