Noël Roquevert

Noël Roquevert

S’il fut, dans nombre de ses films, à cheval sur le règlement – en gendarme, garde-champêtre, grognard ou vieille baderne – il n’en a pas moins fait sans doute, une fausse déclaration à son biographe, Yvon Floc Hlay, qui l’interrogeait sur ses débuts au cinéma (1). Noël Roquevert affirme en effet – et nombre d’historiens avec lui – avoir figuré dans le film du grand Max Linder, L ‘Étroit mousquetaire. Or, le comédien situe cet événement en octobre 1920, à Paris, alors que The Three must-get-there, titre original de l’œuvre de Linder, production américaine a été tourné en 1922 et à Hollywood ! Quoi qu’il en soit de sa première apparition sur un écran – d’aucuns la situent dans un énigmatique Deux mousquetaires et demi  – Roquevert a tant joué, au théâtre comme au cinéma, qu’il était excusable, des dizaines d’années plus tard, d’avoir oublié certains détails d’une carrière commencée sur les planches en 1897 – Noël a vu le jour le 18 décembre 1892 à Doué-la-Fontaine – dans « Les deux gosses » où sa sœur de quatre ans son aînée, lui donnait la réplique. Encore faut-il préciser que ce premier rôle « actif » avait été précédé, en 1893, d’une figuration « intelligente » en bébé de six mois dans « Le Bossu » monté par Auguste et Marie Bénévent, artistes dramatiques, ses parents… A compter de 1934, c’est sûr, Noël Roquevert n’arrêtera plus de tourner, sans cesser pour autant, sur les scènes parisiennes, d’enchaîner comédie sur vaudeville. Mais ce n’est qu’en 1942, dans L’Assassin habite au 21, qu’il trouvera son premier rôle marquant : celui de Linz, médecin – militaire bien sûr – en retraite et néanmoins assassin. Nono, ainsi que l’appellent ses nombreux amis, a cinquante ans…

Noël Roquevert

« Le drame du bonhomme, c’est qu’il a un cœur d’or et joue les traîtres. La nature inéluctable lui ayant fait l’orbite cave, le sourcil échevelé, un long nez triste, un menton abrupt, une verrue insolente sur la joue et, à certains moments, le regard torve (comment croire à la droiture de pensée d’un être dont le regard dévie ?), le voilà embarqué dans des rôles d’assassin (Le Village perdu, L’Assassin habite au 21), de policier trousseur de filles (Antoine et Antoinette) quand ce n’est pas celui du Diable en personne (La Main du Diable). (2)

Noël Roquevert

Dans son Napoléon, Guitry ne lui réserve qu’un mot de dialogue, immortel il est vrai puisque c’est celui de Cambronne, rôle qui ne pouvait échapper à Noël Roquevert, spécialiste des soudard, spadassin et adjudant de carrière. Le grand Sacha, qui lui avait précédemment confié la tâche d’incarner, dans Désirée Clary, l’équivoque et cruel Fouché, ministre de la police de Napoléon, le définissait comme « un comédien-né, véridique, sensible, direct sans défaut sans travers, sans truc, inestimable ». Bel éloge d’un acteur dont le talent fut trop souvent confiné à la caricature de l’éternel représentant de l’ordre, rouspéteur en béret basque, à la manière de ces « héros en pantoufles, stratèges sur banquettes de moleskine (…), retraités virulents et commerçants poujadistes» (3) dont Roquevert demeure, à l’écran, le symbole. Ses personnages de fier à bras dans Fanfan la Tulipe ou du sergent de Cartouche ont définitivement assis sa popularité et défini son image. Mais d’autres cinéastes tentèrent d’exploiter la face cachée de son talent, tel Bernard de Latour qui fit de son Jagu, fidèle compagnon de Du Guesclin, une émouvante victime de son dévouement ; tel Clouzot qui le transforma en boîteux (L’Assassin habite au 21) ou en manchot (Le Corbeau). Trop peu, en vérité, pour découvrir « le grand méchant doux» (4) caché derrière la vieille ganache hargneuse.

Noël Roquevert

Noël Roquevert est mort à Douarnenez le 6 décembre 1973. Il avait eu trois passions dans sa vie : son métier, la chasse et sa femme, Paulette Noiseux, comédienne auprès de laquelle il vécut quarante-cinq ans et dont la disparition précéda de peu la sienne…

(1) « Noël Roquevert », Ed. France Empire. 1987
(2) « L’écran français », le 16/03/48).
(3) « Les excentriques du Cinéma français», Ed. Veyrier. 1983)
(4) « Ecran» n° 20, décembre 73

Noël Roquevert
Filmographie

1934 : CARTOUCHE (Jacques Daroy)

1935 : LA BANDERA (Julien Duvivier)

1936 : LA TERRE QUI MEURT (Jean Vallée) – TARASS BOULBA (Alexis Granowski) – LA PORTE DU LARGE (Marcel L’Herbier)

1937 : MIARKA LA FILLE A L’OURSE (Jean Choux) – MARTHE RICHARD AU SERVICE DE LA FRANCE (Raymond Bernard)

1938 : TROIS VALSES (Ludwig Berger) – BARNABÉ (Alexandre Esway) – ENTRÉE DES ARTISTES (Marc Allégret) – LA BELLE REVANCHE (Paul Mesnier)

1939 : THÉRÈSE MARTIN (Maurice de Canonge) – LES OTAGES (Raymond Bernard) – MOULIN ROUGE (André Hugon) – LE CHASSEUR DE CHEZ MAXIM’S (Maurice Cam mage).

LA BANDERA – Julien Duvivier (1935)

1940 : CHANTONS QUAND MÊME (Pierre Caron) – PARIS-NEW YORK (Yves Mirande) – LES MUSICIENS DU CIEL (Georges Lacombe) – ILS ÉTAIENT CINQ PERMISSIONNAIRES (Pierre Caron), sorti en 1945).

1941 : PARADE EN SEPT NUITS (Marc Allégret)

1942 : MAM’ZELLE BONAPARTE (Maurice Tourneur) – L’ASSASSIN HABITE AU 21 (Henri-Georges Clouzot) – LE JOURNAL TOMBE A CINQ HEURES (Georges Lacombe) – LES INCONNUS DANS LA MAISON (Henri Decoin) – LE VOILE BLEU (Jean Stelli) – LA SYMPHONIE FANTASTIQUE (Christian-Jaque) – LE DESTIN FABULEUX DE DÉSIRÉE CLARY (Sacha Guitry) – DERNIER ATOUT (Jacques Becker)

1943 : PICPUS (Richard Pottier) – LA MAIN DU DIABLE (Maurice Tourneur) – VINGT-CINQ ANS DE BONHEUR (René Jayet) – LE CORBEAU (Henri-Georges Clouzot) – PIERRE ET JEAN (André Cayatte)

1944 : LA VIE DE PIAISIR (Albert Valentin)

1946 : LE DERNIER SOU (André Cayatte) – LA ROSE DE LA MER (Jacques de Baroncelli) – SÉRÉNADE AUX NUAGES (André Cayatte) – L’AFFAIRE DU GRAND HÔTEL (André Hugon)

1947 : LE DESTIN S’AMUSE (Emile E. Reinert) – DERNIER REFUGE (Marc Maurette) – HISTOIRE DE CHANTER (Gilles Grangier) – LE VILLAGE PERDU (Christian Stengel) – ANTOINE ET ANTOINETTE (Jacques Becker)

1948 : CROISIÈRE POUR L’INCONNU (Pierre Montazel)

1949 : DU GUESCLIN (Bernard de Latour) – LA CAGE AUX FILLES (Maurice Cloche) – RONDE DE NUIT (François Campaux)  – RETOUR A LA VIE (sketch « Le retour de Jean» Henri-Georges Clouzot) – SCANDALE AUX CHAMPS-ÉLYSÉES (Roger Blanc)

1950 : AMOUR ET Cie (Gilles Grangier) – VÉRONIQUE (Robert Vernay) – ADÉMAÏ AU POTEAU FRONTIÈRE (Paul Colline) – JUSTICE EST FAITE (André Cayatte) – MÉFIEZ- VOUS DES BLONDES (André Hunebelle) – LES FEMMES SONT FOLLES (Gilles Grangier)

1951 : MA FEMME EST FORMIDABLE (André Hunebelle) – PAS DE VACANCES POUR M. LE MAIRE (Maurice Labro) – LA PASSANTE (Henri Calef) – ANDALOUSIE (Robert Vernay) – LE PLUS JOLI PÉCHÉ DU MONDE (Gilles Grangier) – UN AMOUR DE PARAPLUIE (Jean Laviron, court métrage) – CENT ANS DE GLOIRE (Doc., Serge de Poligny)

1952 : ROME-PARIS-ROME (Luigi Zampa) – ELLE ET MOI (Guy Lefranc) – LE TROU NORMAND (Jean Boyer) – FANFAN LA TULIPE (Christian-Jaque) – L’AGONIE DES AIGLES (Jean Alden-Delos) – LE RIDEAU ROUGE (André Barsacq) – UN CAPRICE DE CAROLINE CHÉRIE (Jean Devaivre)

1953 : DEUX DE L’ESCADRILLE (Maurice Labro) – LES DÉTECTIVES DU DIMANCHE (Claude Orval) – SIDI BEL ABBÈS (Jean Alden-Delos) – LES COMPAGNES DE LA NUIT (Ralph Habib) – MATERNITÉ CLANDESTINE (Jean Gourguet) – CAPITAINE PANTOUFLE (Guy Lefranc) – MON FRANGIN DU SÉNÉGAL (Guy Lacourt) – DORTOIR DES GRANDES (Henri Decoin)

1954 : MOUREZ, NOUS FERONS LE RESTE (Christian Stengel) – LE MOUTON A CINQ PATTES (Henri Verneuil) – CADET ROUSSELl:E (André Hunebelle)  – LE SECRET D’HELENE MARIMON (Henri Calef) – C’EST LA VIE PARISIENNE (Alfred Rode) – MADAME DU BARRY (Christian-Jaque)

1955 : LE DOSSIER NOIR (André Cayatte) – NAPOLÉON (Sacha Guitry) – NANA (Christian-Jaque) – L’IMPOSSIBLE MONSIEUR PIPELET (André Hunebelle) – ON DÉMÉNAGE LE COLONEL (Maurice Labro) – LE COMTE DE MONTE CRISTO (Robert Vernay)  – LA SOUPE A LA GRIMACE (Jean Sacha) – LES DIABOLIQUES (Henri-Georges Clouzot) – TANT QUIL Y AURA DES FEMMES (Edmond T. Gréville) – CHANTAGE (Guy Lefranc} – LA MADELON (Jean Boyer)

1956 : LA BANDE A PAPA (Guy Lefranc) – TOUTE LA VILLE ACCUSE (Claude Boissol)  – LA TERREUR DES DAMES (Jean Boyer) – LES LUMIÈRES DU SOIR (Robert Vérnay) – FERNAND COW-BOY (Guy Lefranc) – LA VIE EST BELLE (Roger Pierre, Jean-Marc Thibault) – CLUB DE FEMMES (Ralph Habib)

1957 : A PIED, A CHEVAL ET EN VOITURE (Maurice Delbez) – CE JOLI MONDE (Carlo Rim) – LE COIN TRANQUILLE (Robert Vérnay) – NOUS AUTRES A CHAMPIGNOL (Jean Bastia) – DONNEZ-MOI MA CHANCE (Léonide Moguy) – UNE PARISIENNE (Michel Boisrond) – QUELLE SACRÉE SOIRÉE (Robert Vernay) – AH! QUELLE ÉQUIPE (Roland-Jean Quignon) – L’AUBERGE EN FOLIE (Pierre Chevalier) – FUMEE BLONDE (Robert Vernay) – MADEMOISELLE ET SON GANG (Jean Boyer) – UNE NUIT AU MOULIN-ROUGE (Jean-Claude Roy) – LA PEAU DE L’OURS (Claude Boissol)

1958 : C’EST LA FAUTE D’ADAM (Jacqueline Audry) – LE DÉSIR MÈNE LES HOMMES (Mick Roussel) – LA MOUCHARDE (Guy Lefranc) – SACRÉE JEUNESSE (André Berthomieu) – A PIED, A CHEVAL ET EN SPOUTNIK (Jean Dréville) – LA LOI C’EST LA LOI (Christian-Jaque) – SUIVEZ-MOI JEUNE HOMME (Guy Lefranc)

1959 : MARIE-OCTOBRE (Julien Duvivier) – LE GENDARME DE CHAMPIGNOL (Jean Bastia) – VOULEZ VOUS DANSER AVEC MOI ? (Michel Boisrond) – ARCHIMÈDE LE CLOCHARD (Gilles Grangier) – BABETTE S’EN VA-T-EN GUERRE (Christian-Jaque) – FAIBLES FEMMES (Michel Boisrond) – HOULA-HOULA (Robert Daréne) – SOUPE AU LAIT (Pierre Chevalier) – NATHALIE AGENT SECRET (Henri Decoin)

1960 : MARIE DES ISLES (Georges Combret) – CERTAINS L’AIMENT FROIDE (Jean Bastia) – LA FRANÇAISE ET L’AMOUR (sketch d’Henri Decoin) – LES PORTES CLAQUENT (Jacques Poitrenaud, Michel Fernaud)

1961 : A REBROUSSE-POIL (Pierre Armand) – LE MASQUE DE FER (Henri Decoin)

1962 : SNOBS (Jean-Pierre Mocky) – L’ASSASSIN EST DANS L’ANNUAIRE (Léo Joannon) – CARTOUCHE (Philippe de Broca) – UN SINGE EN HIVER (Henri Verneuil) – LE DIABLE ET LES DIX COMMANDEMENTS (Julien Duvivier) – COMMENT RÉUSSIR EN AMOUR (Michel Boisrond) – JUSQU’À PLUS SOIF (Maurice Labro) – CONDUITE A GAUCHE (Guy Lefranc) – LES FILLES DE LA ROCHELLE (Bernard Deflandre) – LES MYSTÈRES DE PARIS (André Hunebelle)

1963 : CADAVRES EN VACANCES (Jacqueline Audry) – COUP DE BAMBOU (Jean Boyer) – REGLEMENTS DE COMPTES (Pierre Chevalier) – UNE BLONDE COMME ÇA (Jean Jabely) – LES VEINARDS (sketch « Le gros lot» de Jack Pinoteau) – A TOI DE FAIRE. MIGNONNE (Bernard Borderie) – L’HONORABLE STANISLAS, AGENT SECRET (Jean-Charles Dudrumet) – CLÉMENTINE CHÉRIE (Pierre Chevalier) – L’ASSASSIN CONNAÎT LA MUSIQUE (Pierre Chenal) – LA CHASTE SUZANNE (La casta Susana, Luis Cesar Amadori) – LA MER A BOIRE (Mare Matto. Renato Castellani) – TROIS DE PERDUES (Gabriel Axel, inédit)

1964 : L’ASSASSIN VIENDRA CE SOIR (Jean Maley) – QUE PERSONNE NE SORTE (Yvan Govar) – L’ÉTRANGE AUTOSTOPPEUSE (Jean Darcy, Raoul André, inédit) – LE PETIT MONSTRE (Jean-Paul Sassy, inédit) – L’ÂGE INGRAT (Gilles Grangier) – ANGÉLIQUE, MARQUISE DES ANGES (Bernard Borderie) – PATATE (Robert Thomas) – LES BARBOUZES (Georges Lautner)

1965 : MERVEILLEUSE ANGÉLIQUE (Bernard Borderie) – LE MAJORDOME (Jean Delannoy) – SURSIS POUR UN ESPION (Jean Maley) – PAS DE CAVIAR POUR TANTE OLGA (Jean Becker) – L’OR DU DUC (Jacques Baratier) – UN MILLIARD DANS UN BILLARD (Nicolas Gessner)

1966 : LES COMBINARDS (Jean-Claude Roy) – LE GRAND RESTAURANT (Jacques Besnard) – LA LIGNE DE DÉMARCATION (Claude Chabrol) – LE JARDINIER D’ARGENTEUIL (Jean-Paul Le Chanois)

1969 : UN MERVEILLEUX PARFUM D’OSEILLE (Rinaldo Bassi) – LA HONTE DE LA FAMILLE (Richard Balducci)

1970 : LES NOVICES (Guy Casaril)

1971 : JEUNES FILLES BIEN POUR TOUS RAPPORTS (Norbert Terry, May Sieler) – MAIS QUI DONC M’A FAIT CE BÉBÉ ? (Michel Gérard)

1972 : LE VIAGER (Pierre Tchernia)

Noël Roquevert
Les extraits

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