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THE KILLERS (Les Tueurs) – Robert Siodmak (1946)

Un passé mystérieux, un amour qui dure jusqu’à la mort, un destin auquel on ne peut échapper : The Killers mérite bien d’être considéré comme un film noir par excellence. Mais avec son héros dont la fin tragique est exposée dès le début par des flash-back, le spécialiste du genre Robert Siodmak exige beaucoup de son public, d’autant que l’on s’identifie volontiers à ce boxeur débonnaire dont la seule erreur, visiblement, n’a été que de s’éprendre de la mauvaise femme…

LE POIDS DU PASSÉ DANS LE FILM NOIR

Les héros du film noir sont souvent des êtres hantés par leur passé. De fait, ce poids du passé est sans doute l’un des thèmes majeurs du genre. Dans le classique de Robert Siodmak The Killers (Les Tueurs, 1946), basé sur la nouvelle d’Ernest Hemingway, le personnage principal, Swede (Burt Lancaster), attend avec résignation d’être tué par deux voyous, sachant que son passé a fini par le rattraper…

CRISS CROSS (Pour toi, j’ai tué) – Robert Siodmak (1949)

Comme The Killers (Les Tueurs), mis en scène deux ans plus tôt par Robert Siodmak et produit par le même Mark Hellinger, Criss Cross (Pour toi, j’ai tué) décrit des personnages littéralement damnés et incapables d’échapper à leur destin. Ni Anna (Yvonne de Carlo), qui a tenté en trahissant les uns et les autres de se sauver elle-même, ni Steve (Burt Lancaster), éternel « looser » d’une Amérique florissante, ni Slim (Dan Duryea), le mauvais garçon au smoking blanc, ne parviendront à fuir la malédiction qui semble les poursuivre. Les deux premiers seront abattus par le troisième, futur prisonnier d’une police dont les sirènes annoncent déjà l’arrivée. Une fois de plus, c’est un monde nocturne que peint Siodmak, un monde dans lequel la police – symbolisée par Pete Ramirez – n’est pas plus sympathique que ceux qu’elle combat en pratiquant les mêmes compromissions et les mêmes trahisons. Alors que souvent le film noir oppose à cette société corrompue et corruptible la tendresse désespérée d’un couple traqué, Criss Cross est un constat tragique, à l’image de son héros trahi.

SORRY, WRONG NUMBER (Raccrochez c’est une erreur !) – Anatole Litvak (1948)

Par un kaléidoscope de flash-back avec voix off — figure majeure du film noir —, montés les uns après les autres ou imbriqués, le cinéaste pousse toutefois le genre dans ses retranchements. Il transforme le suspense d’origine en réflexion sur la folie, multipliant les interlocuteurs et les points de vue. Outre la composition névrotique de Barbara Stanwyck Double Indemnity (Assurance sur la mort, 1944), il n’est pas anodin que Sorry, wrong number soit l’exact contemporain d’un autre classique de Litvak,The Snake Pit (La Fosse aux serpents, 1948), l’une des premières fictions américaines se déroulant au sein d’un asile psychiatrique.