Le Film Noir

NIGHT AND THE CITY (Les Forbans de la nuit) – Jules Dassin (1950)

Harry Fabian (Richard Widmark, magistral) appartient à ce petit peuple d’escrocs dérisoires qui se débattent dans l’univers du film noir. Toujours en quête d’un ailleurs radieux et confus, de la combine parfaite pour y parvenir. Des projets, Harry, rabatteur dans un night-club londonien, en change comme d’œillet à sa boutonnière, et fait le désespoir de son amante, Mary, à laquelle Gene Tierney prête sa grâce aérienne. Cette fois, l’éternel perdant tente de « voler » le business des spectacles de lutte à la pègre locale. Très mauvaise idée, mais formidable sujet de cinéma, qui donne lieu à des scènes de combat d’une âpre beauté, enchevêtrement de corps dans un clair-obscur presque abstrait. De la pénombre des arrière-salles aux ténèbres huileuses des pavés de la ville, c’est un film sans lumière. Un décor qui semble se fermer lentement, comme un piège étouffant. Une faune souterraine, entraîneuses, trafiquants et mendiants, hante ce dédale nocturne de plus en plus hostile. Jules Dassin, avec cette tragédie des bas-fonds, parle aussi d’exil et de traque : victime du maccarthysme, contraint de quitter les Etats-Unis, le cinéaste tourne pour la première fois en Europe. La fuite éperdue de Harry, trahi, harcelé, pourchassé dans toute la ville, évoque la chasse aux sorcières qui sévissait alors à Hollywood. [Cécile Mury – Télérama]

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« La nuit et la ville. La nuit est ce soir, demain soir ou n’importe quel soir. La ville est Londres. » Ces mots – les premiers du film – suffisent à dresser le cadre. Le spectateur les entend alors même qu’il voit Harry Fabian en train de tenter d’échapper à un poursuivant qui le menace. Le film commence par cette fuite d’Harry. Il se terminera, sur les bords de la Tamise, lorsque l’Étrangleur jettera dans l’eau le corps disloqué du jeune malfrat qui rêvait de se faire une place au sein de la pègre londonienne.  

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Comme M de Fritz Lang ou The Third man (Le Troisième homme) de Carol Reed, Night and the city (Les Forbans de la nuit) décrit un univers nocturne et une ville gangrenée par le crime et la corruption. Harry Fabian (Richard Widmark) cherche à s’intégrer à un monde parfaitement organisé dans lequel il n’a pas de place et dont il va rompre, provisoirement, l’équilibre. Helen Nosseross (Googie Withers) donne des conseils aux entraîneuses du Silver Fox Club, Figler (James Hayter) dirige une bande de mendiants dont il planifie les diverses difformités, Kristo (Herbert Lom ) règne sur le racket du catch, Googin (Gibb McLaughlin) fabrique des faux papiers, Anna (Maureen Delaney) s’occupe du trafic des bas nylon et des cigarettes… Toute cette pègre vit – à quelque niveau que ce soit, du caïd au petit trafiquant selon un ordre parfaitement réglé. Harry Fabian va brusquement provoquer le drame en tentant d’affronter Kristo et d’organiser ses propres spectacles. Cette ambition lui coûtera la vie, entraînera la mort de Gregorius (Stanilaus Zbyszko) et celle de Phil Nosseross (Francis L. Sullivan) , incapable de supporter la trahison de sa femme. [Le film noir – Patrick Brion – Editions de la La Martinière (2004)]

1950, NIGHT AND THE CITY

Un personnage volubile et haut en couleur apparaît dans l’Angleterre des années 1930 sous l’effet de la crise de 1929. Il ne tarde pas à se glisser dans la littérature et le théâtre de l’époque, avant d’entrer dans les salles obscures dans les années 1940. Ce personnage est un spiv, un trafiquant à l’élégance tapageuse qui peut vous procurer au prix fort tout ce dont vous avez besoin. Pour vous faire oublier que ce sont des marchandises volées, il vous les vend avec un sourire et beaucoup de bagou. On le retrouve dans Waterloo Road (1944), They Made Me a Fugitive (Je suis un fugitif, 1947), lt Always Rains On Sunday (Il pleut toujours le dimanche, 1947) et Noose (1948), mais surtout dans The Third Man (Le Troisième Homme, 1949) et Night and the city, les derniers et les meilleurs de la série.

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Si ces deux films se ressemblent par certains aspects – un trafiquant pourchassé dans les décombres d’une ville et dont s’éprend une femme honnête -, le traitement est totalement différent. Alors que dans The Third Man , la traque de l’insaisissable Harry Lime (énigmatiquement interprété par Orson Welles) est vue à travers le regard de son ami écrivain, Night and the city nous donne le point de vue du trafiquant Harry Fabian (Richard Widmark). Bien qu’il ne soit à aucun moment sympathique, Fabian attire irrésistiblement le regard prouesse de l’acteur Richard Widmark, qui signe ici la meilleure interprétation de sa carrière. Malgré sa mise élégante et sa rapidité d’esprit, Fabian n’a rien pour plaire : toujours en sueur, il se montre mielleux avec tout le monde et semble totalement dénué de conscience. Sociopathe et égocentrique il cultive pourtant quelques qualités : un esprit vif et agile et une persévérance tenace lorsqu’il s’agit de parvenir à ses fins.

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Au début de Night and the city, Harry Fabian s’enfuit pour échapper à un homme sans nom ni visage. Tout au long du film, Harry ne cessera de se précipiter d’une planque à une autre à travers les rues sordides et dégoulinantes de pluie du quartier londonien de Soho. À un moment, il avoue d’ailleurs : « Toute ma vie, j’ai couru. Pour échapper aux assistantes sociales, aux voyous, à mon père… » Il nous offre un autre aperçu de son passé lorsqu’il tente d’extorquer de l’argent à sa petite amie, Mary (Gene Tierney) compatriote américaine qui chante dans un night-club, le Silver Fox Mary regarde une photo d’eux dans un petit bateau et se souvient du temps où ils étaient normaux. Qu’est-il arrivé à Harry pour que cet étudiant propre sur lui se transforme en petite frappe au visage dégoulinant de sueur ? On ne le saura jamais.

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Harry déborde d’idées et d’énergie, c’est un homme enjôleur et spontané, un embobineur touche à tout. On le voit racoler des hommes d’affaires américains pour qu’ils se rendent au Silver Fox, où des girls affriolantes les persuaderont d’acheter du vin et des cigarettes hors de prix. Mais quel est son but ? Adam (Hugh Marlowe), un créateur de jouets qui vit dans le même immeuble que Mary (et a des vues sur elle), décrit Harry comme « un artiste sans art » qui n’a « aucun moyen de s’exprimer ». Mais peu après, Harry trouve enfin une raison d’être lors d’un combat de lutte gréco-romaine Gregorius (Stanislaus Zbyszko), champion de légende outré par les pitreries des prétendus lutteurs modernes, exalte les vertus de la lutte traditionnelle. Harry le persuade de l’aider à organiser d’authentiques combats de lutte gréco-romaine à Londres. Sachant que Gregorius est également le père de Kristo (Herbert Lom), un escroc qui est le plus gros manager du circuit londonien, Harry sait qu’il n’aura rien à craindre de lui. 

1950, NIGHT AND THE CITY

Mais Harry a besoin d’argent. Il l’obtient par le biais de l’intrigante Helen (Googie Withers), l’épouse du gros Phil Nosseross (Francis L. Sullivan), propriétaire du Silver Fox. Helen se refuse à son mari, dont elle attend simplement qu’il meure pour hériter de sa fortune. Lassée de ses avances, elle demande à Harry de lui obtenir une licence pour ouvrir son propre club, en échange de l’argent nécessaire pour ses matchs. 

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Dès la première image, il est clair que Harry et ses projets sont condamnés à l’échec. Le film tourne à la tragédie. C’est un cauchemar, une descente aux enfers, comme les plus noirs des films noirs : Detour (1945), Nightmare Ailey (Le Charlatan, 1947) ou Force of Evil (L’Enfer de la corruption, 1948). «Tu as tout, mais tu es un homme mort, lui lance Phil, un homme mort. » Harry n’a pas d’amis sur qui compter (« Personne ne peut t’aider ») et est insensible à l’impact de son comportement égoïste sur autrui. «Tu me tues, lui dit Mary, et tu te tues aussi. » Dès lors, tout va de travers. Phil lui coupe les vivres. Gregorius meurt après un combat acharné contre l’Étrangleur (Mike Mazurki). Pourchassé par les hommes de Kristo, Harry prend enfin le temps de souffler et se dit : « J’y étais presque, puis tout s’est écroulé. J’ai arrêté de courir. » Au dernier moment, il commet enfin une action désintéressée, mais il est trop tard. Harry se fait des illusions. Il n’a jamais rien accompli, il a toujours été condamné à mourir – dès qu’il s’arrêterait de courir… (…) Grâce à l’acteur Richard Widmark et au chef opérateur Max Greene, parfaits pour interpréter et illustrer cette histoire, Night and the city devient l’un des meilleurs films noirs jamais réalisés aux yeux de la critique moderne, malgré l’accueil peu indulgent qu’il a reçu à sa sortie.  [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]


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Comprenant que Jules Dassin commençait à être trop marqué à Hollywood en raison de ses opinions politiques et de la chasse aux sorcières qui sévissait, la 20th Century-Fox choisit de l’envoyer tourner Night and the city à Londres. L’intérêt de l’opération était double : éloigner Dassin d’Hollywood et utiliser les fameux bénéfices qu’il était impossible de rapatrier aux Etats-Unis. Cet argent va donc servir à la réalisation du film, dont le budget atteindra la somme importante de 1 460 000 dollars. Dassin décide de montrer un Londres inquiétant, sordide, corrompu, l’inverse même de la ville pour touristes symbolisée par Piccadilly Circus et Trafalgar Square. En dehors de la fin, on ne voit d’ailleurs de Londres que des endroits sinistres et méconnaissables. 

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« Le film, reconnut Dassin, causa un véritable scandale en Angleterre. Oh, Dieu ! les Anglais furent tout à fait contre. L’atmosphère, l’histoire et tout. » L’une des idées de génie de Dassin fut de choisir pour jouer le rôle de Gregorius, Stanislaus Zbyszko, qui était champion de lutte gréco-romaine alors que le jeune Dassin avait cinq ans. « Je ne l’avais jamais vu de ma vie, avoua Dassin, il n’y avait ni photographies, ni traces de lui. On m’avait d’ailleurs dit qu’il était mort mais, après avoir refusé trois acteurs proposés par le studio, j’ai fait appel à un de mes amis qui était journaliste à New York. Il pensait lui aussi que Zbyszko était mort mais quelques jours plus tard, il m’appela et me dit l’avoir retrouvé. Il avait soixante-dix ans et n’avait jamais vu une caméra. Je pense que c’est un acteur superbe ; un homme extraordinaire. Chaque fois que j’allais voir une pièce élisabéthaine, il venait avec moi. J’aimais réellement cet homme. Il était complètement ruiné. Il acheta avec son cachet un élevage de poules aux États-Unis.» Diplômé en philosophie et en droit de l’université de Vienne, musicien et poète, parlant onze langues et célèbre pour n’avoir été battu que cinq fois en trois mille combats, Zbyszko apporte au film une présence exceptionnelle que Dassin développe parallèlement au personnage d’Harry Fabian, le rôle de la douce Mary très superficiel.

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Traqué par le milieu londonien. Harry trouve un bref refuge auprès d’Anna, à qui il déclare : « J’étais si près de réussir. Je possédais dans la paume de ma main le contrôle des matchs de lutte dans tout Londres.» Une ultime fois, il tente de s’illusionner lui-même, alors qu’en réalité il n’avait cessé de jouer avec le feu, de duper les uns pour tenter d’obtenir l’appui des autres. À l’image de tant de personnages de films noirs situés à New York ou à Los Angeles, à San Francisco ou dans le Middle West, Harry Fabian était, déjà à Londres, un damné. [Le film noir – Patrick Brion – Editions de la La Martinière (2004)]


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Dès les premières scènes, Night and the city fait appel aux conventions du film noir pour suggérer l’emprise implacable de la fatalité. Harry Fabian, « le héros » poursuivi, rentre chez lui, à bout de souffle et angoissé. Zigzagant et trébuchant, il semble n’être qu’une silhouette fragile piégée par la vie impersonnelle de la grande ville. Les taches lumineuses sur les murs et les gouttières, les images anguleuses et dures, appuyées par la musique insistante et frénétique de Franz Waxman l’accompagnent jusqu’à ce qu’il soit rentré chez lui. Alors, une ombre immense envahit l’écran, s’arrêtant juste au bas de l’escalier, tout comme Fabian, qui, épuisé, s’appuie un moment contre le mur avant de monter. Dès lors, et en fait, jusqu’au dénouement on peut dire que Fabian est coincé dans un entre-deux sans issue, entre le haut et le bas, cherchant à reprendre son souffle.

Stylistiquement, l’ouverture de Night and the city est froide et déshumanisée. La voix d’un narrateur proclame d’un ton neutre. « Voici Londres» ; la photographie de la ville n’a rien de réaliste : mais la vision n’est pas non plus celle du héros. Elle exprimerait plutôt les forces externes, à l’action dans l’univers noir. Le recours aux éclairages par le haut, ou le côté, tout au long du film, même au moment de la victoire de Fabian, accentuent les cernes du protagoniste pour suggérer sa fatigue – les traits émaciés de Widmark ne sont pas étrangers à cet effet – ou encore, voilent d’ombre la moitié de son visage, ce qui symbolise son indécision. Son patron, Nosseross, est, lui, photographié au grand angle, sa corpulence étant ainsi accentuée. Une autre scène prise au grand angle, lie l’Etrangleur à Harry, en posant une sorte d’équivalence entre le lutteur infâme et le visage déformé de Fabian, préfigurant le moment où Kristo s’en prendra à Fabian, et non au lutteur alcoolique, lors de la mort de son père. En somme, la mise en scène rend toujours compte à la fois des conflits intérieurs et extérieurs. Ainsi, lorsque Nosseross dévoile à Fabian son jeu sans lui épargner ses sarcasmes (« Tu es désormais un homme mort. Harry Fabian, complètement fini ! ») on a l’impression que sa large et massive silhouette, envahissant l’image, étouffe l’autre. En même temps, un réseau complexe de stries d’ombre, dans la pièce, objective la toile d’araignée dans laquelle Fabian est lui-même allé se jeter. Dans la boîte de nuit, les reflets du globe lumineux, tournoyant à une vitesse de plus en plus grande, annoncent les lumières des rues qui formeront le décor de sa fuite éperdue.

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Night and the city est un film visuellement très travaillé et extrêmement concentré dans sa diversité. La cupidité de Fabian en fait un personnage typiquement noir, mais c’est surtout le paysage urbain embrumé, plein d’immeubles décrépis et de quais sinistres qu’il traverse dans sa course qui métaphorise sa solitude fondamentale. Fabian ne comprend pas les autres et néglige leurs besoins : Gregorius en sera un exemple fatal. De, même, la longue séquence sur la péniche entre lui et Anna, qui fait du marché noir, résume en quelque sorte l’absurdité et le non-sens de sa vie.

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Harry lui parle, en lui tournant le dos… Il était sur le point de réussir, se lamente-t-il… Mais il n’y a, en fait, aucun échange entre eux. Il ne lui accorde pas un regard ; elle n’est qu’une oreille destinée à écouter sa plainte. Entendant des bruits de pas – c’est Mary, mais il ne le sait pas – il se lève soudain et on le voit alors en gros plan. La présence de Mary met un terme à son indécision et lui inspire le seul geste désintéressé dont il fera preuve dans le film, Mais il ne suffit pas, bien entendu, à arrêter sa course à la mort, annoncée dès les premières images. [Encyclopédie du film Noir – Alain Silver et Elizabeth Ward – Ed Rivages (1979)]


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LE FILM NOIR
Comment un cycle de films américains est-il devenu l’un des mouvements les plus influents de l’histoire du cinéma ? Au cours de sa période classique, qui s’étend de 1941 à 1958, le genre était tourné en dérision par la critique. Lloyd Shearer, par exemple, dans un article pour le supplément dominical du New York Times (« C’est à croire que le Crime paie », du 5 août 1945) se moquait de la mode de films « de criminels », qu’il qualifiait de « meurtriers », « lubriques », remplis de « tripes et de sang »…

GENE TIERNEY
Les cinéphiles n’ont pas oublié la créatrice de Laura et de Lucy Muir, « l’étrange fascination se dégageant de son visage, cette allure à la fois meurtrie et mystérieuse, déchirée et distante » ( Bertrand Tavernier). Au Pan­théon du septième art, Gene Tierney a sa place inscrite et personne ne peut pré­tendre la lui disputer.


Les extraits :

LAURA – Otto Preminger (1944)
On ne peut pas citer Laura sans rendre hommage à Gene Tierney, l’une des comédiennes les plus belles et les plus sensibles de l’histoire du cinéma. Il faut aussi souligner le talent de Preminger, qui a traité cette histoire d’amour « noire » d’une façon totalement originale. La première scène d’amour n’est-elle pas celle de l’interrogatoire de Laura ? Plus le passé de Laura se dévoile, plus les questions de l’inspecteur, dont on devine la jalousie, deviennent violentes et cruelles. Le visage de Laura reste émouvant sous la lumière du projecteur. L’inspecteur finit par détourner cette lumière violente de son visage. Premier geste d’amour…

DETOUR – Edgar George Ulmer (1945)
Detour est très loin d’être la seule excellente série B noire. Celle-ci permettra à de nombreux réalisateurs de poursuivre le sillon. Notamment Anthony Mann qui y fait des premières armes réussies, couronnées par le remarquable Raw Deal. Nombre de réalisateurs comme John Farrow, à qui on doit l’excellent The Big Clock, Richard Fleisher ou Vincent Sherman participeront à une production abondante et souvent de qualité.

KISS OF DEATH (Le Carrefour de la mort) – Henry Hathaway (1947)
Un gardien de prison fait sa ronde devant une cellule. L’un des deux pensionnaires se tord le cou pour voir le maton passer. « Regarde-moi ce minable qui fait sa patrouille », crache-t-il de sa voix bizarrement aiguë. « Pour un nickel que je te le chope, j’lui enfonce les pouces dans les yeux et je serre jusqu’à ce qu’il tombe raide. » Puis il part d’un gloussement qui ressemble aux bêlements en staccato d’un saxo alto grinçant. C’est Kiss of Death, le loser qui moisit en taule est Tommy Udo, et l’acteur qui injecte à Tommy ce ton nouveau de démence n’est autre que Richard Widmark.

WHERE THE SIDEWALK ENDS (Mark Dixon, détective) – Otto Preminger (1950)
Le principe de l’intrigue de Where the sidewalk ends peut se résumer en quelques mots : un policier qui, lors d’un interrogatoire, a tué sans Le vouloir un suspect récalcitrant essaie d’effacer cette « bavure » (d’autant plus absurde qu’il entendait prouver l’innocence de ce suspect). Mais il convient d’ajouter que cette volonté de faire disparaître un passé récent a pour effet de faire remonter un passé ancien, et ce paradoxe, qui trouve des échos dans La personnalité même du réalisateur Otto Preminger, renvoie à certaines constantes de son œuvre et à la définition du genre dit du film noir. 

DON’T BOTHER TO KNOCK (Troublez-moi ce soir) – Roy Baker (1952)
« Vous n’avez encore jamais rencontré ce genre de fille» scandait en juillet 1952 la campagne de presse de Don’t bother to knock à propos du rôle inquiétant tenu par Marilyn dans le film. Avec le recul, on serait tenté d’ajouter que l’on n’a pas non plus rencontré depuis lors « ce genre de fille » dans la filmographie de la star. Car le personnage de Nell Forbes, baby-sitter occasionnelle affligée de graves troubles mentaux, s’avère aux antipodes du registre outrageusement glamour qui sera par la suite celui de Marilyn.

PICKUP ON SOUTH STREET (Le Port de la drogue) – Samuel Fuller (1953)
Skip McCoy (Richard Widmark) vit, littéralement, en marge de la société – dans une baraque branlante sur le port de New York. Il se contente de subsister maigrement en faisant les poches et en chapardant des sacs à main dans le métro. Un jour, il dérobe sans le savoir des microfilms à Candy (Jean Peters), une séduisante prostituée qui sert, à son insu, de messagère pour son petit ami coco (Richard Kiley). Comme Tolly Devlin, Skip McCoy prend un malin plaisir à manger à tous les râteliers et ne se gêne pas pour faire grimper frénétiquement les enchères autour du précieux rouleau de pellicule. Lorsqu’un agent fédéral cuisine Skip et l’accuse de trahison, il éclate de rire et répond : « Qui ça intéresse ? »

DU RIFIFI CHEZ LES HOMMES – Jules Dassin (1955)
Sorti sur les écrans français le 13 avril 1955, Du rififi chez les hommes constitue, en raison de la nationalité américaine de son réalisateur, un cas particulier au sein du film de gangsters français des années 1950. Victime de la chasse aux sorcières maccarthyste, le cinéaste Jules Dassin est contraint d’interrompre sa carrière hollywoodienne après avoir achevé le tournage de Night and the City (Les Forbans de la nuit, 1950) en Angleterre. Il émigre peu de temps après en France, et se voit proposer en 1954 d’écrire et de réaliser l’adaptation de Du rififi chez les hommes.




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