La Comédie musicale

NIGHT AND DAY (Nuit et jour) – Michael Curtiz (1946)

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NIGHT AND DAY (Michael Curtiz, 1946)

Après Till the clouds roll by (La Pluie qui chante), film consacré à Jerome Kern, et Words and Music (Ma vie est une chanson), évocation du tandem formé par Rodgers et Hart, nous continuons notre exploration d’un genre très en vogue à Hollywood dans les années 1940 et 1950 : la « vraie fausse » biographie de compositeur. Cette fois, c’est le brillant Cole Porter qui est à l’honneur. En choisissant de donner au film le titre d’une de ses plus célèbres chansons Night and Day, la Warner mise – avec raison – sur la grande popularité de celui qui a déjà signé à l’époque de nombreux spectacles à succès. Si le public des théâtres new-yorkais ne représente évidemment qu’une infime proportion de la population américaine des années 1940, le reste du pays n’en connaît pas moins les mélodies de Cole Porter, devenues pour beaucoup des standards à la radio. Nuit et jour fait donc la part belle à ces « tubes », qu’il s’agisse de Begin The Beguine, Just One Of Those Things ou My Heart Belongs To Daddy. Comme Irving Berlin, Porter s’avère aussi doué pour les paroles que pour la musique et ses compositions à l’humour sophistiqué et aux nombreux sous-entendus lui confèrent une place à part dans le monde de la musique. Une place que les innombrables reprises de ses chansons lui ont permis de conserver jusqu’à nos jours…

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NIGHT AND DAY (Michael Curtiz, 1946)

Alors qu’elle vient à peine de terminer Rhapsody in blue (Rhapsodie en bleu), un biopic sur George Gershwin, la Warner se lance en 1945 dans un projet du même type, consacré cette fois à Cole Porter. Contrairement à Gershwin, disparu en 1937, Porter est bien vivant, et il insiste pour que ce soit Cary Grant qui l’incarne à l’écran. L’acteur, qui souhaite au contraire faire une pause dans sa carrière, se fait un peu tirer l’oreille, mais il finit tout de même par accepter. Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’interpréter un géant de Broadway, et avec son budget de quatre millions de dollars, le projet s’annonce comme l’une des superproductions de l’année. Le réalisateur sera Michael Curtiz, qui a signé entre autres Casablanca. Pour entourer Cary Grant la Warner engage notamment Alexis Smith, déjà présente dans Rhapsody in blue et Monty Woolley, un ami de longue date de Cole Porter, qui va tenir son propre rôle dans le film. Jane Wyman est également de la partie, tout comme l’actrice comique Eve Arden Cover girl (La Reine de Broadway), et la débutante Dorothy Malone.

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NIGHT AND DAY (Michael Curtiz, 1946)

C’est peu de dire que l’équipe de scénaristes chargés de retracer la fabuleuse carrière de Cole Porter va prendre des libertés avec la réalité. Certes, un certain nombre de faits exposés dans Night and Day sont authentiques : le compositeur a effectivement déçu les espoirs deson richissime grand-père en embrassant une carrière musicale ; il s’est rendu en France pendant la Première Guerre ; il a rencontré à Yale son grand ami Monty Woolley, et s’est marié avec une femme du nom de Linda. Mais contrairement à la légende qu’il a lui-même entretenue, Cole Porter n’a pas été soldat sur le front, mais volontaire en arrière-ligne. Monty Woolley, qui n’a que trois ans de plus que lui, ne fut pas son professeur mais son condisciple à l’université (le fait que celui-ci tienne son propre rôle dans le film a obligé les scénaristes à justifier ainsi sa différence d’âge avec Cary Grant). Et surtout, le mariage du musicien avec Linda, une divorcée de huit ans son aînée, est en réalité une union de convenance, Porter étant homosexuel. Ce qui n’empêchera pas le couple de rester très uni jusqu’à la mort de Linda.

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NIGHT AND DAY (Michael Curtiz, 1946)

Ce qui est vrai, en revanche, dans Night and Day, c’est que les chansons de Porter ont conquis le monde entier. Après le désastre de son premier spectacle, See America First (dû non pas au naufrage du Lusitania, mais à un simple échec public), le compositeur a heureusement tenu bon, et le succès qu’il a fini par connaître à Broadway à partir de 1928 a rarement été égalé. Tous ses grands succès sont évidemment à l’honneur dans Night and Day. Le suggestif Let’s Do It et le mélancolique In The Still of the Night sont interprétés respectivement par Jane Wyman et Dorothy Malone, tandis que Ginny Simms, chanteuse très populaire à l’époque, entonne entre autres What Is This Thing Called Love ?, I’ve Got You Under My Skin, et You’re The Top, en duo avec Cary Grant (qui n’est pas doublé pour le film). Quant à l’incontournable My Heart Belongs to Daddy, il est interprété par Mary Martin, star de Broadway qui fut la première à le chanter sur scène en 1938… Sorti durant l’été 1946, Night and Day remporte un énorme succès, le plus grand connu à l’époque par Cary Grant.


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NIGHT AND DAY (Michael Curtiz, 1946)

Jane Wyman, qui interprète le rôle de Gracie Harris, est née en 1917 et disparue en 2007, l’actrice devient une tête d’affiche dès la fin des années 1930. Ses films les plus importants seront The Lost Weekend (Le Poison, 1945), de Billy Wilder, Johnny Belinda (1948), qui lui vaut un Oscar, et Stage Fright (Le Grand alibi, 1950), d’Hitchcock. Douglas Sirk la dirige aussi face à Rock Hudson dans deux grands mélos, Magnificent Obsession (Le Secret magnifique, 1954) et All That Heaven Allows (Tout ce que le ciel permet, 1955). Décédée en 2007, Jane Wyman reste également connue pour avoir été l’épouse de Ronald Reagan de 1940 à 1948, et pour avoir incarné Angela dans le feuilleton Falcon Crest.

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NIGHT AND DAY (Michael Curtiz, 1946)

La canadienne Alexis Smith (1921-1993) entre en 1941 à la Warner, où elle a notamment pour partenaires Errol Flynn (Gentleman Jim, 1942), Humphrey Bogart Conflict (La Mort n’était pas au rendez-vous, 1945), et Clark Gable Any Number Can Play (Faites vos jeux, 1949). L’actrice entame ensuite une carrière au théâtre, où elle joue souvent aux côtés de son mari, Craig Stevens. Couronnée par un Tony en 1971 pour le musical Follies, de Stephen Sondheim, elle apparaît également à la télévision (Dallas), et tient son tout dernier rôle dans The Age of Innocence (Le Temps de l’innocence, de Scorsese en 1993.

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NIGHT AND DAY (Michael Curtiz, 1946)

Cole Porter

Cole Porter naît en juin 1891 au sein d’une riche famille de l’Indiana. Encouragé par sa mère, il apprend très tôt à jouer du piano et du violon, et signe même sa première opérette à l’âge de dix ans. Le jeune Cole n’en doit pas moins faire des études « sérieuses », mais alors qu’il étudie le droit à Harvard, il bifurque vers la classe de musique. Car cette passion ne l’a pas quitté : il compose des centaines de chansons au cours de ses études, et en 1915, parvient même à en placer une à Broadway. Cole Porter livre alors sa première comédie musicale, mais les représentations font un flop. Blessé, le jeune homme se réfugie en France, où éclate bientôt la Première Guerre. Il dira plus tard aux journalistes l’avoir passée dans les rangs de l’armée française, mais en réalité, il mène la grande vie dans la capitale.

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Programme musical (sélection)
« You Do Something to Me »
Written by Cole Porter
Performed by Jane Wyman and chorus
« I’ve Got You Under My Skin »
Written by Cole Porter
Sung by Ginny Simms
Danced by Adam Di Gatano and Jane Di Gatano
« You’re the Top »
Written by Cole Porter
Sung by Ginny Simms and Cary Grant
« Just One of Those Things »
Written by Cole Porter
Sung by Ginny Simms
Danced by Estelle Sloan with chorus
« My Heart Belongs to Daddy »
Written by Cole Porter
Performed by Mary Martin with chorus
« Begin the Beguine »
Written by Cole Porter
Sung by Carlos Ramírez and chorus
Danced by George Zoritch and Milada Mladova

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NIGHT AND DAY (Michael Curtiz, 1946)

MICHAEL CURTIZ
Vétéran du septième art, le Hongrois Michael Curtiz abordera avec succès les genres les plus divers au cours de sa prolifique carrière et s’affirmera comme l’un des maîtres du film d’action hollywoodien.



CASABLANCA – Michael Curtiz (1942)
Certains des grands films de l’histoire du cinéma donnent l’impression qu’ils étaient destinés dès le début à être tels quels, qu’ils n’auraient pu être interprétés différemment ou mis en scène par quelqu’un d’autre. Et pourtant, parfois, un film n’aurait en rien dû être tel que nous le connaissons tous. Et c’est bien le cas de Casablanca…

MILDRED PIERCE (Le Roman de Mildred Pierce) – Michael Curtiz (1945)
La triste intrigue de Mildred Pierce rappelle les nombreux films féminins produits pendant les années de guerre par Hollywood pour les mères et les épouses de soldats partis au combat. Joan Crawford, jusque-là quasiment inconnue, se mesure une nouvelle fois à des stars comme Bette Davis ou Olivia de Havilland, cette fois dans un mélodrame classique sur la mauvaise éducation et les hommes qu’il vaudrait mieux ne pas fréquenter. 

THE UNSUSPECTED (Le Crime était presque parfait) – Michael Curtiz (1947)
Ne pas confondre avec le célèbre huis clos d’Alfred Hitchcock, réalisé sept ans plus tard. Ici, le concepteur du « crime presque parfait » n’est pas un ex-champion de tennis, mais un animateur de radio spécialisé dans les récits policiers — le cousin américain de Pierre Bellemare, qui, une fois le micro coupé, se transformerait en génie du mal.

WHITE CHRISTMAS (Noël blanc) – Michael Curtiz (1954)
L’automne 1954 a sans doute été une période difficile pour les responsables de la comédie musicale à la MGM. Non que leurs productions de l’année, comme Brigadoon ou Seven Brides for Seven Brothers (Les Sept Femmes de Barbe-Rousse), aient été des échecs. Mais tout d’un coup, deux concurrents semblent vouloir saper leur suprématie sur le genre musical. 




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