Lana Turner, incarnation éclatante du glamour hollywoodien, s’impose très tôt comme une actrice dont la sensualité et les origines modestes nourrissent des rôles de femmes à la fois désirées et vulnérables. Sa popularité atteint son apogée dans les années 1940 et 1950, lorsqu’elle devient l’emblème de ces « filles bien qui ont mal tourné », personnages où se mêlent innocence perdue et fatalité.


Née le 8 février 1921 à Wallace, dans l’Idaho, Julia Mildred Francis Turner traverse une enfance tourmentée. Après un déménagement à San Francisco, ses parents se séparent et elle est placée dans une famille d’accueil où elle subit de mauvais traitements. Peu après, son père est assassiné. Elle retourne alors vivre auprès de sa mère. En 1936, toutes deux s’installent à Los Angeles. C’est là que, selon la légende, la jeune fille aux cheveux d’or est « découverte » dans un drugstore par un journaliste spécialisé dans le cinéma. Grâce à cette rencontre, elle obtient un petit rôle dans They Won’t Forget (La Ville gronde, 1937), produit par la Warner Bros. Le réalisateur Mervyn LeRoy lui suggère d’abandonner son surnom Judy pour un prénom plus glamour : elle choisit Lana. Lorsque LeRoy rejoint la Metro-Goldwyn-Mayer en 1938, il l’emmène avec lui. Elle restera sous contrat avec le studio jusqu’en 1956.


Ses débuts à l’écran sont modestes, mais le fameux pull moulant qu’elle porte dans They Won’t Forget attire l’attention des publicitaires. La MGM la promeut alors comme la sweater girl, et ses photos sexy deviennent très prisées. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle figure parmi les pin-up favorites des soldats américains. Profitant de cet engouement, le studio lui confie un rôle dans le très glamour Ziegfeld Girl (La Danseuse des Folies Ziegfeld, 1941). Elle enchaîne ensuite les drames romantiques aux côtés des grandes vedettes masculines de la MGM : Clark Gable dans Honky Tonk (Franc jeu, 1941) et Somewhere I’ll Find You (Je te retrouverai, 1942), Robert Taylor dans Johnny Eager (Johnny, roi des gangsters, 1942). Mais c’est son interprétation inoubliable de l’adultère meurtrière dans The Postman Always Rings Twice (Le Facteur sonne toujours deux fois, 1946), chef‑d’œuvre du film noir réalisé par Tay Garnett, qui scelle définitivement sa légende.


Les succès s’accumulent : The Bad and the Beautiful (Les Ensorcelés, 1952), Peyton Place (Les Plaisirs de l’enfer, 1957), Imitation of Life (Mirage de la vie, 1959), Madame X (1966). Par la suite, elle apparaît plus sporadiquement dans des mélodrames mineurs et dans des séries télévisées populaires comme Falcon Crest. À l’écran comme dans la vie, Lana Turner incarne souvent des femmes emportées par la passion et le scandale. Sa vie privée tumultueuse — sept mariages, dont ceux avec le musicien Artie Shaw et l’acteur Lex Barker, de nombreuses liaisons — alimente la presse à sensation. L’affaire la plus retentissante survient lorsque son amant, le gangster Johnny Stompanato, est poignardé par sa fille de quatorze ans, Cheryl Crane. En 1982, elle publie le récit de sa vie, Lana. The Lady, the Legend, the Truth, où elle tente de reprendre la main sur sa propre histoire.



LANA TURNER
À la fin des années 1930, alors que l’Amérique de Roosevelt aspire à plus d’authenticité, la MGM crée de toutes pièces la figure de Lana Turner, surnommée la « fille au pull-over ». Jeune actrice sexy et impeccable, elle séduit rapidement le public et s’impose aussi bien dans les films noirs que dans les mélodrames. Bien que souvent considérée comme un simple sex‑symbol, plusieurs réalisateurs de renom apprécient son travail. Ironiquement, la vie personnelle tumultueuse de Turner finira par ressembler aux drames sombres qui ont fait sa célébrité.
Lana Turner : cinq rôles pour comprendre une légende hollywoodienne
La Danseuse des Folies Ziegfeld (Ziegfeld Girl), Robert Z. Leonard, 1941
Fresque glamour typique de la MGM, le film suit trois jeunes femmes propulsées dans l’univers étincelant — et impitoyable — des revues Ziegfeld. Lana Turner y incarne une danseuse ambitieuse dont l’ascension fulgurante se heurte aux pièges de la célébrité. C’est l’un des rôles qui consolident son image de star glamour du studio.

ZIEGFELD GIRL (La Danseuse des Folies Ziegfeld) – Robert Z. Leonard (1941)
Ce n’est pas une comédie musicale au sens propre ; c’est un film d’amour(s) qui plante son décor dans l’univers étincelant mais impitoyable du music-hall. Trois grâces sont engagées comme girls par le tout-puissant imprésario Florenz Ziegfeld. Du jour au lendemain, ces étoiles (d’un jour ?) voient leur vie et leurs amours bouleversées par le mirage de la célébrité. Bien sûr, le film est ponctué de ballets, mais ce n’est pas ce que l’on retiendra : hormis les numéros chantés et dansés par Judy Garland, qui n’ont pas vieilli, les « pièces montées » de girls florales et satinées de Busby Berkeley ont un petit parfum suranné.
Johnny, roi des gangsters (Johnny Eager), Mervyn LeRoy, 1942
Dans ce film noir nerveux, Turner donne la réplique à Robert Taylor, gangster séduisant et manipulateur. Elle y joue une jeune femme de bonne famille attirée malgré elle dans un monde criminel. Le film met en valeur la tension entre son apparente fragilité et une intensité émotionnelle qui deviendra sa marque.

JOHNNY EAGER (Johnny, roi des gangsters) – Mervyn Le Roy (1942)
A mi-chemin entre le drame psychologique et le film traditionnel, Mervin Le Roy décrit deux mondes que tout semble opposer, s’attachant au passage aux femmes qui gravitent autour de Johnny et surtout au très curieux personnage de Jeff (Van Heflin, oscarisé pour ce rôle), l’historiographe du gangster pour lequel il a une évidente admiration. Robert Taylor n’est plus le séducteur du Roman de Marguerite Gauthier (Camille, 1936) mais un homme au double visage face à Lana Turner découvrant ici un univers trouble qui l’étonne et la fascine.
Le Facteur sonne toujours deux fois (The Postman Always Rings Twice), Tay Garnett, 1946
Son rôle le plus emblématique : celui de Cora, épouse insatisfaite qui s’engage dans une liaison passionnée et meurtrière. Le film, adaptation du roman de James M. Cain, est un sommet du film noir. Turner y impose une femme fatale d’une blancheur glacée, dont le désir et la violence latente fascinent encore aujourd’hui.

THE POSTMAN ALWAYS RINGS TWICE – Tay Garnett (1946)
Le cinéaste hollywoodien évoque, lui, la dérive intime de son pays. Dès les premiers plans, désaxés, inquiétants, l’ambiguïté suggestive s’affiche. Un écriteau à double sens « Man wanted » annonce le désarroi social et affectif de l’Amérique du bout du monde, où le chômage rime avec la misère sexuelle.
Les Ensorcelés (The Bad and the Beautiful), Vincente Minnelli, 1953
Chronique brillante des coulisses d’Hollywood, le film explore les sacrifices imposés par le système des studios. Turner y incarne une actrice fragile, manipulée par un producteur tyrannique. Sa performance, mêlant vulnérabilité et éclats de colère, est l’une des plus nuancées de sa carrière.

THE BAD AND THE BEAUTIFUL (Les Ensorcelés) – Vincente Minnelli (1952)
Un producteur tyrannique vit pour ses films, au risque de détruire ses collaborateurs : une star, un réalisateur et un scénariste, assaillis par des souvenirs douloureux. Ce sont eux les ensorcelés, insectes effarés qui se brûlent à la flamme de Hollywood, que Minnelli contemple en entomologiste. Ce qu’il filme magnifiquement — il est un des cinéastes les plus personnels de l’époque —, c’est le rôle prépondérant joué par les producteurs dans le système hollywoodien. Le film devient alors un fascinant jeu de miroirs dans lequel les personnages semblent se répondre.
Mirage de la vie (Imitation of Life), Douglas Sirk, 1959
Mélodrame flamboyant signé Sirk, le film aborde la célébrité, la maternité et les tensions raciales. Turner y joue une actrice en quête de reconnaissance, déchirée entre ambition professionnelle et responsabilités familiales. Le film, immense succès, demeure l’un des sommets du mélodrame hollywoodien.

IMITATION OF LIFE (Mirage de la vie) – Douglas Sirk (1959)
C’est avec ce remake d’Imitation of life (1934), de John Stahl, que Douglas Sirk fit ses adieux à Hollywood. Des adieux bouleversants, à travers quatre figures féminines : Lora, qui rêve d’être actrice ; Annie, sa servante noire si dévouée ; leurs deux filles, Susie et Sarah Jane, cette dernière si blanche de peau qu’elle renie ses origines. Et les hommes ? Ils comptent si peu…


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