CAN-CAN – Walter Lang (1960)

Paris, à la fin du XIXe siècle. Une nouvelle danse, le French Cancan, vient de naître dans les cabarets de la Butte Montmartre, mais les censeurs ont fait édicter un arrêt contre cette attraction qui « insulte les bonnes mœurs ». Malgré les risques de fermeture qui menacent son établissement, la belle Simone Pistache continue à proposer le Cancan à ses clients, parmi lesquels se trouve ce soir-là un personnage important, amené par son amant François… 

1960, CAN-CAN
CAN-CAN – Walter Lang (1960) avec Frank Sinatra, Shirley MacLaine, Maurice Chevalier, Louis Jourdan et Juliet Prowse

Depuis ses débuts, la comédie musicale hollywoodienne a fait de Paris l’une de ses destinations privilégiées. Dans Can-Can, c’est la période « Fin de siècle » qui est mise à l’honneur, avec ses danseuses en guêpières et ses marlous de la Butte. Entièrement tourné en studio en Californie, le film de Walter Lang [There’s No Business Like Show Business (La Joyeuse Parade), The King and I (Le Roi et moi)…] s’évertue à faire revivre la grande époque du Cancan, sans s’embarrasser de scrupules historiques.

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CAN-CAN – Walter Lang (1960) avec Frank Sinatra, Shirley MacLaine, Maurice Chevalier, Louis Jourdan et Juliet Prowse

Dans ce film, c’est la vision enchantée et fantaisiste de la comédie musicale d’origine qui prévaut, et les nombreuses chansons de Cole Porter sont évidemment les morceaux de choix du film. « Let’s Do It », « C’est Magnifique », « Apache Dance » (hommage aux mauvais garçons de Montmartre) et, bien sûr, « I Love Paris » forment une longue déclaration d’amour à la capitale française. Tous ces titres ne proviennent pas de la version scénique de Can-Can, Cole Porter ayant intégré à la partition du film d’autres chansons fétiches. S’il n’apparaît pas lui-même à l’écran, le compositeur de Broadway est donc la vraie star de cette adaptation, n’en déplaise à Frank Sinatra et Shirley MacLaine. Aux États-Unis, le titre complet du film est d’ailleurs Cole Porter’s Can-Can

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Avant d’être un film, Can-Can était un musical composé par Cole Porter, sur un livret d’Abe Burrows. Présenté au Shubert Theatre de Broadway à partir du 7 mai 1953, le spectacle a été joué pendant plus de deux ans, et a valu un Tony Award au chorégraphe Michael Kidd, ainsi qu’à l’actrice Gwen Verdon, pour le rôle de Claudine. Cole Porter, qui a vécu à Paris dans les années 20, s’est amusé à faire revivre dans le spectacle l’atmosphère joyeuse et sensuelle que les Américains prêtent à la « capitale de l’amour ». Et c’est dans ce même folklore que va puiser l’adaptation cinématographique du spectacle, lancée en 1959 par les producteurs Jack Cummings et Saul Chaplin, en association avec la Twentieth Century Fox. Frank Sinatra, qui doit en être la vedette, va ainsi pouvoir régler la « dette » qu’il a contractée vis-à-vis de ce studio en quittant six ans plus tôt le projet de Carrousel.

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CAN-CAN – Walter Lang (1960) avec Frank Sinatra, Shirley MacLaine, Maurice Chevalier, Louis Jourdan et Juliet Prowse

La présence de Sinatra oblige les scénaristes du film à prendre des libertés avec le spectacle original, qui reposait sur la relation entre le juge Forestier et la Môme Pistache. La star de The Man with the golden arm (L’Homme au bras d’or) risquant de n’être pas très crédible en magistrat rigide, le film va opter pour un triangle amoureux entre le juge, la tenancière du cabaret et son amant François. C’est Shirley MacLaine, déjà partenaire l’année précédente de Sinatra dans Some came running (Comme un torrent), qui est choisie pour jouer Simone Pistache. Le juge Forestier sera, lui, incarné par Louis Jourdan, que son élégance – et sa nationalité française – désignent tout naturellement pour le rôle. Et comme dans de nombreux films hollywoodiens ayant le « Gai Paris » pour toile de fond, Maurice Chevalier va également être de la partie, retrouvant ainsi Jourdan, son jeune acolyte de Gigi. La seule inconnue du film est donc Juliet Prowse, qui, avec le rôle de Claudine, va faire ses premiers pas devant la caméra. Et déclencher un incident diplomatique.

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CAN-CAN – Walter Lang (1960) avec Frank Sinatra, Shirley MacLaine, Maurice Chevalier, Louis Jourdan et Juliet Prowse

En septembre 1959, Nikita Krouchtchev est en visite officielle aux Etats-Unis. Voulant découvrir l’usine à rêves, le chef d’état soviétique et son épouse se rendent à Hollywood, où ils visitent notamment les studios de la Twentieth Century Fox. Conviés sur le plateau où se tourne Can-Can, ils assistent ainsi à une répétition de la fameuse danse parisienne, exécutée par Juliet Prowse et ses jolies partenaires. Outré par l’indécence de leur numéro, Krouchtchev se répandra dans la presse sur la « pornographie » d’un film qui reflète bien la décadence du monde occidental. La photo accompagnant ces propos sera souvent celle de Juliet en costume de cancan, faisant ainsi de cette inconnue une célébrité mondiale… Cette publicité inattendue profite également au film lui-même qui, avec son budget de six millions de dollars, doit absolument attirer les spectateurs en masse à sa sortie. Ce sera le cas, puisque Can-Can se placera au deuxième rang du box-office de 1960, juste après le colosse Ben-Hur. [Eric Quéméré – Comédies musicales]

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CAN-CAN – Walter Lang (1960) avec Frank Sinatra, Shirley MacLaine, Maurice Chevalier, Louis Jourdan et Juliet Prowse
Programme musical
Fiche technique du film
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Juliet Prowse : Née en Inde de parents Sud-Africains, Juliet Prowse (1936-1996) étudie la danse, mais doit renoncer à devenir ballerine du fait de sa grande taille (1,80m). Elle se tourne vers le cabaret, et c’est ainsi qu’elle se voit engagée dans Can-Can. Après « l’épisode Krouchtchev», sa romance avec Sinatra, puis avec Elvis Presley sur le plateau de Café Europa en uniforme, achève d’en faire la chouchou des tabloïds. Si la suite de sa carrière à l’écran est décevante, Juliet devient en revanche une vedette de la scène, alternant musicals et concerts à Las Vegas.

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FRENCH CANCAN – Jean Renoir (1954)
Le film dont Jean Gabin attaque le tournage à l’automne 1954 est, à plusieurs titres, placé sous le signe du renouveau. Tout d’abord parce qu’il s’agit de son tout premier film en couleurs. Ensuite, parce que l’aventure de French Cancan marque la fin d’une des bouderies les plus regrettables du cinéma français : en froid depuis la Seconde Guerre suite à des choix de vie divergents, Gabin et Jean Renoir trouvent dans ce projet le prétexte à des retrouvailles sans doute espérées de part et d’autre depuis longtemps. Il est tout de même dommage d’avoir signé ensemble Les Bas-fondsLa Grande illusion et La Bête humaine, trois des films les plus importants des années 30, et de ne plus s’adresser la parole ! Ce nouveau projet leur offre donc le moyen de dépasser les vieilles querelles, et de signer en outre une quatrième collaboration, qui viendra s’ajouter aux meilleurs titres de leurs filmographies respectives… Enfin, Gabin sent peut-être aussi tout ce qui le rapproche du héros qu’il interprète dans le film : entrepreneur de spectacles mûrissant, Danglard retrouve en effet un second souffle en décidant de remettre à la mode une danse ayant fait jadis les beaux jours des music-halls parisiens. En se plongeant dans une telle histoire quelques mois à peine après la sortie triomphale de Touchez pas au grisbi, qui marquait pour lui le retour d’une gloire tant attendue, l’acteur ne pouvait manquer de voir dans la situation de son personnage comme une métaphore de sa propre renaissance… [Collection Gabin –  Eric Quéméré – 2005]

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CAN-CAN – Walter Lang (1960) avec Frank Sinatra, Shirley MacLaine, Maurice Chevalier, Louis Jourdan

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