TOUS PEUVENT ME TUER – Henri Decoin (1957)

Après le ratage du Feu aux poudres, on pouvait craindre que le film suivant, où l’on retrouve Albert Simonin au scénario et aux dialogues, soit un nouvel échec. Il n’en est rien : Tous peuvent me tuer est un divertissement habile, gouleyant, bien servi par des comédiens auxquels on ne demande pas de prendre au sérieux une histoire pourtant astucieuse : ayant commis un mirifique vol de bijoux, un groupe de malfrats se fait enfermer en prison pour un motif bénin qui leur sert d’alibi. En prison, ils sont assassinés les uns après les autres, jusqu’au coup de théâtre final… Henri Decoin – Bibliothèque du film – Durante – Collection Ciné-Regards (2003)

Un carton pré-générique précise que les faits rapportés « sont de pure fiction, ils ne doivent donc pas être considérés comme représentant des scènes qui auraient pu être vécues dans un établissement pénitentiaire ». Précaution inutile : même si le film a été tourné dans une véritable prison, nous sommes loin du Trou (1960) de Jacques Becker. En directeur de l’établissement, François Périer fait d’ailleurs plutôt penser à un personnage de Monicelli ou de Scola, dépassé qu’il est par les événements sanglants qui viennent compromettre sa brillante carrière, catastrophes qu’il traite avec une sorte de fatalisme bon enfant, établissant des relations quasiment familiales tant avec les détenus qu’avec les gardiens. Dans cette même veine italienne, on se demande ce que son épouse (l’élégante Eleonora Rossi-Drago) vient faire là : sans doute mettre en exergue les ambitions de son mari, auxquelles elle n’est pas étrangère. Sa présence, en tout cas, renforce le subtil ton de dérision que le film, tout en gardant le cap, s’efforce de ménager.

Le reste de la distribution est à l’avenant de cette tendance. Si Franco Fabrizi et Peter van Eyck sont impeccables, André Versini (coscénariste) incarne une petite frappe peureuse et mesquine dont on comprend mal comment il parvient à séduire la sublime Anouk Aimée. Surtout, Francis Blanche en gardien de prison qui suit des Cours d’alphabétisation à l’aide des œuvres de Delly, et Dario Moreno en incontinent chronique forcent le trait sans que, apparemment, le réalisateur y trouve à redire – preuve que Decoin, au sérieux finalement grotesque du Feu aux poudres, préfère musarder dans le suspense au demeurant très correctement construit, jusqu’à la moralité appliquée du dénouement.

Le seul point commun avec le précédent film est la présence d’une autre « adorable créature », en l’espèce la douce et soumise Anouk Aimée, pour laquelle 1957 est une année particulièrement brillante, puisqu’on la voit aussi dans le Pot-Bouille de Duvivier et dans Montparnasse 19 de Becker, les deux aux côtés de Gérard Philipe. Elle joue avec beaucoup de pudeur les vierges effarouchées, même si l’une des premières séquences du film la montre cédant aux assauts d’André. Versini. Après l’amour, la caméra s’éloigne d’elle, le drap blanc sage… ment remonté sur ses seins, éplorée de voir son désinvolte amant la quitter bien vite pour s’en aller commettre un mauvais coup : Decoin s’y connaît pour filmer les femmes. Il y a, parfois, du Cukor chez cet homme.

Dans un plan ubuesque, Francis Blanche et un acolyte dissertent gravement des vrais et faux pendus sous les jambes raides d’un détenu « suicidé ». Le film est à cette imitation, entre ironie et sarcasme, suffisamment conséquent pour ne pas sacrifier l’intrigue, suffisamment lucide pour ne pas la traiter avec une componction qu’elle ne supporterait pas : une réussite mineure, une réussite tout de même, qui se permet même le luxe d’une citation qui ne peut être un hasard, puisqu’on y voit longuement Anouk Aimée rajuster ses bas devant l’affiche d’Un condamné à mort s’est échappé de Robert Bresson (1956). Hommage ou dérision ? C’est difficile à dire… La suite prouvera, étonnamment, que Decoin avait de la prescience…

Sorti le 6 décembre 1957, Tous peuvent me tuer précèdera de peu Charmants Garçons, tourné la même année. « L’actualité » Decoin est chargée, et les critiques comparent évidemment les mérites respectifs des deux opus, le plus souvent en faveur du premier. On ne saurait leur donner tort, car Charmants Garçons souffrira de la comparaison avec le film qui a justifié sa mise en chantier, les Adorables Créatures de Christian-Jaque, qui a triomphé en 1952…. Henri Decoin – Bibliothèque du film – Durante – Collection Ciné-Regards (2003)

L’histoire : Tony (André Versini), vendeur à la sauvette, amoureux d’Isabelle (Anouk Aimé), s’acoquine avec le louche Cyril. Avec d’autres complices, ils accomplissent un hold-up de cinq cents millions aux dépens d’une riche héritière. Puis ils cambriolent une fabrique de pastis, afin d’avoir un alibi pour ce hold-up. Ils sont condamnés à un an de prison. Trois mois plus tard, Herman (Franco Fabrizzi), l’un des membres de la bande, meurt «accidentellement». Puis c’est le tour de Berlioux (Pierre Louis) et de Falconi (Dario Moreno) qui menaçait de tout révéler au directeur de la prison (François Perrier). Tony soupçonne Cyril (Peter Van Eyck), mais celui-ci est poignardé dans son lit. Avec l’aide d’Émile (Pierre Mondy), un autre détenu, Tony tente de s’évader. Mais Émile est un ancien complice de Cyril, qui a compris leur combine et veut obliger Tony à lui révéler où ils ont caché le butin. Il meurt dans la tentative d’évasion. Libéré, Tony retrouve Cyril qui s’est évadé. Celui-ci succombe à ses blessures. A l’instigation d’Isabelle, Tony fait parvenir à la police les bijoux volés.

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Fiche technique

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