Poussée très tôt à se mettre en valeur, Marilyn connaît, dès l’âge de 19 ans, une relation passionnée avec l’objectif. Tour à tour innocente, sophistiquée ou provocante, elle va aiguiser à la une des magazines les armes qui la mèneront au firmament.

A l’automne 1944, un groupe de reporters de l’armée américaine recherchent de jolies patriotes pour illustrer le thème des « femmes américaines participant à l’effort de guerre ». Découvrant Marilyn dans la fabrique de parachutes où elle travaille à l’époque, le jeune David Conover tombe immédiatement sous le charme d’une ouvrière si photogénique. Jusqu’à l’été 1945, il la photographiera à plusieurs reprises, publiant certains clichés dans des magazines de l’armée. C’est une Marilyn terriblement juvénile – elle n’a que 19 ans – qui sourit alors à l’objectif, dans des poses souvent romantiques. Au fil des séances, Conover est frappé par l’aisance et l’éclat de son jeune modèle, qui lui feront déclarer bien plus tard : « Quelque chose de lumineux émanait de son visage, une fragilité extrêmement vibrante ». Encouragée par l’enthousiasme du photographe, Marilyn décide de se lancer dans une carrière de mannequin…



La métamorphose
De tels rêves contredisent toutefois les projets d’un certain Jim Dougherty, l’homme que Marilyn a épousé en juin 1942. Mobilisé dans le Pacifique, il entend bien que, dès son retour, sa jeune épouse consacre uniquement à leur foyer, et lui donne vite de beaux enfants. Sans se douter qu’elle préférera divorcer plutôt que de renoncer à un activité qui, espère-t-elle, pourrait lui ouvrir les portes du cinéma. Dès l’été 1945, et sans l’accord de Jim, Marilyn se fait engager au sein de l’ agence de mannequins Blue Book. Sous la houlette de sa directrice, Emmeline Snively, Marilyn y apprend à s’habiller avec goût, à se maquiller et à poser devant l’objectif. On lui conseille aussi de ne pas ouvrir trop largement la bouche en souriant, car son nez en paraît plus long – leçon qu’elle n’oubliera plus. Et c’est également Emmeline Snively qui obtiendra qu’elle renonce à sa chevelure sombre pour oser peu à peu des teintes toujours plus blondes.



Le talentueux Mr De Dienes
Après David Conover, un autre photographe va jouer en cet automne 1945 un rôle déterminant dans la carrière de Marilyn. Engagé par l’agence Blue Book pour effectuer une série de clichés de la nouvelle recrue, André De Dienes est alors un photographe très en vogue. Venu d’Europe centrale, il charme les rédactions par son style si « continental ». La plus célèbre photo prise par De Dienes à l’époque montre une Marilyn coiffée de nattes et pieds nus, assise sur l’asphalte d’une route californienne. On est encore loin de la vamp des salles obscures, mais l’éclat de la jeune femme est indéniable. De Dienes prendra des centaines de photos de Marilyn, pour lesquelles elle s’essaie à différents styles, de la vaillante randonneuse à la troublante belle des plages, posant parfois dans le plus simple appareil. La brève liaison qui les unit permet aussi à la jeune femme de s’émanciper davantage de son mari, qu’elle ne va pas tarder à quitter.

Une irrésistible Pin Up
À partir de 1946, Marilyn connaît un joli succès de covergirl : rien que cette année-là, son effigie fait la une d’une trentaine de magazines. Emmeline Snively, qui s’est bien rendu compte que ses généreuses mensurations ne la destinaient pas aux défilés, l’oriente plutôt vers des publicités ou des couvertures faisant appel à ses atouts de pin up. Des atouts qu’apprécie également Earl Moran, un illustrateur réputé de calendriers et de magazines destinés au « lectorat masculin ». Durant plusieurs années, il fera régulièrement appel à celle dont, outre la plastique, il apprécie la fraîcheur et la disponibilité. Moran prend des photos de Marilyn dans des poses volontiers aguichantes, et vêtue du strict minimum, pour ensuite en faire des illustrations. Mais ce type de photos ne gêne pas le moins du monde la jeune femme, qui apprécie ce travail rémunérateur.



Espoirs déçus
Elle l’apprécie d’autant plus que, par ailleurs, les rêves de cinéma tardent a se concrétiser… Marilyn croit pourtant son heure venue lorsque, grâce à Emmeline, elle parvient a passer un bout d’essai pour la Fox, et se voit offrir le modeste contrat réservé aux débutantes. Mais, pendant six mois, elle se contente de poser pour les photographes du service publicité du studio, avant d’apparaître fugitivement dans deux films mineurs, Scudda Hoo, Scudda Hay ! et Dangerous Years. Darryl Zanuck ne renouvellera pas son contrat à la Fox, car il ne croit pas en elle. Pas plus que les patrons de la Columbia, qui se contentent de la distribuer en 1948 dans un petit rôle des Reines du music-hall, sans pour autant l’engager. Pour Marilyn, les portes des studios semblent ne s’être entrouvertes que pour mieux se refermer ensuite…

Dernières poses
C’est ainsi qu’au printemps 1949, Marilyn renoue pour des raisons alimentaires avec le métier de pin up. Après une pub remarquée pour une marque de bière, le photographe Tom Kelley lui propose de poser nue pour un calendrier. La jeune femme accepte sans hésiter, et empoche 50 dollars pour la séance. Une somme bien dérisoire comparée à l’immense publicité que lui vaudra en 1952 la réédition du fameux calendrier, puis une nouvelle publication l’année suivante du cliché scandaleux dans le tout premier numéro de Playboy… Mais, en 1953, la période « playmate » de la nouvelle coqueluche de la Fox est bien révolue. En tournant quelques mois plus tard Sept ans de réflexion (The Seven Year Itch), Marilyn pourra d’ailleurs mesurer le chemin parcouru depuis ses débuts. Elle y incarne en effet « la fille du dessus », mannequin qui, après avoir posé pour des nus artistiques, s’enchante naïvement de tourner à présent une pub pour un dentifrice. Mais Marilyn, elle, est devenue une vraie star de cinéma… [Légendes d’Hollywood / Marilyn Monroe – Eric Quéméré (2004)]


MARILYN MONROE
Mélange explosif de candeur et de sensualité débordante, Marilyn Monroe est une actrice proche du génie. Sous le maquillage et les atours, elle restait une « petite fille ». Elle ne ressemblait à personne…
L’affaire du calendrier
Au printemps 1952, cela fait déjà trois ans que Marilyn n’a plus été amenée à poser pour gagner sa vie : elle est considérée à présent comme une jeune actrice prometteuse. Remarquée pour ses apparitions dans Quand la ville dort (The Asphalt Jungle) et Eve, elle vient de tenir son premier rôle d’envergure aux côtés de Richard Widmark dans Troublez-moi ce soir (Don’t Bother to Knock), un film qui sortira en juillet. La jeune femme est donc devenue au sein de la Fox une personnalité en vue – qui, à ce titre, se doit d’être irréprochable. Or en ce mois de mars 1952, une rumeur circule et enfle dangereusement : la jeune femme nue posant fièrement dans le calendrier John Baumgarth ne serait autre que Marilyn Monroe ! Dans l’Amérique aussi puritaine qu’hypocrite des années 1950, ce genre de scandale peut facilement coûter leur carrière aux starlettes. Tandis que la panique gagne le service des relations publiques de la Fox, qui ne sait comment gérer la crise imminente, Marilyn a la bonne idée de prendre les devants. Convoquant la presse, elle évoque la misère indescriptible (et surtout très fortement exagérée !) dans laquelle elle se trouvait lorsqu’elle se résigna à accepter de poser nue. Mais, fine mouche, elle affirme aussi ne pas avoir honte de l’avoir fait, estimant qu’il est noble d’apporter ainsi un certain réconfort au public masculin ! Ce savant mélange de franchise et d’effronterie lui vaut de conquérir immédiatement le public. Et d’apparaître en avril 1952 en couverture du prestigieux magazine Life, devenant ainsi la femme la plus célèbre d’Amérique…




MARILYN MONROE : A LA RECHERCHE DU PÈRE
Par une cruelle ironie du sort, celle qui immortalisa à l’écran les chansons « Every baby needs a Da-Da-Daddy » et « My heart belongs to Daddy » ne connut jamais son véritable père. Une douloureuse absence qui marqua profondément la vie sentimentale de la star…

MARILYN MONROE : RÊVES D’AMOUR
Toute sa vie et bien au-delà, Marilyn fut une star vénérée telle une déesse, et désirée comme peu le furent. Mais la femme, elle, ne se sentit jamais aimée. Ces manques affectifs, s’ils participèrent pourtant à son talent, firent d’elle un être totalement désespéré, qui quelquefois se prenait à rêver !

MARILYN MONROE : GLAMOUR GIRL
Reine de beauté et sex-symbol, Marilyn a aussi incarné pour toute une génération la quintessence du chic « made in Hollywood ». Entre luxe, mode et falbalas, petite revue de détail de la panoplie d’une superstar…

MARILYN MONROE : L’ENFANCE VOLÉE
Tout le monde connaît les récits d’une enfance si malheureuse que la star en portera les stigmates jusqu’à sa mort. Ballottée d’un foyer à l’autre sans jamais connaître la sécurité, Marilyn a grandi tant bien que mal, mais toujours sans amour.

MARILYN MONROE : LA STAR ET L’ÉCRIVAIN
Plus encore que son mariage avec Joe Di Maggio, l’histoire d’amour entre Marilyn et Arthur Miller passionna les foules du monde entier. L’union de la star du glamour hollywoodien et de l’austère dramaturge new-yorkais avait tout d’un conte de fées moderne…

MARILYN MONROE : LA STAR ET SES GOUROUS
Terriblement inquiète quant à ses capacités de comédienne, Marilyn s’est entourée tout au long de sa carrière de professeurs brillants, en qui elle aura tendance à chercher aussi des figures parentales. Pour le meilleur et pour le pire…

MARILYN MONROE : UNE JOURNÉE AVEC LA STAR
l est évidemment difficile d’établir une journée type de Marilyn Monroe. Sa vie est en effet celle d’une artiste hors du commun, et d’une femme ne pouvant supporter la routine… Pourtant, on peut retrouver certaines constantes de comportement dans sa vie quotidienne.
- CHRISTIAN-JAQUE : L’ÉLÉGANCE EN MOUVEMENT
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- GAS-OIL – Gilles Grangier (1955)
- ARSENIC AND OLD LACE (Arsenic et vieilles dentelles) – Frank Capra (1944)
- FRITZ LANG ET LE FILM NOIR : UNE TRAVERSÉE DE L’OMBRE
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Catégories :Les Actrices et Acteurs

