LES RISQUES DE L’OCCUPATION

Pendant les quatre années d’occupation allemande, le cinéma français est parvenu à se maintenir à un brillant niveau, tant en ce qui concerne le nombre des productions (220 longs métrages) que la qualité des œuvres. Mais si les cinéastes – et même ceux qui dépendaient financièrement des firmes allemandes – n’ont jamais contribué à la propagande national-socialiste, ni même soutenu ouvertement la politique de collaboration prônée par certains Français, ils n’en étaient pas moins soumis au contrôle rigoureux de la censure.

L’HOMME DE NULLE PART – Pierre Chenal (1937)

Reprenant « Feu Mathias Pascal » de Pirandello (déjà mis en scène dans les années 20 par Marcel L’Herbier), Chenal l’a tiré vers l’humour noir et la charge grinçante.
On y découvre cent sujets d’étonnement et de ravissement : comme cette scène de noces en pleine campagne toscane qui fait penser à Renoir et annonce le néo-réalisme. Comme les dialogues de la rencontre du Chevalier Titus (Palau) et de Mathias dans un wagon de troisième classe en partance vers la France, Comme la description de la pension Paleari à Rome et de ses habitants : merveilleux Le Vigan (en comte Papiano, sordide fripouille) qui, loin de ses habituels rôles d’hallucinés, virevolte avec une jubilation contagieuse et compose un savoureux fourbe de comédie. Intrigante Margo Lion, avec son nez interminable et ses yeux roulants. Et Isa Miranda, douce et spirituelle, amoureuse de Mathias. Comme cette surprenante séance de spiritisme où la caméra s’affole, hâte le jeu et entasse en rond une suite de trognes indescriptibles.

LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961)

En 1960, Jean Gabin est au sommet de sa popularité. C’est la star du cinéma français. Depuis Gas-oil (1955), Michel Audiard lui peaufine des dialogues gouleyants, truffés de répliques qui tuent, de saillies imparables : les interrogatoires serrés de l’inspecteur Maigret, les enguelades mythiques du Président, les invectives d’Archimède. Le Cave se rebiffe est leur douzième collaboration.

LE CORBEAU – Henri Georges Clouzot (1943)

Il pleut des lettres anonymes sur Saint-Robin, « un petit village ici ou ailleurs », et, comme l’annonce le narquois Dr Vorzet : « Quand ces saloperies se déclarent, in ne sait pas où elles s’arrêtent… » Tourné en 1943 à la Continental, dirigée par l’occupant allemand, ce deuxième film de Clouzot fut honni de tous. Cette foire délétère à…