Le Film français

DERRIÈRE LA FAÇADE – Georges Lacombe, Yves Mirande (1939)

Un crime a été commis dans un très respectable immeuble parisien… Lequel, parmi les locataires est le meurtrier  ? Une enquête choc pour une suite de sketches. C’est aussi l’occasion de voir rassemblée une fabuleuse brochette de stars des années 1930/1940  : Jules Berry, Michel Simon, Erich Von Stroheim, Elvire Popesco, Carette, Gaby Morlay, Simone Berriau…  Lucien Baroux, le commissaire Boucheron, qui enquête sur le meurtre de la propriétaire d’un immeuble et Jacques Baumer : l’inspecteur Lambert, de la Sûreté.

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Derrière la façade est sans doute l’un des films les plus actualisés, les plus révélateurs de l’immédiat avant-guerre, de cette période dont Yves Mirande fut l’un des princes : homme de théâtre, homme d’esprit et homme de salon, il connut, comme Sacha Guitry, tous les succès. Ses pièces triomphaient au boulevard, plusieurs furent adaptés à l’écran, il écrivit scénarios et dialogues, s’essayant parfois à la mise en scène.

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En 1938, il avait conçu et réalisé Café de Paris (Georges Lacombe en assurant la direction technique), film policier se déroulant dans ce haut lieu de la mondanité parisienne ; respectant parfaitement la règle classique des trois unités, il faisait assister à une enquête de police consécutive à l’assassinat d’un magnat de la presse. Les consommateurs présents au moment du crime, contraints de demeurer sur les lieux, tels les riches invités de L’Ange Exterminateur de Buñuel, faisaient successivement l’objet d’un interrogatoire, prétexte commode pour faire apparaître tour à tour et pour quelques minutes les grandes vedettes amies de Mirande. Jules Berry, Véra Korène, Pierre Brasseur, Simone Berriau, etc.

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Le film connut un grand succès à sortie: les producteurs, la société Régina, demandèrent aussitôt à Yves Mirande d’entreprendre une autre œuvre sur le même principe : ce fut Derrière la Façade, également supervisé techniquement par Georges Lacombe, plus brillamment interprété encore : comme Guitry, Mirande aimait les acteurs, et savait se faire aimer d’eux.

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L’intrigue est presque la même que dans Café de Paris, seul le lieu a changé: le crime est cette fois commis dans un immeuble de rapport et ce sont ses habitants que deux policiers rivaux vont s’efforcer de faire parler afin de découvrir le meurtrier de l’un des locataires. Là aussi, prétexte à sketches, mais d’un intérêt constant : le film est certes bien fait, on s’amuse à reconnaître des visages, et ils sont nombreux, la presque totalité des grands de l’avant-guerre, mais à travers eux, c’est la société entière, égoïste et satisfaite, que montre Mirande, avec ses préjugés et ses mesquineries.

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Comme souvent les gens à la mode, Yves Mirande est parfaitement placé pour prendre conscience des imperfections de la communauté qui le fait vivre ; si l’on ne peut le soupçonner d’avoir voulu stigmatiser, à plus forte raison d’avoir voulu donner l’éveil, il reste qu’il fuit preuve ici d’une étonnante, sans doute inconsciente lucidité. Si la société est le lieu où se joue la comédie humaine, le boulevard – théâtre ou cinéma – en est le microcosme.

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Il ne faut pas, par exemple, attribuer au hasard la présence dans Derrière la Façade du personnage interprété par Erich Von Stroheim : cet Allemand, plus généralement cet étranger arrogant, récemment naturalisé français, qui dépouille sans vergogne de « vrais » citoyens, c’est lui le responsable de ce marasme que Mirande pressent, et que le film désigne nommément à la vindicte populaire. Sentiments obscurs, inquiétudes sourdes : images d’une France décomposée, bientôt abattue par un conflit qu’elle redoute et n’ose affronter. C’est la France de Munich qui défile, avec des ministres de comédie et ses bourgeois xénophobes, ses cocottes et ses aristocrates guindés, en un ballet qui ressemble fort à une danse de mort. [Les français et leur cinéma 1930-1939 – Eric Losfeld – Maison de la culture de Créteil (1973)

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L’histoire

Mme Mathieu, propriétaire d’un vaste immeuble parisien, est assassinée. Le commissaire du quartier et un enquêteur de la Sûreté sont dépêchés sur place. Ils parcourent escaliers et couloirs pour résoudre l’énigme. Leur rivalité bourrue leur permet de se compléter pour découvrir le coupable parmi une galerie de personnages, humbles ou riches, mondains ou populaires, honnêtes ou roublards, mais toujours pittoresque. Comme le souligne le dialogue des deux policiers, c’est l’occasion de découvrir ce qui se cache « derrière la façade » et les apparences lisses d’un monde éclectique, mais essentiellement bourgeois.


Les extraits

MICHEL SIMON
Michel Simon est considéré comme l’un des plus prestigieux comédiens du XXe siècle. Sa personnalité se dessine dès l’enfance : un esprit d’une vivacité peu commune, épris de liberté individuelle, un amour éperdu de toute forme de vie et un sens de l’observation extrêmement aigu. A l’épreuve de la vie en société, tout cela composera un humaniste misanthrope dans la grande tradition, d’une sensibilité inquiète et d’une tendresse ombrageuse, mais aussi d’une timidité qui le condamnera à une certaine solitude.

LE MYSTÈRE VON STROHEIM
Aussi fantasque à la ville que les héros de ses films, celui qui campe l’inoubliable officier prussien de La Grande illusion fut l’un des cinéastes les plus révolutionnaires de son temps. Avant de devoir se contenter, bien malgré lui, du métier de comédien.


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