La Fièvre Dostoïevski

Au palmarès des écrivains les plus pillés par le cinéma, Dostoïevski figure parmi les premières places, aux côtés de Shakespeare et d’Alexandre Dumas. Peuplés d’êtres excessifs, ses romans inspirent depuis plus d’un siècle scénaristes et réalisateurs. 

« Raskolnikov » de Robert Wiene (1923) avec Gregori Chmara, Elisabeta Skulskaja, Alla Tarasova

S’il avait suivi la voie choisie par sa famille, Fedor Dostoïevski aurait effectué une carrière militaire et la Russie aurait été privée de son plus grand écrivain. Aristocrate, Dostoïevski naît en 1821 à Moscou. Peu après le décès de sa mère, gui survient en 1837, l’adolescent entre à l’Académie militaire de Saint-Pétersbourg. C’est au cours de ces études qu’a lieu un événement tragique : son père est assassiné dans le domaine familial par un serf qui ne supportait plus sa brutalité… Diplômé en 1841, le jeune ingénieur intègre le Génie, mais démissionne bientôt pour se lancer dans la littérature. Son premier roman est fort bien accueilli, mais il est arrêté en 1849 pour avoir comploté contre le tsar. Sauvé du peloton d’exécution, le jeune activiste est envoyé dans un bagne de Sibérie, où il vit quatre ans d’enfer, et connaît la révélation du christianisme. Finalement gracié, Dostoïevski est contraint de servir dans l’armée impériale, et ce n’est qu’en 1858 qu’il retrouve enfin la liberté. Commence alors une existence partagée entre l’écriture et la passion du jeu, qui le condamne à des dettes incessantes. Épileptique, dépressif, l’écrivain va longtemps fuir ses créanciers à travers l’Europe, avant de se réinstaller en Russie, où il meurt à 59 ans d’une hémorragie. Tour à tour révolutionnaire et mystique, Dostoïevski aura parfaitement incarné cette fameuse « âme slave» dont sont emplis ses livres, et qui va durablement fasciner les cinéastes.

« Nuits blanches » de Luchino Visconti (1957) avec Maria Schell, Marcello Mastroianni, Jean Marais

Monuments de la littérature mondiale, les ouvrages de l’écrivain vont en effet donner lieu à une centaine d’adaptations pour l’écran. Ce sont les vétérans du cinéma russe, dont Victor Tourjanski, qui ouvrent le feu dès 1910. Mais à partir de 1917, des réalisateurs du monde entier leur emboîtent le pas, et nombreux seront les grands noms du septième art à se plonger dans l’univers de Dostoïevski. Trois ans après son légendaire Cabinet du Docteur Caligari, l’allemand Robert Wiene livre ainsi en 1923 Raskolnikov, du nom du héros de Crime et Châtiment. En 1935, ce célèbre roman sera adapté à la fois par Pierre Chenal, Josef Von Sternberg et Georges Lampin – aujourd’hui, il a donné lieu à plus de vingt versions! Les frères Karamazov inspirera de son côté une douzaine de films, l’un d’entre eux étant signé par Richard Brooks et interprété par Yul Brynner. Mais d’autres romans de Dostoïevski inspireront aussi les cinéastes : en 1957, Luchino Visconti choisit de mettre en scène Nuits blanches, avec Jean Marais et Maria Schell, tandis que Claude Autant-Lara préfère diriger Gérard Philipe dans Le Joueur. Au tournant des années 70, c’est Robert Bresson qui livre successivement Une Femme douce et Quatre nuits d’un rêveur, avant qu’une nouvelle génération de réalisateurs ne sacrifient eux aussi à la tradition. Aki Kaurismaki et Andrej Wajda s’attaquent respectivement à Crime et châtiment et aux Possédés. De son côté, Andrzej Zulawski donne avec L’Amour braque une version très personnelle de L’Idiot, tout comme le fera Jacques Doillon en s’inspirant de L’éternel mari pour diriger Isabelle Huppert et Béatrice Dalle dans La vengeance d’une femme. Preuve que l’univers d’un grand romancier peut nourrir les cinématographies les plus diverses.

« L »amour braque » de Andrzej Zulawski (1985) avec Sophie Marceau Tchéky Karyo Francis Huster

Lorsqu’il se lance en 1956 dans une version moderne de Crime et châtiment, le réalisateur Georges Lampin n’en est pas à sa première incursion dans l’univers de Dostoïevski. Pour son premier film, tourné dix ans plus tôt, ce natif de Saint-Péterbourg avait en effet choisi d’adapte L’idiot, l’une des plus grandes œuvres de son compatriote. Porté par Edwige Feuillère rayonnante, le film consacrait, dans le rôle du Prince Muichkine, le talent d’un nouveau venu appelé à une brillante carrière : Gérard Philipe. L’acteur, séduit par le héros de Dostoïevski, incarnera également en 1958 celui du Joueur

« Une Femme douce » est un film français de Robert Bresson sorti en 1969 avec Dominique Sanda, Guy Frangin

 

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