Les Actrices et Acteurs

ROLAND LESAFFRE : DU RING À L’ÉCRAN

Ancien « mataf », comme il se définit lui-même dans son livre de souvenirs, le héros de L’Air de Paris fut l’acteur fétiche de Marcel Carné : de Juliette ou la clé des songes à La Merveilleuse visite, le cinéaste dirigera l’acteur dans onze de ses films.

À en croire la légende, Roland Lesaffre est né le 26 juin 1927 à Clermont-Ferrand, dans un ascenseur. La question de savoir si cet ascenseur montait ou descendait ne sera jamais élucidée, mais deviendra en revanche une plaisanterie rituelle dans l’entourage du comédien… Adolescent sous l’Occupation, le jeune Lesaffre ne tarde pas à rejoindre la Résistance, et s’engage à 17 ans au sein des Forces Navales Libres. Il combat entre autres dans le Pacifique et en Méditerranée. Pratiquant la boxe dans ses moments de liberté, il décroche le titre de champion de la Marine, et a même l’honneur d’affronter Marcel Cerdan. Revenu à la vie civile, il devient professeur de sports dans une école de Joinville, affectation qui va bientôt changer le cours de son existence. En effet, Lesaffre croise un jour dans le métro un photographe de sa connaissance, qui se rend aux studios de Joinville sur le tournage du film La Marie du port. Or ce film est interprété par Jean Gabin, que Lesaffre a rencontré à Alger pendant la guerre. Déboulant sur le plateau sans se rendre compte qu’il interrompt une prise de vues, le jeune homme reçoit un accueil amical de l’acteur, qui demande aussitôt au réalisateur Marcel Carné s’il ne peut dépanner son ancien camarade de régiment en lui faisant faire un peu de figuration dans le film… Carné fera plus que cela : il engagera désormais Roland Lesaffre dans tous ses films (à l’exception de Le pays d’où je viens). Car, comme l’écrit le cinéaste en 1975 dans son autobiographie, cette visite impromptue « fut le début d’une amitié totale, absolue, mais par là-même tyrannique qui, née un après-midi de septembre 1949, dure encore… » .

Roland Lesaffre fait donc quelques mois plus tard ses vrais débuts de comédien dans Juliette ou la clé des songes, où Carné lui fait interpréter un légionnaire face à Gérard Philipe. S’il rate ensuite le concours d’entrée au Conservatoire, le jeune acteur suit avec succès le cours de Maurice Escande, tout en se formant « sur le tas » : il enchaîne les petits rôles sous la direction de Jean Grémillon (L’Etrange Madame X), Jacques Becker (Casque d’or) ou André Cayatte (Nous sommes tous des assassins). En 1953, Jean-Pierre Melville lui offre un rôle nettement plus conséquent dans Quand tu liras cette lettre. Mais c’est avec Thérèse Raquin, film de Carné où il vole la vedette à Raf Vallone, que Lesaffre connaît son premier grand succès personnel. Au point qu’il fait l’année suivante une apparition dans La Main au collet d’Hitchcock, avant de retrouver Grémillon pour L’Amour d’une femme, puis Carné pour L’Air de Paris. Marié avec l’actrice d’origine japonaise Yoko Tani (remarquée entre autres dans Ali Baba et les quarante voleurs, et Le Port du désir), Roland Lesaffre va ensuite connaître une carrière bien remplie, où abondent les rôles « à poigne », mais dans laquelle se détachent principalement aujourd’hui les films de son mentor Marcel Carné – notamment Les Tricheurs, Trois chambres à Manhattan et La Merveilleuse visite. En 1977, Lesaffre occupera également le poste de directeur de production pour le documentaire consacré par le cinéaste à la Bible, et en 1993, il participera en tant qu’acteur au tout dernier film de Carné, Mouche, resté malheureusement inachevé… [Collection Gabin – L’Air de Paris – Eric Quéméré (n°20 – 2006)]


L’AIR DE PARIS – Marcel Carné (1954)
A l’automne 1953, le nouveau film de Marcel CarnéThérèse Raquin, reçoit un excellent accueil. C’est donc avec confiance que le réalisateur se lance avec le scénariste Jacques Viot dans un nouveau projet : l’histoire d’un entraîneur de boxe qui jette son dévolu sur un jeune ouvrier pour en faire son poulain. Carné est à l’époque un passionné de boxe.

THÉRÈSE RAQUIN – Marcel Carné (1953)
Cette histoire d’adultère qui tourne mal est consciencieusement calligraphiée dans l’atmosphère des studios de l’après-guerre. Le Lyon des années 1950 prête, par instants, sa noirceur poisseuse à ce récit cadenassé. Le cinéaste s’intéresse peu à Simone Signoret, préférant s’attarder sur le physique avantageux de Raf Vallone, camionneur de choc, face à un Jacques Duby anémié à souhait, modèle du mari insipide. La vie a déserté ce cinéma étriqué, dépourvu de générosité et, finalement, d’intelligence.

L’AMOUR D’UNE FEMME – Jean Grémillon (1953)
Cinq ans après Pattes blanches, Grémillon peut enfin réaliser un scénario qui lui tient particulièrement à cœur, puisqu’il en est l’auteur : L’Amour d’une femme reprend le thème des contradictions entre la vie professionnelle et la vie amoureuse et/ou conjugale, déjà développé dans Remorques ; mais le point de vue est cette fois-ci exclusivement féminin, et souligne, ce qui est parfaitement tabou dans la société française figée des années 1950, les difficultés propres des femmes dans la recherche d’un équilibre entre vie sociale et vie privée.



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