Le Film étranger

BREAKFAST AT TIFFANY’S (Diamants sur canapé)– Blake Edwards (1961)

Dès les premières minutes, c’est magique. A l’aube, sur une musique nostalgique de Henry Mancini, une femme émerge d’un taxi new-yorkais. Son fourreau noir, ses lunettes de soleil laissent deviner une fête de plus, une fête de trop. Holly (Audrey Hepburn) contemple alors, quelques instants, la vitrine de la bijouterie Tiffany, sur la 5e Avenue. Le seul endroit qui, par l’ordre et la sécurité qu’il reflète, parvient à calmer le désarroi qui l’envahit parfois. Blake Edwards signe une comédie sophistiquée et cruelle, inspirée d’une nouvelle magnifique de Truman Capote sur des insatisfaits tendres et graves. Hepburn, bien sûr, qui semble glisser, de scène en scène, à la poursuite de la gloire et de l’amour, qui se dérobent. George Peppard aussi, écrivain en panne, gigolo à l’occasion, et régénéré par le sentiment. Comme pour atténuer l’intense mélancolie de ces personnages sans cesse en mouvement, qui ne font que fuir de peur d’être encore plus blessés, la mise en scène de Blake Edwards est constamment légère, brillante, enjouée... [Pierre Murat, Télérama (septembre 2016)]

Audrey Hepburn ayant été engagée pour Breakfast at Tiffany’s et ayant un droit de veto sur le choix du metteur en scène, elle décida aussitôt de récuser John Frankenheimer qui devait réaliser le film et avait commencé à travailler sur le scénario avec George Axelrod. Elle accepta en revanche Blake Edwards, qui devait reconnaître par la suite : « Aujourd’hui, je serais plus fidèle au roman de Capote, mais cela serait aussi plus facile. A l’époque, le sujet effrayait beaucoup de gens. On touchait à des choses qu’ils avaient peur de voir exposées : les tendances homosexuelles du héros, les mœurs de Holly – elle vit avec des lesbiennes parce que ce sont de bonnes ménagères – etc., tout cela empreint d’ailleurs d’une bonne dose d’ironie et d’humour. Je n’étais pas en mesure de suggérer qu’Audrey jouât le personnage de Holly tel que Truman Capote l’avait imaginé.» 

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Le début des années 1960 témoigne de la volonté autorisée par la permissivité de l’Hollywood d’alors de parler plus franchement des mœurs et du sexe. En trois ans, on voit ainsi apparaître : Butterfield 8 (La Vénus au vison), The Fugitive Kind (L’homme à la peau de serpent), Go Naked in the World (Volupté), Sanctuary, The Chapman Report (Les Liaisons coupables), The Children’s Hour (La Rumeur), Lolita, et Sweet Bird of Youth (Doux oiseau de jeunesse). Breakfast at Tiffany’s appartient à ce courant et sous l’apparence d’une comédie de mœurs aussi sophistiquée que peut l’être son héroïne, le film est surtout une comédie de mœurs dont le happy end tente de compenser les caractères amoraux de ses héros. Holly, qui se plaît à prendre un frugal petit déjeuner en contemplant à l’aube les vitrines de Tiffany, n’est en réalité qu’une calI girl et Paul, écrivain raté, vit aux crochets de sa riche mécène dont il est le gigolo…

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Blake Edwards a avoué n’avoir pas travaillé sur le scénario avec Axelrod mais avoir en revanche été particulièrement tenté par la scène de la party, déclarant : « Ce dont je suis responsable, c’est de la scène de la party. C’est moi qui l’ai écrite. Cette scène n’était qu’indiquée dans le scénario : quelques détails et deux ou trois passages dialogués. J’ai dû l’improviser sur le plateau et cela a été très amusant. J’ai exigé d’avoir des acteurs, et non des figurants. Je tenais à avoir de véritables comédiens, car je ne savais pas à l’avance ce que j’allais faire et je voulais qu’ils puissent me suivre. Il fallait qu’ils soient capables de jouer, même quand ils seraient en arrière-plan, ce qui n’est pas le cas en général dans les scènes de ce genre. On m’a dit que j’étais fou, que cela coûterait très cher. Ce le fut, mais je crois que cela en a valu la peine. »

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Blake Edwards revendique le personnage du voisin japonais, M. Yunioshl, campé par un Mickey Rooney vociférant. George Axelrod avait souhaité, à la fin du tournage, que les scènes avec ce personnage soient refaites mais dans un style moins exacerbé. Audrey Hepburn avait même accepté ne pas être payée pour ce travail supplémentaire mais Blake Edwards, satisfait des scènes, exigea et finit par obtenir leur maintien. 

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Moins drôle que les comédies les plus réussies de Blake Edwards, Breakfast at Tiffany’s souffre sans doute d’une certaine édulcoration par rapport à l’œuvre originale de Truman Capote. Celle-ci ne se terminait d’ailleurs pas par le bonheur commun de Holly et de Paul mais par le départ de Holly pour le Brésil où la jeune femme s’était ainsi presque « vendue » à un richissime mari. Dire que le film bénéficie de l’élégance de la composition d’Audrey Hepburn est une évidence mais il convient aussi de ne pas oublier le chat familier de Holly joué par Putney – c’est ainsi qu’il est crédité au générique – plus connu sous le nom de Rhubarb.  [(La comédie américiane – Patrick Brion – Edition de la La Martinière – 1998)]



L’histoire


Paul Varjak (George Peppard ), un écrivain, emménage à New York et fait la connaissance de sa voisine, Holly Golightly (Audrey Hepburn). Celle-ci s’est séparée de son mari, Doc (Buddy Ebsen), et vit d’expédients, c’est-à-dire qu’elle se fait entretenir… Paul est d’ailleurs dans la même situation puisqu’il bénéficie des largesses de « 2 E » Mrs. Failenson, une femme plus âgée que lui et dont il est l’amant. Paul s’éprend de Holly dont le charme le fascine, mais la jeune femme ne s’intéresse qu’aux hommes riches. Yunioshi (Mickey Rooney), le voisin japonais de Holly, est exaspéré par les réceptions bruyantes que donne la jeune femme. Celle-ci revoit Doc, venu à New York, mais elle refuse de l’accompagner au Texas. Paul rompt avec « 2 E » et Holly se prépare à épouser le richissime Brésilien José da Silva Perreira (José Luis de Vilallonga). Holly apprend la mort de son frère, pour lequel elle avait une grande admiration. La police l’arrête, l’accusant d’avoir servi de boîte aux lettres au gangster Sally Tomato (Alan Reed) qui réussissait depuis Sing Sing à continuer à contrôler le trafic de la drogue en utilisant des messages codés. Paul parvient à faire sortir Holly qui apprend que José a préféré rompre avec elle afin de ne pas choquer sa famille. Paul et Holly décident alors de vivre ensemble et la première chose qu’ils font est de rechercher – et heureusement de retrouver – le chat de Holly que cette dernière avait jeté dehors sous la pluie. 



BLAKE EDWARDS
Blake Edwards a connu la célébrité en créant, avec Peter Sellers, l’inénarrable inspecteur Clouseau. Mais ce maître de la comédie américaine moderne a également exprimé une sensibilité tragique.

AUDREY HEPBURN : UNE DRÔLE DE FRIMOUSSE
En 1953, le public découvrit Audrey Hepburn dans Vacances romaines de William Wyler, suscitant un émerveillement général. Cet enthousiasme fut confirmé l’année suivante avec Sabrina de Billy Wilder, et un Oscar vint couronner cette débutante exceptionnelle. Ainsi commença une carrière unique à Hollywood, laissant un souvenir inoubliable malgré un nombre restreint de films, moins d’une vingtaine de rôles principaux, mais presque tous de grande valeur et choisis avec discernement.


Moon River : Blake Edwards et les producteurs Martin Jurow et Richard Shepherd désirent que ce soit Henry Mancini qui compose la musique et la chanson comme le rapporte Sam Wasson dans son récit de la genèse du film. Mais Martin Rackin, directeur de la production chez Paramount, décrète que Henry Mancini ne composera que la musique, car il n’est pas intéressé par l’idée de chanson nostalgique que Mancini suggère ; il préfère confier ce travail à quelqu’un mieux à même de retranscrire l' »élégance de Broadway » avec un air cosmopolite. Henry Mancini n’en reste pas là et insiste auprès de Blake Edwards pour composer la chanson. Edwards arrive à convaincre les producteurs qui déclarent maintenant que « la chanson ne devait pas du tout parler de New York. Elle évoquait une fille originaire de « Tulip » au Texas et devait correspondre à cette image-là ». Henry Mancini doit alors spécialement composer pour Audrey Hepburn dont la tessiture de la voix est limitée (à peine plus d’une octave). L’inspiration vient à Mancini avec trois notes « do, sol, fa » qui débouchent sur une mélodie qu’il fait écouter à Blake Edwards. Celui-ci est conquis ainsi que les producteurs Jurow et Shepherd. Ces derniers demandent à Mancini avec quel parolier il désire travailler et, sans hésitation, Mancini répond « avec Johnny Mercer ».

Johnny Mercer, un homme doux et rêveur, originaire de Géorgie, a toujours la nostalgie de son Sud natal et, inspiré par l’histoire de Holly qui, elle, a la nostalgie de son Texas, il propose rapidement trois textes à Mancini. Le premier commence par « I’am Holly… », le second est rejeté, et c’est le troisième qui est retenu. Provisoirement baptisé « Blue River », le texte est remanié par Johnny Mercer qui remplace « blue » par « moon » et se met à chanter à Mancini la ballade que l’on connaît… Les producteurs sont à leur tour séduits, mais reste à vaincre les résistances d’Audrey Hepburn. La perspective de devoir chanter avec sa voix qu’elle trouvait plus fluette qu’à l’époque de Funny Face (Drôle de frimousse) l’effrayait, mais les faiblesses invoquées deviennent un argument pour le réalisateur Blake Edwards, renforçant son idée qu’au travers d’une interprétation authentique « les spectateurs percevraient dans la faiblesse de ses capacités vocales l’image d’une Holly simple et nature ». Convaincue, Audrey Hepburn commence immédiatement à prendre des cours de guitare et de chant.


Les extraits
La scène romantique
La scène de « la party »
Chez Tiffany & Co

EXPERIMENT IN TERROR (Allô, brigade spéciale) – Blake Edwards (1962) 
Le film noir est généralement associé aux milieux urbains et Edwards a en effet choisi pour décors les ponts élancés et les charmants tramways de San Francisco. En faisant sourdre la menace d’un paysage sophistique, il ne la rend que plus terrible et obéit à une des constantes du film noir : même si la ville parait sereine et respectable, elle renferme d’indicibles dangers qui peuvent se manifester dans les moments les plus inattendus. 


FUNNY FACE (Drôle de frimousse) – Stanley Donen (1957)
Attention, explosion de couleurs ! Avant tout, Funny Face est la rencontre, orchestrée par Stanley Donen, des teintes les plus pimpantes — le rose en majesté pop — et des noirs et bruns les plus profonds. C’est d’ailleurs dans la pénombre d’une librairie que Fred Astaire, photographe à la mode (inspiré de Richard Avedon) vient convaincre Audrey Hepburn, petit machin maigre et intello qui réinvente les canons de la beauté, de devenir modèle pour le magazine Quality (traduisez Vogue).

CHARADE – Stanley Donen (1963)
Stanley Donen s’est spécialisé dans la comédie musicale, avec notamment Chantons sous la pluie (Singin’ in the Rain) en 1952. Avec Charade, il nous propose une comédie policière où le spectateur oscille entre le suivi de l’intrigue avec une série d’assassinats et la veine comique dont procède le jeu des acteurs.

MY FAIR LADY – George Cukor (1964)
le film dépeint une pauvre marchande de fleurs Cockney nommée Eliza Doolittle qui surprend un professeur de phonétique arrogant, Henry Higgins, alors qu’il parie avec désinvolture qu’il pourrait lui apprendre à parler « correctement » anglais , la rendant ainsi présentable dans la haute société de Londres édouardienne .


 


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