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UN ÉTÉ DE VERTIGE ET DE VÉRITÉ

Je vous propose aujourd’hui de re-découvrir Lumière d’été : un film qui avance masqué, sous l’apparence d’un drame sentimental presque anodin. Grémillon y construit un espace où les lieux, les gestes et les silences composent une véritable cartographie morale. Rien n’y est frontal, tout y est insinué, comme si la montagne elle-même révélait les contradictions des êtres. Le film se déploie dans une tension constante entre clarté et obscurité, entre désir de lumière et menace de l’ombre. Et c’est précisément dans cette oscillation que se loge sa modernité, discrète mais fulgurante.

LUMIÈRE D’ÉTÉ – Jean Grémillon (1943)

C’est un film qui ne cesse de surprendre par la finesse de son dispositif, jamais déclaré mais toujours perceptible. Sous le vernis d’un récit sentimental, Grémillon installe une zone de trouble où les personnages se dévoilent malgré eux. La montagne, le chantier, les corps en mouvement deviennent les vecteurs d’une vérité qui affleure par fragments. C’est un cinéma de clairvoyance, qui éclaire les ombres sans jamais les dissiper.

DOUCE – Claude Autant-Lara (1943)

Douce est d’emblée considéré comme un grand film, le meilleur réalisé à ce jour par Claude Autant-Lara. D’après les agendas de François Truffaut, le futur réalisateur des Quatre Cents Coups (1959) est allé le voir sept fois durant son adolescence. D’autres jeunes cinéphiles de l’époque m’ont dit l’impression forte qu’ils en ont reçue : Jean Douchet, Alain Cavalier. Aujourd’hui, il fait partie des quatre ou cinq meilleurs films du cinéaste. Il me semble posséder un climat particulier qu’on ne trouve dans aucune autre œuvre de Lara, et que décrit très bien la fiche de Radio-Cinéma-Télévision : « Cette ombre qui émane de certains personnages, leurs silences, leurs regards équivoques, leurs chuchotements à double entente tissent un climat de mystère, d’insécurité, qui n’est pas sans faire ressembler cette maison opulente et sombre aux palais raciniens. » Il est permis d’avoir un faible pour Douce, ce film à part. [Claude Autant-Lara – Jean-Pierre Bleys – Institut Lumière – Actes Sud (2018)]

JEAN GRÉMILLON : L’AMOUR DU VRAI

Le succès de Remorques, en 1941, devait constituer pour Jean Grémillon une revanche sur quinze ans de déboires. Les deux films qu’il tournera ensuite seront des chefs-d’œuvre.  
Curieusement, c’est au cœur d’une des périodes les plus noires de notre histoire, que ce « cinéaste maudit » va pouvoir le mieux s’exprimer, et dans l’œuvre de ce metteur en scène de gauche, s’il en fut, la période « vichyssoise » apparaît comme une trop brève saison privilégiée. Exemple d’un des nombreux paradoxes qui ne cessèrent d’illustrer la vie de Grémillon.  

ENTRE ONZE HEURES ET MINUIT – Henri Decoin (1949)

Entre onze heures et minuit use d’un subterfuge. Jouvet, inspecteur de police, enquête sur l’assassinat d’un trafiquant. Or, la victime lui ressemble comme un sosie. A partir de ce point de départ, Decoin a réalisé un film des plus bavards, dont la ligne est simple – l’inspecteur se faisant passer pour le mort – et le dénouement improbable – l’enquête amène à soupçonner, puis à confondre une élégante directrice de maison de couture, qui s’était éprise du truand.