MANON – Henri-Georges Clouzot (1949)

Voilà une modernisation réussie (à l’inverse de celle de Jean Aurel, quelques années plus tard) du roman de l’abbé Prévost. On est en 1944, en plein marché noir. Desgrieux est un jeune FFI et Manon, qui aime le luxe, fréquente les maisons closes. On retrouve la noirceur de Clouzot, sa fascination-répulsion pour Manon, petit animal doué pour le plaisir. Cécile Aubry, qu’il giflera beaucoup sur le tournage, est le double de Bardot dans La Vérité, qu’il giflera aussi, mais qui, elle, lui rendra coup pour coup. La scène dans le désert, où Michel Auclair traîne sur son épaule une Manon agonisante, est caractéristique du cinéma de l’auteur. Et de l’époque.

GINGER ROGERS

Quand elle commença à travailler avec Fred Astaire, Ginger Rogers était totalement inconnue mais elle était déjà poussée par une grande ambition qui lui venait en partie du tempérament très volontaire de sa mère. Il n’est donc pas surprenant qu’elle ait cherché, très tôt – en tout cas plus rapidement que son prestigieux partenaire – à s’affirmer au cinéma autrement que par la danse.

GLORIA GRAHAME

Il y a quelque chose d’impassible dans son regard, son menton s’avance de manière royale. Elle ne peut pas être à notre portée. Mais ce n’est qu’un aspect de son numéro d’aguicheuse. Elle régalera d’un rire cristallin ou d’un trait d’esprit celui qui osera s’approcher. Malheureusement, ce dernier s’enfuit toujours, à peine s’est-il rendu compte de son désespoir.

L’AIR DE PARIS – Marcel Carné (1954)

A l’automne 1953, le nouveau film de Marcel Carné, Thérèse Raquin, reçoit un excellent accueil. C’est donc avec confiance que le réalisateur se lance avec le scénariste Jacques Viot dans un nouveau projet : l’histoire d’un entraîneur de boxe qui jette son dévolu sur un jeune ouvrier pour en faire son poulain. Carné est à l’époque un passionné de boxe et, comme il l’expliquera dans son autobiographie, l’arrière-plan social d’une telle intrigue lui plaît également: « Ce qui m’intéressait – en plus de l’atmosphère particulière du milieu – c’était d’évoquer l’existence courageuse des jeunes amateurs qui, ayant à peine achevé le travail souvent pénible de la journée, se précipitent dans une salle d’entraînement pour « mettre les gants » et combattre de tout leur cœur, dans le seul espoir de monter un jour sur le ring… ». Malheureusement, les producteurs de l’époque voient les choses d’un autre œil, estimant que les films sur la boxe n’intéressent pas le public. Après moult refus, Carné finit tout de même par signer avec Robert Dorfmann, heureux producteur de Jeux interdits et de Touchez pas au grisbi, qui se trouve être lui aussi un grand amateur de boxe..

LES SEIGNEURS DU CRIME

Les « méchants », auxquels se heurtent les champions de la loi dans les années 40, prennent souvent le masque de la courtoisie. Mais leur nature profonde est en réalité totalement maléfique. Les années 40 furent l’âge d’or des acteurs de composition spécialisés dans le rôle du méchant, figure récurrente du film noir et du film policier de cette décennie. Les écrans se peuplèrent donc de génies du crime, cyniques, à l’humour sardonique, pleins de morgue et décidés à tout pour parvenir à leurs fins.

LA BANDERA – Julien Duvivier (1935)

L’intérêt du film, intelligemment adapté du roman de Pierre Mac Orlan et fidèle aux lois d’un genre, tient à cette entrée de l’acteur au sein d’une mythologie romanesque où la fatalité pèse sur les perdants de l’existence. Si, à la Légion, on apprend le courage, l’amitié, les vertus viriles, pour un être comme Gilieth, il n’y a pas de rachat social possible. Au-delà de l’exotisme, la mise en scène de Julien Duvivier s’exerce avec acuité sur le drame psychologique de Gilieth et son affrontement avec Fernando Lucas. Gabin-Le Vigan, un sacré duel ! [Jacques Siclier – Télérama (février 2012)]

ANNABELLA

Avant de devenir l’une des figures les plus lumineuses du cinéma français des années 1930, Annabella avait surgi à seize ans dans Napoléon d’Abel Gance, déjà promise à la lumière. Le parlant fit d’elle une star, muse de René Clair, héroïne de Duvivier et partenaire idéale de Jean Murat. De Paris à Hollywood, où l’attendait Tyrone Power, sa trajectoire épousa l’âge d’or des écrans avant de s’effacer après la guerre. Une carrière fulgurante, emblématique d’un monde disparu, dont la grâce continue pourtant de rayonner.

JEAN GABIN : COUP DE CŒUR

Estimant que l’on n’est jamais si bien servi que par soi-même, Gabin a souvent acquis lui-même les droits de romans qui pouvaient lui offrir de belles compositions, c’est ainsi que sont nés des films aussi majeurs que La Bandera et Quai des brumes. C’est au début des années 30 que Gabin découvre avec enthousiasme La…

LE CINÉMA COLONIAL

La période de l’entre-deux-guerres correspond à l’apogée de l’empire colonial français : colonies, protectorats, territoires sous mandat constituent le deuxième empire mondial, juste après celui de la Grande-Bretagne. Il y avait là une matière cinématographique très riche à exploiter, et on peut s’étonner que les réalisateurs français n’y aient pas recouru plus fréquemment.