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GASLIGHT (Hantise) – George Cukor (1944)

Avec Gaslight (Hantise), George Cukor délaissait la comédie pour s’essayer au film noir, genre forcément tentant pour un cinéaste passionné par le mensonge et la double identité. Pourtant, ce thriller victorien où un mari tente de rendre sa femme folle vaut surtout comme un superbe exercice de style où le son et la photo, l’atmosphère donc, comptent plus que l’histoire, prévisible. Dans le clair-obscur superbe, très Jekyll et Hyde, du grand chef opérateur Joseph Ruttenberg, Charles Boyer, doucereux salaud hitchcockien, donne toutes les raisons à Ingrid Bergman de laisser irradier sa force fragile de parfaite victime hitchcockienne. Bel oiseau confiant qui passe de la docilité à l’effroi, c’est en elle et en son interprétation constamment surprenante que réside le mince suspense. Ce film lui vaudra d’ailleurs son premier oscar. Cukor a surtout réussi un film sur la cruauté domestique et l’illusion conjugale avec – on ne se refait pas – une vieille commère de quartier comme leitmotiv de comédie. [Télérama – Guillemette Odicino]

NIAGARA – Henry Hathaway (1953)

Un sourire au rouge vénéneux, une démarche ensorcelante, une mélodie lancinante… Telles sont les traces indélébiles laissées par Niagara dans nos mémoires cinéphiles. Le premier grand film de Marilyn est aussi le seul où elle compose un rôle de femme délibérément dangereuse. À mille lieux des emplois de poupées qui ont été son lot habituel, la comédienne livre ici une tout autre facette : égoïste, calculatrice, presque sadique. Le coup de génie – sans doute involontaire de la part du studio – étant d’avoir confié le personnage de Rose Loomis à une jeune femme qui, au naturel, en était le parfait négatif. Tous les proches de la star, même ceux qui seront les moins indulgents envers ses excès, n’ont cessé de louer son incroyable gentillesse, qui lui joua d’ailleurs bien des tours. Dans Niagara, la pureté exceptionnelle du visage de Marilyn, son regard d’un bleu innocent, la candeur de ses gestes rendent la noirceur de Rose plus terrible encore. On ne peut que frémir devant ce démon se dissimulant ainsi derrière l’apparence de la plus exquise beauté…

LES FEMMES DANS LE FILM NOIR

S’il y a beaucoup de femmes dans le film noir, la plupart n’existent qu’en tandem avec un partenaire masculin. De Double Indemnity (Assurance sur la mort) à Gun Crazy (Le Démon des armes), aussi dominatrice l’héroïne soit-elle, sans un homme d’une stature équivalente l’histoire ne tient pas. Pour qu’il y ait une femme fatale il faut un homme à détruire. Gilda (1946) et Nora dans Nora Prentiss (L’Amant sans visage, 1947) sont les personnages principaux. Dans la construction patriarcale du film noir, on pourrait assumer en simplifiant exagérément que leur talent peut charmer un homme au point d’induire en lui un comportement autodestructeur. Mais comme le démontrent ces deux films, Gilda et Nora sont, elles aussi, victimes d’une société qui met les femmes à la sensualité puissante sur un piédestal tout en les emprisonnant. [Film Noir – Alain Silver & James Ursini, Paul Duncan (Ed.) – Ed. Taschen (2012)]