Catégorie : Le Film étranger

ARSENIC AND OLD GLACE (Arsenic et vieilles dentelles) – Frank Capra (1944)

Ce film est une comédie noire qui transforme une paisible maison familiale en théâtre de la folie la plus réjouissante. Adapté d’un immense succès de Broadway, le film mêle humour macabre, rythme screwball et situations vaudevillesques avec une précision redoutable. Cary Grant y incarne un jeune marié dépassé par les excentricités meurtrières de ses tantes et les retours inattendus de ses frères. À travers ce chaos savamment orchestré, Capra signe une œuvre singulière, à la fois légère et inquiétante, qui révèle une facette plus sombre mais tout aussi maîtrisée de son cinéma.

RIO BRAVO – Howard Hawks (1959)

Western mythique, « Rio Bravo » montre un équilibre remarquable entre une histoire simple mais solide et une belle étude de caractères. Les relations entre les personnages et le groupe semblent être l’objet principal, chacun refusant de se laisser enfermer dans un schéma. Howard Hawks crée une relation particulière, pleine d’attentes et de sous-entendus, entre le shérif et la jeune Feathers, aidé par le fait que John Wayne était mal à l’aise face au charme et à la sensualité d’Angie Dickinson, beaucoup plus jeune que lui. Ce jeu de séduction, ainsi que les nombreuses touches d’humour, contribuent à cet équilibre quasi parfait.

FRENZY – Alfred Hitchcock (1972)

Une femme nue, étranglée, flotte sur la Tamise… Le tueur à la cravate a encore sévi. Scotland Yard resserre son étau autour d’un homme, dont tout laisse supposer la culpabilité. Mais faut-il se fier aux apparences… ? Au début des années 1970, le retour inattendu d’Alfred Hitchcock en Grande-Bretagne pour tourner un petit film de deux millions de dollars n’est pas considéré comme un événement marquant. C’est pourtant dans ces conditions que le réalisateur fera naître le chef-d’œuvre de la fin de sa carrière, un thriller moderne a qui mêle subtilement le macabre et l’humour.

A FOREIGN AFFAIR (La Scandaleuse de Berlin) – Billy Wilder (1948)

Dans les premières images, des représentants du Congrès américain survolent le Berlin en ruine de l’après-guerre. L’un d’eux commente l’aide américaine aux Berlinois en disant : « Donner du pain à celui qui a faim, c’est de la démocratie. Mais le faire avec ostentation, c’est de l’impérialisme. » Jean Arthur, missionnée pour vérifier la moralité des troupes d’occupation, découvre avec horreur les magouilles et la fraternisation entre occupants et occupés. Marlene Dietrich joue une ex-nazie reconvertie en chanteuse opportuniste, avec des dialogues pleins de sous-entendus sexuels avec un officier américain. Le film est un mélange de comédie insolente et de gravité, avec des scènes de Berlin en ruines filmées en 1947.

MOGAMBO – John Ford (1953)

Ava Gardner est contrainte de rester dans un camp d’un chasseur de fauves rustre, Clark Gable, dont la moustache frémissante rappelle son rôle de Rhett Butler. Leur marivaudage en Technicolor commence, Ava buvant du whisky au goulot et tapant dans le dos du mercenaire. John Ford, bien que critiqué pour son manque d’inspiration pour orchestrer ces duels de géants, manie l’ironie et le désenchantement alcoolisé avec brio. L’arrivée de Grace Kelly, une oie blanche tombant amoureuse de l’aventurier, ajoute une dimension supplémentaire, Gable y croit un temps à cet amour sage, mais « mogambo » signifie « passion » en swahili.

MR. SMITH GOES TO WASHINGTON (Monsieur Smith au Sénat) – Frank Capra (1939)

Mr Smith, invité au Sénat par des politiciens corrompus souhaitant faire passer leurs idées malhonnêtes, reste déterminé à demeurer juste et pur, démantelant complots et magouilles. Ce film, le plus idéologique de Capra, se place sous l’ombre tutélaire des présidents Washington, Lincoln et Jefferson, opposant l’homme « simple » à l’homme de pouvoir, la campagne à la ville, l’individu au groupe. Les acteurs sont tous époustouflants, et James Stewart, incarnant l’homme qui croit en l’homme, personnifie les naïfs avec une finesse infinie, jouant de ses longues mains, triturant un coin de sa veste ou le bord de son chapeau, trébuchant aussi bien sur les mots que sur les tapis. Une performance extraordinaire.

PSYCHO (Psychose) – Alfred Hitchcock (1960)

Lorsque Marion Crane s’effondra lentement sur les carreaux lisses et blancs de la salle de bains de son motel, l’Amérique, abasourdie, n’en crut pas ses yeux. Quarante-six minutes seulement étaient passées, et l’héroïne était morte. Quand, finalement, la caméra se fige sur l’œil inamovible de la femme assassinée, les mâchoires tombent – autant par incrédulité que par l’horreur dont témoigne la scène. Jamais auparavant un réalisateur n’avait bousculé son audience aussi rapidement et avec autant d’efficacité. C’était en 1960, le film était Psychose et son réalisateur, le génial Alfred Hitchcock.

5 FINGERS (L’Affaire Cicéron) – Joseph L. Mankiewicz (1952)

Diello, un serviteur jadis congédié qui lui propose une association, la comtesse Staviska réplique par une gifle. « Parce que vous m’avez parlé en domestique. Comme un être qui se croirait inférieur et qui essaierait d’acheter ce qu’il penserait ne pas mériter. » Scène qui donne le ton des rapports passionnants entre James Mason et Danielle Darrieux (splendides l’un et l’autre). Dialogues étincelants et mise en scène d’une élégance ironique, qui fait de cette Turquie neutre un immense jeu de dupes, que le héros croit, en vain, pouvoir dominer.

BLACKMAIL (Chantage) – Alfred Hitchcock (1929)

Victime d’une tentative de viol, Alice White tue son agresseur d’un coup de couteau. Meurtrière, elle ne doit son salut qu’à son fiancé qui, pour elle, fait passer l’amour avant le devoir. Alors que le cinéma parlant ne s’était pas encore imposé en Grande-Bretagne, Hitchcock se lança dans la production d’un nouveau thriller : Blackmail. L’arrivée du matériel d’enregistrement sonore le conduisit à modifier son film, qui devint le premier film parlant britannique, une œuvre pionnière.

THE BRIDGE ON THE RIVER KWAI (Le Pont de la rivière Kwaï) – David Lean (1957)

Le colonel anglais Nicholson et ses hommes sont faits prisonniers par l’armée japonaise, dans la jungle birmane. Ils doivent obéir au sanguinaire colonel nippon Saito et construire un pont sur la rivière Kwaï pour assurer la liaison entre Bangkok et Rangoon… Cette superproduction guerrière, loin de se complaire dans les clichés d’usage, ­radiographie scrupuleusement la folie destructrice qui ronge le cœur des hommes.

SUSPICION (Soupçons) – Alfred Hitchcock (1941)

Lina McLaidlaw a-t-elle tort de s’éprendre du désinvolte Johnnie Aysgarth ? C’est l’avis de sa famille, qui deviendra petit à petit le sien quand les soupçons prendront la place de l’amour. A l’occasion de son quatrième film réalisé aux Etats-Unis, Hitchcock débuta une fructueuse collaboration avec le grand Cary Grant et retrouva, après Rebecca, la talentueuse Joan Fontaine. Le film qu’ils signèrent ensemble a tout l’air d’une comédie sentimentale – du moins durant les premières minutes… Car Hitchcock nous fait rapidement partager les soupçons qui envahissent Joan Fontaine et nous montre, une fois de plus, quel grand maitre manipulateur il est.

TO BE OR NOT TO BE – Ernst Lubitsch (1942)

Avant d’être une charge antinazie, ce chef-d’œuvre d’intelligence est une variation hilarante sur « Être ou ne pas être… ». Telle est la question dès le début, où Hitler se balade, seul, dans les rues de Varsovie en 1939, au milieu des passants ébahis. Hitler ? Non, un ­acteur de second plan qui teste la crédibilité de son personnage ! Dans ce Lubitsch, où une troupe de comédiens va aider un résistant à déjouer un plan des nazis, tout repose, plus que jamais, sur les apparences trompeuses.

CITIZEN KANE – Orson Welles (1941)

Depuis 1962, le sondage annuel du magazine Sight & Sound place Citizen Kane en tête des meilleurs films de l’histoire du cinéma. La légende de Citizen Kane vient en partie du fait que Welles avait vingt-quatre ans à l’époque, mais aussi du rapprochement évident entre Kane et le magnat de la presse William Randolph Hearst. Celui-ci remua ciel et terre pour interrompre la production du film puis, incapable d’en empêcher la sortie, il fit tout pour le discréditer. Mais au-delà de remue-ménage, Citizen Kane est une œuvre d’une importance majeure, pour maintes raisons…