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NIGHT AND DAY (Nuit et jour) – Michael Curtiz (1946)

Après Till the clouds roll by (La Pluie qui chante), film consacré à Jerome Kern, et Words and Music (Ma vie est une chanson), évocation du tandem formé par Rodgers et Hart, nous continuons notre exploration d’un genre très en vogue à Hollywood dans les années 40 et 50 : la « vraie fausse » biographie de compositeur. Cette fois, c’est le brillant Cole Porter qui est à l’honneur. En choisissant de donner au film le titre d’une de ses plus célèbres chansons (Night and Day), la Warner mise – avec raison – sur la grande popularité de celui qui a déjà signé à l’époque de nombreux spectacles à succès. Si le public des théâtres new-yorkais ne représente évidemment qu’une infime proportion de la population américaine des années 40, le reste du pays n’en connaît pas moins les mélodies de Cole Porter, devenues pour beaucoup des standards à la radio. Nuit et jour fait donc la part belle à ces « tubes », qu’il s’agisse de Begin The Beguine, Just One Of Those Things ou My Heart Belongs To Daddy. Comme Irving Berlin, Porter s’avère aussi doué pour les paroles que pour la musique et ses compositions à l’humour sophistiqué et aux nombreux sous-entendus lui confèrent une place à part dans le monde de la musique. Une place que les innombrables reprises de ses chansons lui ont permis de conserver jusqu’à nos jours…

LES GIRLS – George Cukor (1957)

Procès retentissant : lady Sybil Wren, ancienne girl de la troupe du célèbre danseur Barry Nichols, est poursuivie pour diffamation par une autre ex-girl, Angèle Ducros, à cause de son livre de souvenirs sur l’époque où, avec Joy, une troisième girl, elles étaient les vedettes du spectacle de Nichols à Paris. Les Girls peut se vanter d’avoir le scénario le plus sophistiqué de l’histoire de la comédie musicale : un Rashomon dans le milieu stylisé (comme les aime Cukor) du music-hall parisien des années 1950. Délicieusement immoral, il passe en revue trois petites arrivistes amoureuses de leur chorégraphe (forcément, c’est Gene Kelly), qui cherchent à épouser des hommes riches. Comme toujours chez Cukor, il n’y a qu’un pas (ici, un pas chassé) entre comédie et drame, entre illusion et réalité. « Où est la vérité ? », demande un panneau brandi devant le tribunal. Dans la synthèse de tous les mensonges de ces dames… Avec son casting brillant (mention spéciale à Kay Kendall en girl alcoolique), ses chansons de Cole Porter et sa chorégraphie de Jack Cole, Les Girls brille des derniers feux de la comédie musicale de l’âge d’or et offre à Gene Kelly son dernier grand rôle hollywoodien. Il chorégraphia lui-même un ballet hommage à The Wild One (L’Equipée sauvage), avec Marlon Brando, d’une beauté à tomber. [Guillemette Odicino – Télérama]

DE BROADWAY À HOLLYWOOD 

Afin de donner un second souffle à la comédie musicale, Hollywood fait appel aux auteurs à succès de Broadway : leurs chansons, leurs spectacles, ou même parfois leur vie, seront portés à l’écran.  
Au lendemain de la crise économique de 1929, le théâtre américain connaît de graves difficultés, ce qui permet à Hollywood d’attirer de nombreuses célébrités de Broadway ; après Cole Porter, Irving Berlin, Jerome Kern et George Gershwin, le cinéma voit venir à lui des personnalités comme Rodgers et Hart, auteurs de comédies musicales aussi fameuses que Hallelujah, I’m a Bum (1933), Babes in Arms (Place au rythme, 1939) ou Pal Joey (La Blonde ou la rousse, 1957). Ou comme le compositeur et acteur George M. Cohan, dont la vie inspirera d’ailleurs Yankee Doodle Dandy (La Glorieuse Parade, 1942) de Michael Curtiz – un film qui passe toutefois sous silence les démêlés pourtant fameux du personnage avec le très puissant syndicat des acteurs.