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TOUCH OF EVIL (La Soif du mal) – Orson Welles (1958)

Avec Touch of evil, Welles clôture avec logique la période du film noir classique. Il pousse également à son paroxysme le thème central de ces films, à savoir le doute sur la capacité de l’homme à appréhender la réalité au monde moderne. Les perspectives extrêmes et le recours à un objectif déformant à grand angle renforcent l’impression d’excentricité qui se dégage de personnages parfois parodiques. Les travellings au rythme effréné et la profondeur de champ exceptionnelle rendent difficile l’orientation visuelle et révèlent l’absurdité de toute quête de vérité. Los Robles, ville frontalière miteuse, devient le symbole d’un monde chaotique où les frontières entre le bien et le mal sont depuis longtemps estompées. À la fin du film, lorsque Quinlan, allongé dans les marécages souillés par les ordures, meurt d’une balle tirée par son seul ami, il échappe à une condamnation morale manifeste. Comme le fait remarquer judicieusement son ancienne maîtresse Tanya (Marlene Dietrich) : « C’était un homme bien particulier. » [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

THE LADY FROM SHANGHAI (La Dame de Shanghai) – Orson Welles (1947)

The Lady from Shanghai, surtout célèbre pour la séquence des miroirs, est un film noir insolite. A première vue, on pourrait le situer à l’opposé de la tradition des hard-boiled, reprise par Chandler et Hammett mais il possède certains éléments chaotiques et sombres que l’on retrouve chez deux écrivains. Elsa Bannister est une femme fatale originale dont la seule rivale pourrait être la Brigid O’Shaughnessy de Hammett. Les ressorts de l’action sont souvent incompréhensibles mais le style visuel de Welles, chargé d’exotisme, rend ce défaut accessoire. La mobilité des images est extraordinaire. On passe rapidement de la ville à la luxuriance tropicale des Caraïbes pour se retrouver dans une cour d’assises et, enfin, au cœur de Chinatown. Le complot, déconcertant et embrouillé, ne peut jamais faire sens ni pour Michael ni pour le spectateur. Il s’agit plutôt d’un cauchemar sauvage Illustré par Welles sur un mode d’enchaînement baroque. [Encyclopédie du film Noir – Alain Silver et Elizabeth Ward – Ed Rivages (1979)]

ALEXANDRE TRAUNER

En 1937, Alexandre Trauner se voit en effet confier les décors de Drôle de drame, film écrit par son ami Jacques Prévert. Carné, dont c’est la seconde réalisation, s’avère si enthousiasmé par le travail de Trauner qu’il ne voudra plus d’autre décorateur ; celui-ci va donc participer coup sur coup aux chefs d’œuvre que sont Quai des brumes, Hôtel du Nord et Le Jour se lève. Dans chacun de ces films, les magnifiques décors construits en studio contribuent tellement à l’expressivité de l’ensemble que Trauner sera considéré comme l’un des créateurs de cette fameuse école désignée sous le nom de « Réalisme poétique » ; au même titre que le scénariste Prévert, ou les cinéastes Carné et Grémillon.