Maurice Ronet

Figure aristocratique et désenchantée, Maurice Ronet a été non seulement un comédien singulier et profond, mais aussi un metteur en scène dont le dernier film était un chef-d’œuvre.

LA PISCINE de Jacques Deray (1969) avec Alain Delon, Romy Schneider, Maurice Ronet, Jane Birkin

Pessimiste, ironique, distant et habité par le sentiment de la profonde vanité des croyances idéologiques et religieuses, Maurice Ronet est toujours resté un marginal dans le cinéma français. Né le 13 avril 1927 à Nice, il devait d’ailleurs déclarer un jour : « Ma génération a été mise en contact très jeune avec la dérision de certains sentiments, de certaines idées. J’avais dix-sept ans à la fin de la guerre, je n’ai pas eu à prendre parti. Je ne serai jamais un ancien combattant. Cette disponibilité qui rend marginal engendre l’humour, un humour peut-être désespéré. » (Télérama, 16 juin 1973, entretien avec Alain Rémond.)

ASCENSEUR POUR L’ECHAFAUD de Louis Malle (1959) avec Jeanne Moreau, Maurice Ronnet, Lino Ventura

Lecteur passionné de Schopenhauer, Kierkegaard et Heidegger, cet aristocrate solitaire, dont le sourire était toujours empreint d’une indéfinissable tristesse, fut révélé par Jacques Becker dans Rendez-vous de juillet (1949). Il lui fallut attendre Ascenseur pour l’échafaud (1957) pour trouver un rôle à la mesure de sa personnalité et de son talent. Dans ce premier film de Louis Malle, Maurice Ronet était saisissant de vérité en ancien officier parachutiste qui se perdait par désespoir et par amour, et les dialogues de Roger Nimier avaient à son endroit quelque chose de complice et de fraternel.

LE FEU FOLLET de Louis Malle (1963) avec Maurice Ronet, Léna Skerla, Yvonne Clech, Hubert Deschamps

Un film aura toutefois véritablement marqué sa carrière de comédien, Le Feu follet (1963), toujours de Louis Malle. Cette adaptation somme toute très académique du superbe roman de Drieu La Rochelle était transfigurée par l’interprétation de Ronet qui, par la densité et la retenue de son jeu, réussissait à personnifier l’univers psychologique et moral de l’écrivain. A travers le héros de Drieu La Rochelle, en effet, il exprimait un désenchantement radical, un sentiment de la vacuité des êtres et des choses dont le suicide, méticuleusement organisé, constituait l’aboutissement logique. Nul doute que ce film ait eu une grande influence sur l’évolution personnelle de l’acteur, qui sera remarquable dans plusieurs films de Claude Chabrol, notamment Le Scandale (1967) et La Femme infidèle (1968), mais dont la carrière dramatique passera bientôt pour lui au second plan, malgré quelques jolies réussites comme Raphaël ou le débauché (1970).

PLEIN SOLEIL de René Clément (1960), Alain Delon, Maurice Ronet, Marie Laforêt

En 1964, en effet, Ronet avait réalisé en Espagne une curieuse comédie policière qu’il interprétait lui-même aux côtés d’Anna Karina, Le Voleur de Tibidabo, et qui ne manquait assurément pas de charme en dépit de quelques maladresses. Le film n’en connut pas moins un grave échec commercial, et son auteur dut attendre plusieurs années avant de prouver que sa vocation n’était pas capricieuse ni éphémère. Ce qu’il fit d’abord avec un extraordinaire documentaire sur les lézards géants de Komodo, L’Ile des dragons (1973), dont il a donné ce commentaire : « C’est une chronique sur la terre, l’eau, le feu et sur ces monstres qui n’existent que là, qui sont (de très loin) nos ancêtres. C’est très difficile à expliquer. On ne demande pas à quelqu’un qui a fait un poème de l’expliquer. Je voudrais qu’on en ressorte avec deux impressions. D’abord qu’il s’agit d’animaux qui sont à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de nous, et puis qu’ils étaient là bien avant nous et qu’ils seront là bien après nous. C’est un peu le pèlerinage aux sources, ou un voyage en enfer, ou un film sur le début ou sur la fin du monde. » (Télérama, article cité).

LES FEMMES de Jean Aurel (1969), Maurice Ronet, Brigitte Bardot

Ces propos, qui dénotaient un étrange scepticisme à l’égard de la condition humaine, annonçaient en quelque sorte le chef-d’œuvre que Maurice Ronet allai enfin pouvoir réaliser, Bartleby (1976) Adapté d’une nouvelle d’Herman Melville et interprété par Maxence Mailfort, Michel Lonsdale et Maurice Biraud, ce film, d’une austérité cinématographique  exemplaire, délivrait de façon presque sereine le sentiment de l’inutilité de l’existence et, par voie de conséquence, celui de l’absurdité de toute forme de sociabilité. Bartleby était sans conteste l’œuvre d’un cinéaste très original, et ceux qui en avaient reconnu les qualités attendaient avec impatience le film qu’il se proposait de faire d’après « Semmelweis » de Louis-Ferdinand Céline. Mais Ronet n’eut pas le temps de mener ce projet à bien, et il fut emporté le 14 mars 1983.

LIES PAR LE SANG (Bloodline) de Terence Young (1979) avec Audrey Hepburn, Ben Gazzara, James Mason, Romy Schneider, Omar Sharif…et Maurice Ronet.

 

 

 

 

Publicités

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Jacky Cottret dit :

    Un tres grand acteur …un peu trop vite oublié…Il y a plusieurs années la T.V Espagnole lui rendait Hommage dans l’émission…-El ciné del Barrio-….. bel hommage ce fut…J.C.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s