Les Actrices et Acteurs

SUZY DELAIR

Suzanne Pierrette Delaire, dite Suzy Delair, naît le 31 décembre 1917 à Paris, dans un milieu modeste. Suivant la profession de sa mère, elle apprend le métier de modiste, mais rêve de théâtre. Elle survit un temps grâce à de petits rôles au théâtre et déjà au cinéma. Bientôt c’est sa voix, jolie et assurée, qui la fait remarquer et lui vaut ses premiers engagements sérieux aux Bouffes-Parisiens, à Bobino, à l’Européen et au cabaret de Suzy Solidor.

La Seconde Guerre mondiale la place dans une nouvelle situation dont elle saura tirer profit. Son compagnon, Henri Georges Clouzot, occupe un poste important à la Continental-Films. Cette nouvelle firme cinématographique bénéficie de fonds importants provenant directement de l’Allemagne nazie. Alfred Greven, l’Allemand qui la dirige, a été mandaté par Joseph Goebbels pour produire des films français de qualité destinés à distraire les Français en évitant toute propagande et en réunissant le meilleur du cinéma. Clouzot dirige pratiquement le département scénario. Il écrit d’ailleurs l’adaptation d’un roman policier à succès de Stanislas-André Steeman, Le Dernier des Six (1941), réalisé par Georges Lacombe. C’est Pierre Fresnay qui interprète le rôle du fin limier, l’inspecteur Wens. Pour Suzy Delair, Clouzot invente le personnage de Mila Malou, petite amie de Wens, actrice de music-hall tempétueuse à la voix stridente, aux éclats homériques (scènes calquées, dit-on, sur celles qui opposent Clouzot et Delair dans leur quotidien…). Le succès est énorme et le public plébiscite le couple incongru formé par le flegmatique Fresnay et l’éruptive Suzy.

La Continental décide alors de filmer une nouvelle aventure de l’inspecteur Wens et Clouzot négocie pour l’écrire et la réaliser. La réussite de L’Assassin habite au 21 (1942) surpasse celle du Dernier des Six et Suzy Delair devient une des vedettes emblématiques du cinéma français de l’Occupation. Paradoxalement, elle en tirera peu parti, sa carrière se résumant à un obscur mélodrame de Richard Pottier (Défense d’aimer, 1942) et à un rôle secondaire dans une prestigieuse production de La Vie de bohème (Marcel L’Herbier, 1945), d’après le roman de Henri Murger et l’opéra de Puccini, où elle interprète le rôle de la grisette Phémie, compagne du compositeur Alexandre Chaunard.

Entre-temps, elle continue ses prestations au music-hall et au cabaret. Et elle accepte sans hésitation d’être du voyage qui conduira à Berlin, avec Alfred Greven, quelques représentants du cinéma français, à la rencontre de Joseph Goebbels : Danielle Darrieux, Albert Préjean, Junie Astor et Viviane Romance. Alors que ceux-ci, qui ont souvent accepté contraints et forcés ce voyage, s’efforcent d’être discrets, Suzy Delair affiche son enthousiasme, confirmant les sympathies politiques qui lui étaient prêtées.

Lors de l’épuration, Clouzot connaîtra beaucoup d’ennuis et ne sera autorisé à réaliser des films qu’en 1947, tandis que Suzy Delair se voit sanctionnée par trois mois d’interdiction de tourner. Son retour au cinéma se fait en fanfare dans Copie conforme (Jean Dréville, 1947), comédie policière enlevée où son partenaire est Louis Jouvet, revenu d’exil. Le retour de Clouzot, lui, se fera avec Quai des Orfèvres (1947) qui reconstitue le couple Jouvet-Delair. Mila Malou devient Jenny Lamour. C’est un triomphe pour le cinéaste, pour l’actrice chanteuse qui trouve là sa chanson fétiche (« Avec son tra-la-la » composée par Francis Lopez) et, bien sûr, pour Jouvet. Ce sera aussi le film de la rupture avec Clouzot.

Après le remarquable Pattes blanches où elle campe avec brio une redoutable « garce  » (Jean Grémillon, 1948), Delair connaîtra des films médiocres (le triste Atoll K de Léo Joannon, avec Laurel et Hardy, 1951), les emplois secondaires (Le Couturier de ces dames, Jean Boyer, 1956, avec Fernandel) ou les silhouettes rapides dans des films prestigieux (Gervaise, René Clément, 1956 ; la patronne du pressing dans Rocco et ses frères, Luchino Visconti, 1960).

Le théâtre la sollicite plus souvent, et elle remporte un vif succès en Métella dans la mémorable mise en scène de Jean-Louis Barrault de La Vie parisienne d’Offenbach (1958). Elle fait également beaucoup de télévision. Son dernier titre de gloire cinématographique sera dû à un changement : elle remplace Claude Gensac en épouse de Louis de Funès dans Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury (1973). Une fois de plus, elle y est telle qu’en elle-même : stridente et enquiquineuse. Suzy Delair meurt le 15 mars 2020 à Paris.


L’ASSASSIN HABITE AU 21 – Henri-Georges Clouzot (1942)
Paris est sous la menace d’un assassin qui laisse une ironique signature : Monsieur Durand. L’inspecteur Wens découvre que le coupable se cache parmi les clients de la pension Mimosas, au 21, avenue Junot… Un plateau de jeu (la pension), quel­ques pions colorés (ses habitants), et la partie de Cluedo peut commencer. 

QUAI DES ORFÈVRES – Henri-Georges Clouzot (1947)
« Rien n’est sale quand on s’aime », fera dire Clouzot à l’un de ses personnages dans Manon. Dans Quai des orfèvres, déjà, tout poisse, s’encrasse, sauf l’amour, qu’il soit filial, conjugal ou… lesbien. En effet, il n’y a pas que Brignon, le vieux cochon, qui est assassiné dans ce chef-d’œuvre. 

PATTES BLANCHES – Jean Grémillon (1949)
Pattes Blanches, entrepris de façon quasi impromptue présente a priori tous les inconvénients d’une commande : le scénario d’Anouilh devait être réalisé par le dramaturge lui-même, s’il n’en avait été empêché par des problèmes de santé à la veille du tournage.


LE CINÉMA FRANÇAIS SOUS L’OCCUPATION
Dès 1940, les Allemands entendent contrôler l’industrie cinématographique de la France occupée, et, surtout, favoriser l’exploitation de leurs propres films. Le cinéma français connaîtra pourtant une exceptionnelle vitalité. En juin 1940, après les quelques semaines de combats qui suivirent ce que l’on a appelé « la drôle de guerre », les Allemands occupent Paris, Le gouvernement du maréchal Pétain s’installe à Vichy, au sud de la Loire, et la France, coupée en deux, peut apparaître désormais comme un élément de l’ »Europe nouvelle » en cours d’édification…

LES RISQUES DE L’OCCUPATION
En continuant à tourner dans la France occupée, les cinéastes s’exposaient à des risques divers : encourir les foudres de la censure national-socialiste, ou au contraire se voir accusés de « collaboration ».


JEAN GRÉMILLON : L’amour du vrai
Le succès de Remorques, en 1941, devait constituer pour Jean Grémillon une revanche sur quinze ans de déboires.  Curieusement, c’est au cœur d’une des périodes les plus noires de notre histoire, que ce « cinéaste maudit » va pouvoir le mieux s’exprimer, et dans l’œuvre de ce metteur en scène de gauche, s’il en fut, la période « vichyssoise » apparaît comme une trop brève saison privilégiée.

HENRI-GEORGES CLOUZOT
Une personnalité mystérieuse et très controversée, une œuvre dont la noirceur et la cruauté ont rarement eu d’équivalent à l’écran : le moins que l’on puisse dire est que Clouzot ne laisse personne indifférent. Même ceux qui ne l’aiment pas reconnaissent en lui l’un des plus grands cinéastes du monde.



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