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LE FACTEUR A SONNÉ… QUATRE FOIS !

Deux hommes et une femme : le premier est jeune, il n’a que vingt-quatre ans, le second ne l’est plus, il est déjà gros et n’a jamais eu une grande séduction ; sa jeune femme, « sa petite colombe » comme il l’appelle, ne l’a épousé, émue par sa gentillesse, que pour sortir de la misère : loin de l’ame­ner à la gloire d’Hollywood, un concours de beauté ne lui avait fait connaître que la médiocrité des cantines. Entre les deux jeunes gens, l’attirance est immédiate ; un flamboiement de la chair qui n’a d’autre issue que désespérée : le crime passionnel. Le décor est une banale auberge de route de Californie, entre Santa Barbara et la frontière mexicaine. Il y aura deux procès, et la mort.

LE CRIME PARFAIT

La conspiration et la trahison, l’amour et le sexe, le meurtre et le crime parfait… autant de pivots du film noir, autant de thèmes inclus dans Double Indemnity (Assurance sur la mort). Certes, on a connu des trames tournant autour de crimes motivés par l’argent ou l’amour bien avant le film noir mais, en tant qu’histoire de meurtres associant les deux, Double Indemnity est considéré par beaucoup comme la quintessence de ce genre cinématographique. Néanmoins, tout comme la nature a horreur du vide, le cycle noir déteste le crime parfait. De fait, la perfection a rarement sa place dans le Noir, qui dépeint plutôt l’échec de criminels qui s’étaient crus parfaits. Comme le dit si bien Walter Neff, le personnage principal de Double Indemnity, en commençant son récit : « Oui, je l’ai tué. Je l’ai tué pour le fric et pour une femme. Je n’ai pas eu le fric et je n’ai pas eu la femme. C’est réussi, non ? »

THE POSTMAN ALWAYS RINGS TWICE (Le Facteur sonne toujours deux fois) – Tay Garnett (1946)

Jeune chômeur ténébreux, Frank Chambers trouve un travail de pompiste à la station essence de Nick Smith. La femme du patron, Cora, est jeune et belle. Une idylle passionnelle se noue entre eux. Le couple illégitime décide de se débarrasser du mari gênant… (…) Le cinéaste hollywoodien évoque, lui, la dérive intime de son pays. Dès les premiers plans, désaxés, inquiétants, l’ambiguïté suggestive s’affiche. Un écriteau à double sens « Man wanted » annonce le désarroi social et affectif de l’Amérique du bout du monde, où le chômage rime avec la misère sexuelle. Le vertige amoureux dans lequel les deux amants maudits se laissent happer dégage des vapeurs nocives et douces à la fois, caractéristiques des chefs-d’œuvre du film noir. Sainte trompeuse vêtue de blanc, Lana Turner détourne tous les moyens de séduction habituels, face à un John Garfield magnifique, fébrile et secret. [Marine Landrot – Télérama]

OSSESSIONE (Les Amants diaboliques) – Luchino Visconti (1943)

Ce film soulève une des grandes questions de l’histoire du cinéma. Et si c’était ce film, plutôt que Rome ville ouverte de Rossellini, qui annonçait la naissance d’un genre cinématographique passionnant venu d’Italie ? L’hypothèse est intéressante. Mais, comme le scénario de Visconti s’inspirait sans le dire d’un livre de James Cain, le romancier et ses éditeurs lui interdirent les écrans américains. Il faudra attendre 1976 pour que le film connaisse sa première américaine, au festival de New York, juste après la mort de Cain. Il ne l’a sans doute jamais vu, ce qui est dommage, car c’est sans doute le meilleur film adapté de son œuvre.

DOUBLE INDEMNITY (Assurance sur la mort) – Billy Wilder (1944)

Le film s’inspire d’un fait divers criminel authentique, l’assassinat en 1927, à New York, d’Albert Snyder par sa femme Ruth, aidée de Judd Crey, l’amant de celle-ci. Billy Wilder pensa tout d’abord à Alan Ladd et à George Raft pour interpréter Walter Neff. « J’ai eu, racontait-il, beaucoup de difficultés pour trouver un acteur. À cette époque, aucun de ceux qui étaient connus n’osait jouer un meurtrier. Lorsque j’ai raconté l’histoire à George Raft, il m’a dit qu’il voulait bien jouer le rôle si on découvrait, à la fin, que le personnage était en réalité un agent du FBI, ce qui lui permettrait d’arrêter sa maîtresse. »