AUTOUR DU GRISBI : Gabin, un acteur mythique

De La Bandera au Clan des Siciliens, en passant par Le Jour se lève et Un singe en hiver, Jean Gabin a mené durant près de cinquante ans un parcours en tous points exemplaire. Retour sur l’étonnante carrière d’un artiste de légende. 

TOUCHEZ PAS AU GRISBI – Jacques Becker (1954)

Pour bien mesurer la place cruciale qu’occupe Touchez pas au grisbi, film du milieu des années 50, dans la carrière de Jean Gabin, il faut se souvenir du statut qui était le sien quelque quinze ans plus tôt : celui d’acteur le plus populaire de tout le cinéma français. Qu’on en juge : de 1934, année de Maria Chapdelaine, à 1941, celle de Remorques, Gabin a tourné pas moins de seize films, dont cinq avec Julien Duvivier, trois avec Jean Renoir, deux avec Marcel Carné, et deux avec Jean Grémillon. En un mot, il est devenu l’acteur fétiche des plus grands cinéastes de l’époque, qui préfèrent retarder le début d’un tournage plutôt que de travailler avec quelqu’un d’autre. Et pour couronner le tout, le public semble ne pas pouvoir se lasser de son « Pépé le Moko »…

GOLGOTHA – Julien Duvivier (1935)

Gabin l’a souvent raconté : c’est avant tout parce que Julien Duvivier tenait absolument à le faire jouer dans Golgotha qu’il a fini par accepter un rôle pour lequel il ne s’estimait pas fait. Cela se passait en 1934, et c’était peut-être la première fois que l’amitié éprouvée pour un réalisateur pesait son poids dans une décision professionnelle – mais ça n’était assurément pas la dernière. Toute sa vie, Gabin aura en effet à cœur de travailler avec des cinéastes dont il se sent proche, et qu’il fréquente souvent en dehors des plateaux. Il tournera ainsi sept films avec Duvivier, quatre avec Jean Renoir, quatre avec Marcel Carné, cinq avec Henri Verneuil, et battra son record de fidélité en tournant douze films avec Gilles Grangier ! Bien sûr, l’acteur a aussi œuvré sous la direction de réalisateurs avec qui il n’entretenait pas d’affinités particulières. Mais chaque fois qu’il l’a pu, Gabin a fait en sorte de travailler avec de vieux complices. Outre les metteurs en scène, on connaît la longue collaboration entretenue avec le scénariste Michel Audiard, le chef-opérateur louis Page et, plus encore, son habilleuse, la fidèle Micheline. Homme de clan et de parole, Gabin a également donné un coup de pouce à des amis comédiens qui avaient besoin de travailler, ou à des débutants qui peinaient à se faire un nom, comme Lino Ventura. Une manière de faire sienne une expression qui, pour lui, n’était pas vide de sens: celle de cc famille de cinéma..

LE TONNERRE DE DIEU – Denys de La Patellière (1965)

Tournée en 1965, cette comédie amère marque les retrouvailles de Jean Gabin et du réalisateur Denys de La Patellière. L’occasion pour l’acteur de collaborer également avec deux jeunes vedettes en pleine ascension, Michèle Mercier et Robert Hossein. Aussi surprenant soit-il, le « héros » du Tonnerre de Dieu a des airs de parenté avec d’autres personnages interprétés…

JEAN GRÉMILLON : L’AMOUR DU VRAI 

Le succès de Remorques, en 1941, devait constituer pour Jean Grémillon une revanche sur quinze ans de déboires. Les deux films qu’il tournera ensuite seront des chefs-d’œuvre.  
Curieusement, c’est au cœur d’une des périodes les plus noires de notre histoire, que ce « cinéaste maudit » va pouvoir le mieux s’exprimer, et dans l’œuvre de ce metteur en scène de gauche, s’il en fut, la période « vichyssoise » apparaît comme une trop brève saison privilégiée. Exemple d’un des nombreux paradoxes qui ne cessèrent d’illustrer la vie de Grémillon.  

EN CAS DE MALHEUR – Claude Autant-Lara (1958)

Réunissant les noms de Gabin, Bardot, Feuillère et Autant-Lara, cette adaptation d’un roman de Simenon avait tout d’un succès annoncé. Le résultat sera à la hauteur des espérances, et le film figure aujourd’hui parmi les classiques du cinéma français.

LE ROUGE EST MIS – Gilles Grangier (1957)

Sous la couverture du paisible garagiste Louis Bertain se cache « Louis le blond », roi du hold-up flanqué en permanence de Pépito le gitan, Raymond le matelot et Fredo le rabatteur. Un jour, ce dernier « lâche le morceau » à la police ce qui laisse planer le doute sur la trahison de Pierre, le frère du patron. Dès lors, tout s’emballe jusqu’au mortel affrontement avec Pépito. Comme au temps d’avant-guerre, Gabin meurt une fois encore une fois dans cette « série noire » au final tragique.

MARCEL CARNÉ 

Marcel Carné illustre parfaitement cette école – ou cette tendance – dite du « réalisme poétique », qui marqua si profondément le cinéma français de la fin des années 30. Une tendance dont on retrouve l’influence dans les domaines les plus divers de la vie artistique, et qui donnera aux œuvres de cette période troublée de l’avant-guerre une atmosphère tout à fait caractéristique. Pour sa part cependant, Carné préférait parler de « fantastique social », reprenant ainsi une expression de Pierre Mac Orlan.

VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS – Julien Duvivier (1956)

Dans Voici le temps des assassins, le personnage de Chatelin est l’occasion d’une grande composition pour Gabin, parfait en grand chef, permettant à Duvivier de donner à son film une épaisseur réaliste, dans laquelle il l’installe dès les scènes d’ouverture, où la caméra se déplace avec fluidité en accompagnant Gabin dans son travail (ouverture du…

LES BAS-FONDS – Jean Renoir (1936)

L’action des Bas-fonds se situe à la fois dans la Russie des tsars et la France du Front populaire. Renoir n’a pas cherché à tricher. Seuls les noms, les costumes et quelques anecdotes de scénario rappellent le pays de Gorki. Le « réalisme extérieur» ne compte pas. L’auteur du Crime de monsieur Lange parle de la France en 1936….

Jean Gabin : films en costumes

Sur les quatre-vingt-quinze films tournés par Gabin au cours de sa carrière, six seulement appartiennent au genre historique, pourtant fort à la mode durant toutes ces années : s’estimant trop « typé », l’acteur ne se sentait à l’aise que dans l’univers du XX’ siècle. Dès ses débuts au music-hall et dans ses premiers films, Gabin s’est…

FRENCH CANCAN – Jean Renoir (1954)

Renouveau ! Le film dont Jean Gabin attaque le tournage à l’automne 1954 est, à plusieurs titres, placé sous le signe du renouveau. Tout d’abord parce qu’il s’agit de son tout premier film en couleurs. Ensuite, parce que l’aventure de French Cancan marque la fin d’une des bouderies les plus regrettables du cinéma français : en froid…

CRIME ET CHÂTIMENT – Georges Lampin (1956)

Vous parlez français ? Une fois n’est pas coutume, Gabin fait en 1956 une infidélité à son auteur de chevet, Georges Simenon, pour se plonger dans l’univers d’un des plus grands noms de la littérature russe, Fedor Dostoïevski. L’acteur avait déjà eu l’occasion de découvrir les tourments de  « l’âme slave » en jouant vingt ans plus…

LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961)

En 1960, Jean Gabin est au sommet de sa popularité. C’est la star du cinéma français. Depuis Gas-oil (1955), Michel Audiard lui peaufine des dialogues gouleyants, truffés de répliques qui tuent, de saillies imparables : les interrogatoires serrés de l’inspecteur Maigret, les enguelades mythiques du Président, les invectives d’Archimède. Le Cave se rebiffe est leur douzième collaboration.

LA VERITÉ SUR BÉBÉ DONGE – Henri Decoin (1952)

Si le public de 1952 boude la sortie de La Vérité sur Bébé Donge, le film ne sombre pas pour autant dans l’oubli, et les générations suivantes répareront cette injustice en le considérant comme l’un des titres les plus marquants de la période. Même les pourfendeurs de la fameuse « Qualité française », tant décriée par François…