JOHN FORD

Si l’Amérique possède une culture et une conscience nationales, elle le doit très largement à ce fils d’immigrés irlandais. Tout en cultivant la nostalgie de sa verte Erin, John Ford a été en effet le chantre inspiré d’une idéologie généreuse, qui avait ses racines dans les discours de Jefferson et de Lincoln.

MOGAMBO – John Ford (1953)

Ava Gardner est contrainte de rester dans un camp d’un chasseur de fauves rustre, Clark Gable, dont la moustache frémissante rappelle son rôle de Rhett Butler. Leur marivaudage en Technicolor commence, Ava buvant du whisky au goulot et tapant dans le dos du mercenaire. John Ford, bien que critiqué pour son manque d’inspiration pour orchestrer ces duels de géants, manie l’ironie et le désenchantement alcoolisé avec brio. L’arrivée de Grace Kelly, une oie blanche tombant amoureuse de l’aventurier, ajoute une dimension supplémentaire, Gable y croit un temps à cet amour sage, mais « mogambo » signifie « passion » en swahili.

[bandes originales] BERNARD HERRMANN

Véritable père de la modernité en matière de musique de film, le compositeur et chef d’orchestre américain Bernard Herrmann a trouvé ses alliances les plus fécondes avec Orson Welles et Alfred Hitchcock ; celles-ci ne doivent cependant pas faire oublier ses collaborations avec de nombreux autres réalisateurs, au premier rang desquels Brian De Palma et François Truffaut.

[la IVe République et ses films] PAYSAGE APRES LA BATAILLE

Mai 1945, la France célèbre la victoire mais reste marquée par la fatigue, la pauvreté et la déception, tandis que l’épuration se poursuit. Malgré la condamnation de Pétain et l’exécution de Laval, les difficultés persistent : rationnement du pain, pénurie d’électricité et première dévaluation du franc. De Gaulle encourage la croyance en la grandeur nationale, même si le climat reste morose. Face à la concurrence artistique internationale et au passé controversé de certains écrivains, le cinéma apparaît comme un espoir pour la culture française d’après-guerre. Cependant, le secteur souffre d’un manque de moyens, d’infrastructures vétustes et d’une production jugée légère par un public avide de rêve hollywoodien, bien que les films réalisés à la fin de l’occupation aient montré des tentatives audacieuses malgré les difficultés.

COPIE CONFORME – Jean Dréville (1946)

Un cambrioleur, maître du déguisement, échappe à la police, mais des témoignages conduisent à l’arrestation d’un représentant de commerce, qui est rapidement relâché après avoir découvert qu’il est le sosie parfait du voleur. Les deux hommes s’associent. Jean Dréville, qui a marqué plus de trente ans de cinéma français en touchant à tous les genres et en travaillant avec les plus grands acteurs, réalise ici une perle rare. Le film, construit autour d’un Louis Jouvet grandiose, alterne entre un petit employé et un cambrioleur hautain. Le scénario solide et les dialogues piquants ajoutent à cette fantaisie policière des moments délicieux.

[bandes originales] MIKLÓS RÓZSA 

Miklós Rózsa étudie au conservatoire de Leipzig et rencontre le compositeur Arthur Honegger à Paris. En 1937, il compose sa première musique de film. Sa collaboration avec les producteurs britanniques Alexander et Zoltan Korda aboutit à des œuvres musicales remarquables. En 1940, il émigre en Californie et se fait connaître par ses musiques de film, notamment dans le film noir et le film historique. Il collabore avec des réalisateurs de renom comme Wilder, Lang, Cukor et Minnelli. En 1945, il remporte son premier Oscar pour la musique du film Spellbound d’Hitchcock. Cependant, c’est son travail sur les péplums qui le rend célèbre à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Lorsque ce genre devient désuet, sa carrière ralentit et il compose moins de films, souvent empreints de nostalgie pour le cinéma classique.

LINO VENTURA

Du « Gorille » à Jean Valjean, tel pourrait être résumé l’itinéraire cinématographique de Lino Ventura. Après avoir été longtemps cantonné dans les rôles de « dur », ce populaire acteur du cinéma français a su en effet prouver qu’il peut être un grand comédien.

[prise de vue] JOSEPH L. MANKIEWICZ

Dans les films américains, les personnages sont définis par leurs attitudes, actions et réactions. Cependant, les protagonistes des films de Joseph Mankiewicz se distinguent par leur parole, omniprésente et essentielle. Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon affirment dans Cinquante ans de cinéma américain que si le cinéma parlant n’existait pas, Joseph Mankiewicz l’aurait inventé.

ALFRED HITCHCOCK : LA PÉRIODE ANGLAISE

Avant de devenir le grand maître du suspense hollywoodien, Alfred Hitchcock avait déjà démontré son talent indéniable avec les films qu’il réalisa en Angleterre jusqu’à la fin des années 1930. Dans son œuvre, on distingue une période anglaise et une période américaine, qui débute en 1940 avec Rebecca. Trop souvent, l’œuvre anglaise d’Hitchcock est considérée comme un simple exercice de style, parfois brillant, oubliant que le cinéaste a passé les quarante et une premières années de sa vie en Grande-Bretagne. Lorsqu’il arrive à Hollywood, il est déjà un metteur en scène de renommée internationale et son talent est pleinement épanoui.

AUDREY HEPBURN : UNE DRÔLE DE FRIMOUSSE

En 1953, le public découvrit Audrey Hepburn dans Vacances romaines de William Wyler, suscitant un émerveillement général. Cet enthousiasme fut confirmé l’année suivante avec Sabrina de Billy Wilder, et un Oscar vint couronner cette débutante exceptionnelle. Ainsi commença une carrière unique à Hollywood, laissant un souvenir inoubliable malgré un nombre restreint de films, moins d’une vingtaine de rôles principaux, mais presque tous de grande valeur et choisis avec discernement.

MICHEL AUDIARD

Michel Audiard a révolutionné l’art du dialogue, laissant une empreinte indélébile sur le cinéma. Son écriture, nourrie par son expérience de titi parisien, traverse les tumultes de la guerre et les difficultés de la reconstruction, jusqu’à son entrée fracassante dans le monde du cinéma, portée par les plus grands acteurs. Sa plume évoque un Paris oublié, riche d’une langue qui témoigne de l’histoire des classes populaires, et est devenue emblématique du cinéma français d’après-guerre.

[flash-back] JAMES STEWART : L’HOMME TRANQUILLE

Maigre, extraverti, adolescent attardé, souvent bafouillant et gesticulant, James Stewart ne correspondait pas à l’idée préconçue du séducteur hollywoodien, ni même du bon comédien. Il fut pourtant adulé par la critique autant que par le public, et Kim Novak le désigna comme son partenaire « le plus sexy ». Père de famille tranquille, il fut l’une des rares superstars à ne donner naissance à aucun mythe. À l’écran, on le vit se battre pour ses idées, tout en demeurant réfractaire à toute idéologie : James Stewart, c’est la pure Amérique telle qu’elle se rêve, malgré la conscience progressivement douloureuse d’une utopie contrariée.

MR. SMITH GOES TO WASHINGTON (Monsieur Smith au Sénat) – Frank Capra (1939)

Mr Smith, invité au Sénat par des politiciens corrompus souhaitant faire passer leurs idées malhonnêtes, reste déterminé à demeurer juste et pur, démantelant complots et magouilles. Ce film, le plus idéologique de Capra, se place sous l’ombre tutélaire des présidents Washington, Lincoln et Jefferson, opposant l’homme « simple » à l’homme de pouvoir, la campagne à la ville, l’individu au groupe. Les acteurs sont tous époustouflants, et James Stewart, incarnant l’homme qui croit en l’homme, personnifie les naïfs avec une finesse infinie, jouant de ses longues mains, triturant un coin de sa veste ou le bord de son chapeau, trébuchant aussi bien sur les mots que sur les tapis. Une performance extraordinaire.