A travers le portrait de trois amies inséparables, le cinéaste Mervyn LeRoy analyse l’étrangeté et les surprises de la destinée de femmes liées par des souvenirs d’enfance, et que le hasard d’une rencontre va faire basculer hors d’un chemin tout tracé.
Three on a match est l’une des œuvres les plus saisissantes de la période du Pré-Code, autant par son intrigue, qui met en scène une mère bourgeoise plongeant dans les abysses de la pègre et de la drogue, et y sacrifiant son mariage et son fils, que par l’inventivité avec laquelle Mervyn LeRoy exprime le thème profond de son film : le passage du temps. Pour cela, tel les peintres contemporain se livrant à des collages, il mobilise les accessoires de la modernité, comme des manchettes de journaux, des illustrations, des publicités, afin de scander les années durant lesquelles les trois héroïnes, chacune de leur côté, mûrissent, en relation avec l’époque. Autrement dit, le destin des personnages de Mervyn LeRoy n’est en rien séparable du moment historique en lequel il se manifeste : tout le film doit être vu à l’aune de cette conception intense et profonde de l’existence humaine.
A travers le portrait de ces trois amis inséparables (tellement inséparables qu’elles finiront par échanger un mari et vivre ensemble…), le cinéaste analyse l’étrangeté et les surprises de la destinée de femmes liées par des souvenirs d’enfance, et que le hasard d’une rencontre va faire basculer hors du chemin tout tracé. La petite fille modèle devient une femme perdue ; la révoltée devient une épouse bourgeoise ; seule la prolétaire (incarnée par Bette Davis), dans un registre de douceur effacée qu’elle retrouvera rarement durant sa carrière) demeure, du début à la fin, au second plan.

Mervyn LeRoy, radicalise l’une des thématiques du Pré-Code – l’insatisfaction de la femme au sein de l’institution bourgeoise du mariage, qui la réduit au rôle de mère, consommatrice et gentille potiche – en faisant de sa « divorcée », à laquelle Ann Dvorak prête son visage tragique, une femme secrètement dépressive, voire mentalement instable et suicidaire, qui croit trouver dans la drogue un échappatoire à son mal être. Ainsi la riche épouse d’un célèbre avocat new-yorkais se retrouve-t-elle rapidement à mendier pour se payer ses doses, en compagnie du gangster toxicomane Michael Loftus (Lyle Talbot) qui l’a séduite. De ces séquences très noires se détache l’apparition d’un jeune gangster cynique interprété par Humphrey Bogart, qui se livre à une pantomime cruellement explicite pour se moquer de l’addiction de la jeune femme à la cocaïne. Et le « sacrifice » final, qui conduit l’épouse en fuite à se suicider pour sauver son fils, paraît presque un tour de passe-passe au regard des séquences longues et moralement insoutenables, durant lesquels un petit garçon est maltraité par une bande d’adultes cupides, sous le regard impuissant, voire complice de sa mère. [Hélène Frappat – Les Trésors Warner, Forbidden Hollywood (2013)]
Il ressort de ce film en rien moralisateur le sentiment d’une ambiguïté, qui concerne moins les personnages du film (l’enjeu de la rivalité féminine entre les trois amies est, par exemple, juste esquissé) que la manière dont la machine impitoyablement arbitraire et impersonnelle, que l’être humain nomme « le temps », fait et défait les destinées. [Hélène Frappat – Les Trésors Warner, Forbidden Hollywood (2013)]
L’histoire
Trois amies d’enfance, Mary (Joan Blondell), Ruth (Bette Davis), et Vivian (Ann Dvorak), aux tempéraments très différents ; Mary est en révolte contre l’autorité ; Ruth est sage et studieuse ; Vivian est la camarade « parfaite », se retrouvent à l’âge adulte et comparent ce que leurs vies et leurs attentes, sont devenues. Après avoir été placée dans une maison de redressement, Mary réussit dans le monde du spectacle ; issue d’un milieu populaire, Ruth travaille durement comme sténodactylo pour gagner sa vie ; enfin Viviane est l’épouse insatisfaite du riche avocat Robert Kirkwood (Warren William), et ni ses privilèges, ni son jeune fils, ne la distraient de son ennui. Les trois amies allument leur cigarette avec la même allumette, en évoquant la superstition d’après laquelle la dernière à le faire (Vivian), mourra la première.







CINÉMA ET CENSURE : LE PRÉ-CODE
Les scandales qui secouèrent Hollywood dans les années 1920 déclenchèrent une violente réaction puritaine, qui atteint son point culminant avec l’entrée en vigueur du code Hays en 1934.
Les extraits

BETTE DAVIS : LE MONSTRE SACRÉ DE HOLLYWOOD
Alors même que Hollywood lançait les blondes platine et les beautés les plus provocantes, Bette Davis sut s’imposer par son seul talent comme une des plus grandes stars de l’écran.

HUMPHREY BOGART : INSOLENT ET ROMANTIQUE
Smoking blanc, œillet à la boutonnière et verre de whisky à la main, dans le cabaret de Casablanca (1942), il égrène des souvenirs douloureux : le film, un des plus populaires au monde, a fait de Humphrey Bogart l’incarnation du romanesque hollywoodien dans ce qu’il a de meilleur. Borsalino sur l’œil, trench-coat serré, Bogart se passe dubitativement le pouce sur la lèvre. Un genre (le film noir), une époque (les années 1940) pourraient se réduire à cette icône.




- ROBIN AND THE 7 HOODS (Les Sept voleurs de Chicago) – Gordon Douglas (1964)
- LE CINÉMA DE MINUIT
- [bandes originales] MAX STEINER
- JACQUES PRÉVERT ET LE CINÉMA
- [la IVe République et ses films] LA QUALITÉ – LE CHARME VÉNÉNEUX D’AUTANT-LARA (7/10)
En savoir plus sur mon cinéma à moi
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
Catégories :Le Film étranger





