Figure aristocratique et désenchantée, Maurice Ronet a été non seulement un comédien singulier et profond, mais aussi un metteur en scène dont le dernier film était un chef-d’œuvre.
Pessimiste, ironique, distant et habité par le sentiment de la profonde vanité des croyances idéologiques et religieuses, Maurice Ronet est toujours resté un marginal dans le cinéma français. Né le 13 avril 1927 à Nice, il devait d’ailleurs déclarer un jour : « Ma génération a été mise en contact très jeune avec la dérision de certains sentiments, de certaines idées. J’avais dix-sept ans à la fin de la guerre, je n’ai pas eu à prendre parti. Je ne serai jamais un ancien combattant. Cette disponibilité qui rend marginal engendre l’humour, un humour peut-être désespéré. » (Télérama, 16 juin 1973, entretien avec Alain Rémond.)

Lecteur passionné de Schopenhauer, Kierkegaard et Heidegger, cet aristocrate solitaire, dont le sourire était toujours empreint d’une indéfinissable tristesse, fut révélé par Jacques Becker dans Rendez-vous de juillet (1949). Il lui fallut attendre Ascenseur pour l’échafaud (1957) pour trouver un rôle à la mesure de sa personnalité et de son talent. Dans ce premier film de Louis Malle, Maurice Ronet était saisissant de vérité en ancien officier parachutiste qui se perdait par désespoir et par amour, et les dialogues de Roger Nimier avaient à son endroit quelque chose de complice et de fraternel.
Un film aura toutefois véritablement marqué sa carrière de comédien, Le Feu follet (1963), toujours de Louis Malle. Cette adaptation somme toute très académique du superbe roman de Drieu La Rochelle était transfigurée par l’interprétation de Ronet qui, par la densité et la retenue de son jeu, réussissait à personnifier l’univers psychologique et moral de l’écrivain. A travers le héros de Drieu La Rochelle, en effet, il exprimait un désenchantement radical, un sentiment de la vacuité des êtres et des choses dont le suicide, méticuleusement organisé, constituait l’aboutissement logique. Nul doute que ce film ait eu une grande influence sur l’évolution personnelle de l’acteur, qui sera remarquable dans plusieurs films de Claude Chabrol, notamment Le Scandale (1967) et La Femme infidèle (1968), mais dont la carrière dramatique passera bientôt pour lui au second plan, malgré quelques jolies réussites comme Raphaël ou le débauché (1970).

En 1964, en effet, Ronet avait réalisé en Espagne une curieuse comédie policière qu’il interprétait lui-même aux côtés d’Anna Karina, Le Voleur de Tibidabo, et qui ne manquait assurément pas de charme en dépit de quelques maladresses. Le film n’en connut pas moins un grave échec commercial, et son auteur dut attendre plusieurs années avant de prouver que sa vocation n’était pas capricieuse ni éphémère. Ce qu’il fit d’abord avec un extraordinaire documentaire sur les lézards géants de Komodo, L’Ile des dragons (1973), dont il a donné ce commentaire : « C’est une chronique sur la terre, l’eau, le feu et sur ces monstres qui n’existent que là, qui sont (de très loin) nos ancêtres. C’est très difficile à expliquer. On ne demande pas à quelqu’un qui a fait un poème de l’expliquer. Je voudrais qu’on en ressorte avec deux impressions. D’abord qu’il s’agit d’animaux qui sont à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de nous, et puis qu’ils étaient là bien avant nous et qu’ils seront là bien après nous. C’est un peu le pèlerinage aux sources, ou un voyage en enfer, ou un film sur le début ou sur la fin du monde. » (Télérama, article cité).

Ces propos, qui dénotaient un étrange scepticisme à l’égard de la condition humaine, annonçaient en quelque sorte le chef-d’œuvre que Maurice Ronet allai enfin pouvoir réaliser, Bartleby (1976) Adapté d’une nouvelle d’Herman Melville et interprété par Maxence Mailfort, Michel Lonsdale et Maurice Biraud, ce film, d’une austérité cinématographique exemplaire, délivrait de façon presque sereine le sentiment de l’inutilité de l’existence et, par voie de conséquence, celui de l’absurdité de toute forme de sociabilité. Bartleby était sans conteste l’œuvre d’un cinéaste très original, et ceux qui en avaient reconnu les qualités attendaient avec impatience le film qu’il se proposait de faire d’après « Semmelweis » de Louis-Ferdinand Céline. Mais Ronet n’eut pas le temps de mener ce projet à bien, et il fut emporté le 14 mars 1983.


ASCENSEUR POUR L’ÉCHAFAUD – Louis Malle (1958)
Un couple d’amoureux, un mari importun, un crime minutieusement préparé et le hasard qui se met en travers du chemin : si l’intrigue n’est pas neuve, la façon dont Louis Malle concocte ce drame existentialiste à partir d’ingrédients classiques du film policier est inédite.

PLEIN SOLEIL – René Clément (1960)
Pourquoi est-ce que ce sont toujours les autres qui jouissent des plaisirs de la vie ? Le luxe et la beauté sont-ils réservés aux riches ? En 1960, alors que La Dolce vita (1960) de Fellini est projeté dans les salles obscures avec le succès que l’on sait, un autre film traite du même thème en analysant son côté le plus sombre. Si Marcello Mastroianni, l’alter ego de Fellini, risque de perdre son identité en s’adonnant aux plaisirs faciles, Tom Ripley, pour sa part, n’a pas d’identité propre et prend celle d’une autre personne en l’assassinant.
- GAS-OIL – Gilles Grangier (1955)
- ARSENIC AND OLD GLACE (Arsenic et vieilles dentelles) – Frank Capra (1944)
- FRITZ LANG ET LE FILM NOIR : UNE TRAVERSÉE DE L’OMBRE
- [la IVe République et ses films] LA QUALITÉ – CLÉMENT ÉPARPILLÉ (8/10)
- ROBIN AND THE 7 HOODS (Les Sept voleurs de Chicago) – Gordon Douglas (1964)
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Catégories :Les Actrices et Acteurs




Un tres grand acteur …un peu trop vite oublié…Il y a plusieurs années la T.V Espagnole lui rendait Hommage dans l’émission…-El ciné del Barrio-….. bel hommage ce fut…J.C.
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Magnifique analyse de la personnalité de Maurice RONET rendant grâce à sa profonde culture et intelligence illustrée par de très belle photos. Merci infiniment pour ce brillant hommage.
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