Le Film étranger

5 FINGERS (L’Affaire Cicéron) – Joseph L. Mankiewicz (1952)

L’Affaire Cicéron (5 Fingers,1952) est le plus beau film d’espionnage de l’histoire du cinéma. Moment spectaculaire : durant la Seconde Guerre Mondiale, un espion est en train de photographier des documents. Tôt matin, pour éviter l’alarme d’un coffre-fort, il a débranché le système électrique. Mais voilà que, dans la pièce voisine, une femme de ménage surgit. Elle demeure perplexe lorsqu’elle n’entend pas le bruit de son aspirateur. Que se passe-t-il ? Elle s’interroge, réfléchit, comprend, s’active… L’espion parviendra-t-il à ses fins, avant qu’elle ne rebranche le courant ? Suspense total, digne d’Alfred Hitchcock… Cet espion, baptisé « Cicéron » par les services secrets allemands a existé. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, on apprend, en effet, que le valet de chambre turc de l’ambassadeur du Royaume-Uni à Ankara a fourni aux nazis, moyennant finances, le plan du futur débarquement en Normandie. Information que les Allemands refusent d’utiliser, croyant à un coup monté… C’est L.C. Moyzisch, l’officier traitant de Cicéron, qui révèle cet incroyable imbroglio dans un livre dont le tout puissant patron de la Fox, Darryl F. Zanuck, achète aussitôt les droits. Il fait écrire un scénario pour l’un des solides techniciens dont il dispose : Henry Hathaway, en l’occurrence. Mais Joseph L. Mankiewicz s’intéresse au projet. Personne ne lui refuse rien à Hollywood depuis ses deux Oscars successifs de meilleur metteur en scène pour Chaînes conjugales, en 1949, et pour Eve en 1950. Seule exigence de Zanuck vis-à-vis d’un réalisateur dont il se méfie (trop intelligent, trop cultivé, trop indiscipliné) : le titre devra comporter un nombre, à l’instar de quelques succès commerciaux de la Fox. Contre l’avis de son réalisateur, Zanuck impose 5 Fingers (Cinq doigts)…

Ce sont les rapports de force entre les êtres qu’il va détailler avec sa verve coutumière. Dès la première scène – une réception à Ankara où doivent assister, sans se croiser, deux ambassadeurs ennemis –, le ton est donné : le monde est un théâtre absurde où s’agitent des imbéciles et des nostalgiques, condamnés, les uns par leur aveuglement, les autres par leur lucidité. Certes, comme tout grand cinéaste, Mankiewicz éprouve une vraie tendresse pour ses deux principaux personnages : Diello, alias Cicéron, (James Mason), parce qu’il est un perdant né croyant encore pouvoir devenir ce qu’il veut être. Et la comtesse Staviska (Danielle Darrieux) qui, elle, ayant déjà tout perdu, se bat avec ses armes, tel un charmant fantôme du passé, pour survivre dans un monde qui ne veut plus d’elle. Ces deux égarés pourraient s’épauler. Mais non : entre eux, nulle entente, nulle complicité. Ces deux-là ne s’aiment pas. Peut-être la comtesse est-elle – vaguement, très vaguement – attirée sexuellement par Diello, mais il reste, à ses yeux, un valet qu’elle méprise de tout de son être. Quant à lui, s’il désire cette femme, c’est parce qu’elle est le symbole d’un monde dont il rêve, mais qui l’ignore. D’où leurs rapports sadomasochistes, à la fois électriques, intranquilles, mais forcément excitants. Après avoir proposé à la comtesse une association financière qu’elle accepte, Diello, pas vraiment doué pour le marivaudage, se permet de l’embrasser, ce qui lui vaut, instantanément, une gifle. Parce qu’il s’est trompé de rôle, lui explique-t-elle. « Parce que vous avez agi en domestique. Comme un être qui se croirait inférieur et qui essaierait d’acheter ce qu’il penserait ne pas mériter » … L’Affaire Cicéron se clôt sur le rire James Mason. Enorme. Tonitruant. Communicatif. A lui seul, il résume tout Mankiewicz. Sa dérision permanente. Son amusement et son désespoir à l’idée qu’entre les hommes, le mensonge est la seule vérité possible. Dans ce film encore plus féroce que les autres, il contemple des pièges qui se referment sur ceux qui les ont ourdis. [Pierre Murat – Télérama – novembre 2019]


C’est auréolé de récompenses que Joseph L. Mankiewicz part en août 1951 tourner 5 Fingers en Turquie. Le film marque la fin du contrat qui le liait à la 20th Century-Fox. Mankiewicz va désormais chercher à devenir son propre producteur afin d’être totalement indépendant et pouvoir également assurer la mise en scène de pièces aussi bien que de films. Le pari est particulièrement risqué.

Le 12 mai 1951, Mankiewicz avait remarqué le scénario de 5 Fingers et écrit à Darryl F. Zanuck pour lui proposer de réécrire le scénario et de diriger le film. Il ajoutait : « Vu le peu de temps restant sur mon contrat, je ne pense pas que mon salaire serait prohibitif. » Ce souhait de Mankiewicz arrangeait Zanuck, mais pas du tout Henry Hathaway qui devait réaliser le film : « Dans 5 Fingers, déclara-t-il, il y avait ce valet qui avait photographié des documents très secrets et il les vendait aux Russes ou aux Allemands. J’ai dit : « C’est un homme méprisable qui ne le fait que pour l’argent. » J’avais une très riche comtesse qu’il savait être ruinée mais qui faisait front. L’idée du valet était que s’il avait assez d’argent pour prendre soin d’elle, il pourrait obtenir ses faveurs. En réalité, il était amoureux d’elle. Qu’il les obtienne ou non, il voulait le faire parce qu’il savait qu’elle était déchue et il voulait lui donner l’argent qui lui permettrait de vivre comme elle en avait eu l’habitude. Il n’avait que faire de n’être qu’un valet ; il l’aimait. C’est pour cela qu’il a agi. J’ai travaillé dans ce sens et j’ai oublié qui a travaillé sur l’histoire ; c’est devenu parfait. J’ai alors reçu un jour un coup de téléphone de Zanuck qui m’a dit : « J’ai un problème. Il reste quatre mois sur le contrat de Joe Mankiewicz » – Joe Mankiewicz qui venait juste d’obtenir deux Oscars pour A Letter to Three Wives (Chaînes conjugales) et All About Eve (Eve) – « Il n’y a aucune possibilité qu’il puisse écrire un sujet et le diriger. Et il ne renouvellera pas son contrat parce qu’il a une offre de la MGM, une offre que je ne peux égaler, que je ne veux pas égaler ; ils ont des vedettes, là-bas, et lui, il a plein d’idées le concernant. De toute façon, il l’a lu, l’a aimé et il fera le scénario. » J’ai dit : « Quel scénario ? » Il a répondu : « 5 Fingers. » J’ai dit : « Nom de Dieu! » Il a dit : « Henry, est-ce que vous réalisez ce que c’est pour moi d’avoir un autre film de Mankiewicz ? Il le fera en quatre mois ; il aura juste l’argent pour le réaliser. Il l’ aime et il le réussira. J’aurais ainsi un autre film de lui, sans cela je n’aurais rien pour mon argent. Vous devez jouer le jeu de la compagnie et le lui donner. » Alors j’ai dit: « D’accord. » » Cette déclaration de Henry Hathaway est très intéressante car même si la mémoire de ce dernier manque parfois d’exactitude, il semble d’après ce que dit le cinéaste que l’histoire se résumait à l’amour de Diello pour la comtesse, un amour qui le poussait à trahir celui qui l’employait. On peut penser que l’aspect qui demeure aujourd’hui primordial et passionnant dans le film de Mankiewicz, à savoir le jeu de dupes entre tous les protagonistes du film, les rapports de classe, de valet à maîtresse, est essentiellement dû à Mankiewicz.

De son côté, James Mason a raconté à propos du film : « Un valet albanais était employé par l’ambassadeur de Grande-Bretagne à Ankara durant la guerre. Bien évidemment, l’ambassadeur n’a jamais douté de la loyauté de l’homme. Il savait se rendre utile et était d’une compagnie agréable ; ce qui était une chose importante. L’ambassadeur aimait jouer du piano, mais comme le piano de l’ambassade n’était pas parmi les meilleurs, il se rendait avec son valet à la station de radio où il y avait un meilleur instrument. Parfois, il encourageait le valet, qui avait une excellente voix de baryton, à chanter. Mais il ne pouvait y avoir dans le film des scènes de ce genre, puisqu’il s’agissait des exploits de Cicéron en tant qu’espion. Michael Wilson avait fait un excellent scénario à partir de cette remarquable histoire, scénario que Joe Mankiewicz a embelli avec ironie lorsque Zanuck l’a nommé réalisateur alors qu’Hathaway avait déjà fait la majeure partie de la préparation. »

Mankiewicz ne signe pourtant pas le scénario, crédité au seul Michael Wilson. Lorsqu’on connaît le peu d’ironie qu’ont d’habitude les scénarios de Wilson, d’Une Place au soleil au Chevalier des sables, de La Loi du seigneur à Che!, on devine le rôle considérable joué par Mankiewicz dont l’humour et la causticité éclatent dès la première scène entre l’ambassadeur du Japon et von Papen, alors qu’ils écoutent une cantatrice chanter du Wagner. Selon son habitude, Darryl F. Zanuck surveille de près le travail de préparation du film. Le 7 novembre 1950, avant même que Mankiewicz soit choisi, il déclare à Otto Lang, le producteur, et à Michael Wilson : « Le héros de notre histoire doit être Cicéron, l’espion. À la fin, les Alliés le poursuivent et les nazis le poursuivent et il est possible de faire en sorte que le public espère le voir leur échapper… Cicéron est un personnage apolitique. Il n’a aucune haine pour l’Allemagne, ni non plus d’amour. Il n’en veut à personne. Nous devons montrer que ce personnage n’a n’y animosité, ni frustration, ni désir de vengeance. Il n’a qu’un désir, qu’une ambition : gagner assez d’argent pour pouvoir se retirer. »

Une fois encore, l’arrivée de Mankiewicz sera déterminante, en développant les rapports entre Diello et Anna. Le 11 septembre 1951, alors même que Mankiewicz a déjà commencé le tournage du film, assurant sans doute la réalisation des scènes nécessitant des doublures, Zanuck écrit à Otto Lang et à Mankiewicz : « J’ai lu à nouveau ce matin le scénario définitif de 5 Fingers et après avoir beaucoup réfléchi à propos de la fin, je suis absolument persuadé que nous pouvons, sans nuire à la qualité du film, faire une succession de coupes. Ces coupes sont simples et précises. Si nous avons après la fin du tournage besoin de ces scènes, nous les réaliserons alors. Ces séquences vont nous faire gagner trois ou quatre jours de tournage et vous devez prendre en considération le fait que nous sommes terriblement en dépassement en ce qui concerne la durée, que nous allons dépasser le plan de tournage et que le film coûtera certainement plus cher que prévu. Je n’ai pas d’autre choix dans cette situation… » Les coupes toucheront essentiellement la fin, la poursuite de Travers et ses agents pour attraper Diello. La version actuelle montre très rapidement Travers voyant partir le bateau avec Diello, la scène suivante montrant Diello à Rio de Janeiro. L’enchaînement est tellement parfait que l’on ne peut semble-t-il que donner raison à Zanuck.

Le producteur du film est par ailleurs Otto Lang, qui était à Sun Valley le professeur de ski de Darryl F. Zanuck. On s’est souvent moqué de ce choix, mais il convient de rappeler à ce propos qu’Otto Lang n’en était pas complètement à ses débuts puisque, quatre ans plus tôt, il avait été le producteur de l’excellent Carrefour de la mort (Kiss of Death) d’Henry Hathaway, avec Victor Mature et Richard Widmark. On peut par ailleurs se demander pourquoi Mankiewicz ne cosigne pas aux côtés de Michael Wilson le scénario du film. Darryl F. Zanuck voulait-il éviter que Mankiewicz continue à faire perdurer le couple réalisateur scénariste ? Mais à partir du moment où Mankiewicz avait décidé de ne pas renouveler son contrat, ce n’était plus un inconvénient. Était -ce pour permettre à Michael Wilson, déjà menacé par la chasse aux sorcières, de pouvoir affirmer une ultime fois ses qualités et son habileté de scénariste ? Toutes les hypothèses sont possibles…

Le film raconte donc l’histoire parfaitement invraisemblable mais totalement véridique du valet de l’ambassadeur de Grande-Bretagne à Ankara en possession des secrets de l’opération Overlord. Le scénario s’écarte un peu du livre de L. C. Moyzisch en faisant intervenir deux nouveaux personnages : Travers, un personnage d’ailleurs parfaitement plausible, et celui de la comtesse Staviska.

Tandis que Travers affirme avec humour que « le contre-espionnage est la forme la plus haute du commérage », et que Diello apprécie le nom de code que lui ont donné les Allemands (« Cicéron. Un homme noble, éloquent et… insatisfait. J’aime ce nom »), du début jusqu’à la fin, le film va se présenter comme un éblouissant jeu de dupes :
– l’ambassadeur de Grande-Bretagne, joué par Walter Hampden qui incarnait dans Eve le vieux comédien qui remettait le Sarah Siddons Award à Eve Harrington, ne se rend pas compte que son fidèle Diello vend aux Allemands les documents secrets qu’il a pris dans son coffre et photographiés (certains ont pensé que l’ambassadeur entretenait une relation plus qu’amicale avec son valet… ) ;
– les Allemands sont incapables d’utiliser à bon escient les documents que leur procure Diello, persuadés jusqu’au bout qu’il s’agit là d’une opération d’intoxication des services secrets britanniques ;
– la comtesse Staviska trahit Diello, s’empare de l’argent que ce dernier avait amassé et le dénonce à la fois aux Allemands comme un espion anglais et aux Anglais comme un espion allemand… ;
– la comtesse ne bénéficiera pas de l’argent volé puisqu’il va s’avérer être de la fausse monnaie ;
– et Diello lui-même, qui rêvait de vivre comme un homme richissime à Rio de Janeiro, découvre que les Allemands l’ont payé en fausses livres sterling (ce dernier élément est parfaitement authentique, et, à la fin de la guerre, le véritable Cicéron, Elyasa Bazna, tentera même d’obtenir du gouvernement de Bonn le paiement des dettes du régime hitlérien… ) .

Dans ce monde où chacun dupe l’autre, il n’est par conséquent pas anormal que le film se termine par une succession d’éclats de rire, ceux de Diello jetant au vent les fausses livres sterling faites par les Allemands de même que von Richter avait jeté au vent, un peu plus tôt, les authentiques plans de l’opération Overlord. Diello a été victime de ses relations avec la comtesse Staviska alors qu’il avait lui-même déclaré, à propos des espions : « Aucun espion n’a eu à vendre ce que j’ai à vendre. De plus ce sont des patriotes, des libéraux frustrés ou des victimes de chantage dont les émotions affaiblissent leur sens des affaires. » Mais, pour son malheur, sa prudence avait laissé peu à peu la place à la confiance .

Comme tous les plus grands films de Mankiewicz, d’Eve au Limier, de Cléopâtre à La Comtesse aux pieds nus, sans oublier ni Un Mariage à Boston, Un Américain bien tranquille ou encore Dragonwyck, 5 Fingers joue sur les rapports de castes. Moyzisch n’apparaît que comme un benêt face à l’aristocrate von Papen, interprété à la perfection par John Wengraf, et, surtout, Diello ne bénéficiera que très brièvement de la reconnaissance sociale à laquelle il avait tant aspiré : valet il était, pauvre il restera, avec ses fausses livres sterling. Inversement, la comtesse, bien que désargentée, demeure malgré tout une aristocrate que le puissant von Papen se plaît lui-même à servir au début du film. Diello connaît bien la comtesse, ayant été le valet de son mari. Il compte se servir d’elle et lui révèle qu’il va bientôt se trouver à la tête d’une petite fortune et qu’il aurait besoin d’elle. S’ensuit un vertigineux dialogue qui témoigne de l’ambiguïté des rapports de force entre maîtresse et valet. Diello et Anna savent désormais qu’ils ont besoin l’un de l’autre, mais Diello a le tort d’avoir trop confiance et de sous-estimer sa partenaire.

Le décor est celui de cette Europe des Balkans souvent si chère au cinéma, de Journey into Fear à The Mask of Dimitrios, où la guerre exacerbe les problèmes entre les différentes ethnies. Le véritable Cicéron, lui, avait travaillé à l’ambassade d’Allemagne avant de se faire engager à celle d’Angleterre. Dans cet univers, tout semble possible y compris, et ce fut réellement le cas, que des documents ultra-secrets concernant l’opération OverIord se trouvent dans le coffre de l’ambassadeur d’Angleterre, qui n’était guère le plus concerné.

Durant le tournage, Mankiewicz rencontra Elyasa Bazna qui lui offrit ses services. Le cinéaste l’éconduit, avouant par la suite avoir trouvé l’homme particulièrement antipathique. Le talent de Mankiewicz est tout aussi évident dans les superbes scènes dialoguées entre Anna et Diello ou les réflexions acerbes de von Papen confronté aux nouveaux seigneurs du Reich – des « juvéniles délinquants » dit -il – que dans les pures scènes d’espionnage, notamment celle au cours de laquelle Diello s’arrange pour couper le courant avant que la femme de ménage change les plombs et provoque la mise en route de l’alarme.

Quant à la fin, elle est aussi inoubliable que celle d’All About Eve. Nous sommes à Rio. Diello est devenu le senior Antonini. Il écoute Monsieur Lenoble de Michel Emer – « T’as pas profité de ta chance/Mon ami, mon ami/Tu avais trop confiance/C’est fini, c’est fini .. » -, puis Adieu mon cœur de Henri Contet et Marguerite Monnot – « Adieu mon cœur/On te jette au malheur/Tu n’auras pas mes yeux/Pour mourir… » -, une chanson que l’on entendait déjà chez la comtesse. On remarquera au passage que ces deux chansons sont en fait anachroniques par rapport à l’histoire, puisque datant respectivement de 1948 et de 1946. Elles furent toutes les deux interprétées par Édith Piaf.

Le titre 5 Fingers a par ailleurs été l’objet de diverses interprétations. Mankiewicz donna l’explication suivante : « À l’époque, la Fox avait produit plusieurs films dont le titre comportait un chiffre ou un nombre, mais il n’y avait pas encore eu de cinq. Je suppose que Zanuck a pensé que c’était dommage. Il devait aimer le chiffre cinq ! Quant aux doigts, je ne sais pas à qui ils sont ! » Et, en effet, il y avait déjà eu 13 Rue Madeleine, Call Northside 777 et The House on 92nd Street, sans oublier Fourteen Hours, quatre films d’Henry Hathaway. Mais James Mason avança une autre raison : « Zanuck ne voulait pas d’un titre comportant le nom Cicero parce qu’il croyait que pour un spectateur américain le nom ne pouvait se référer qu’à un faubourg de Chicago qui était bien connu pour avoir été le berceau du gangstérisme. Il choisit lui-même un autre titre, qui à ses yeux signifie l’avidité. » Toujours est -il que, tout au long du film, Mankiewicz renvoie dos à dos Anglais et Allemands, méprisant le nazisme de ces derniers et l’inconscience des premiers. Et face à une Danielle Darrieux remarquable, James Mason est l’éblouissant interprète de ce jeu de dupes.



L’histoire

Ankara, capitale de la Turquie neutre, mars 1944. Diello, le valet de chambre de l’ambassadeur du Royaume-Uni, propose à Moyzisch, un attaché de l’ambassade du Troisième Reich, de lui vendre des microfilms de documents britanniques classés top-secret. Dubitatifs, Moyzisch et ses supérieurs acceptent, tout en craignant un piège. Ils donnent au domestique le nom de code « Cicéron », vantant son éloquence équivalente au célèbre orateur romain1. La première livraison, annonçant les lieux et dates de bombardements, se révèle authentique. Le marché se poursuit alors. Ayant besoin d’une façade pour masquer ses discrets rendez-vous, le valet paie Anna Slaviska, une comtesse polonaise aujourd’hui ruinée et dont il fut jadis le valet de chambre, et la charge d’organiser des soirées mondaines où la diplomatie allemande pourra officiellement se rendre. Diello pense ainsi amasser une petite fortune en peu de temps et fuir ensuite en Amérique du Sud avec Anna. Pendant ce temps, les Britanniques s’aperçoivent qu’il y a une fuite dans leurs services et envoient un agent du contre-espionnage…


Joseph L. Mankiewicz sur le tournage de 5 FINGERS avec James Mason et Danielle Darrieux

JOSEPH L. MANKIEWICZ
En 20 films, et autant de chefs-d’œuvre, Joseph L. Mankiewicz s’est installé au panthéon des plus grands réalisateurs hollywoodiens. Après avoir été dialoguiste et producteur, il met en scène ses propres scénarios, écrits d’une plume vive et acérée. Il fait tourner les plus grands, décortique les rapports humains et moque avec finesse les différences sociales.


Les extraits

DRAGONWYCK (Le Château du dragon) – Joseph L. Mankiewicz (1946)
1844. Miranda Wells (Gene Tierney) quitte sa famille du Connecticut pour rejoindre son riche cousin Nicholas Van Ryn (Vincent Price) qui vit avec sa femme dans la sombre demeure de Dragonwyck. Van Ryn traite ses métayers avec la dureté de ses ancêtres et souffre parallèlement du fait que sa femme, Johanna (Vivienne Osborne), a été incapable de lui donner un héritier mâle. Johanna tombe bientôt malade et meurt. Peu de temps après, Nicholas demande à Ephraim Wells (Walter Huston), le père de Miranda, la main de sa fille…

SOMEWHERE IN THE NIGHT (Quelque part dans la nuit) – Joseph L. Mankiewicz (1946)
Réalisé par Joseph L. Mankiewicz, Somewhere in The Night (Quelque part dans la nuit) place la figure du détective privé dans le dispositif des films sur les amnésiques. Sa forme repose sur les transcriptions visuelles de l’angoisse d’un homme sans mémoire qui cherche l’individu susceptible de l’éclairer sur son passé, puis découvre avec stupeur que celui qu’il veut retrouver n’est autre que lui-même. Et qu’il est un détective privé qu’on soupçonne de vol et d’assassinat.

THE GHOST AND MRS. MUIR (L’Aventure de Mme Muir) – Joseph L. Mankiewicz (1947)
on Berkeley Square et The House on the Square. Il s’agit d’une nouvelle adaptation de la pièce de John L. Balderston Berkeley Square, inspirée par The Sense of the Past d’Henry James.

A LETTER TO THREE WIVES (Chaînes conjugales) – Joseph L. Mankiewicz (1949)
Un samedi de mai, Deborah, Lora Mae et Rita délaissent leurs maris pour organiser un pique-nique sur les bords de la rivière avec un groupe d’enfants orphelins. Juste avant d’embarquer sur le bateau, elles reçoivent une lettre : Addie Ross leur apprend qu’elle a quitté la ville avec le mari de l’une d’entre elles. Pendant la promenade, chacune s’interroge pour savoir s’il s’agit du sien…

ALL ABOUT EVE (Ève) – Joseph L. Mankiewicz (1950)
Le 23 mars 1950, les Academy Awards (Oscars) sont décernés pour les films sortis l’année précédente. Joseph L. Mankiewicz est l’un des grands triomphateurs de la soirée, puisqu’il obtient, pour A Letter to Three Wives (Chaînes conjugales), l’Oscar du meilleur scénario et celui de la meilleure mise en scène de l’année. C’est une véritable consécration. Trois semaines plus tard, il commence le tournage d’All About Eve, le film le plus célèbre de sa période Fox

PEOPLE WILL TALK (On murmure dans la ville) – Joseph L. Mankiewicz (1951)
1951 est l’année la plus prestigieuse de la carrière de Joseph L. Mankiewicz, qui, pour All About Eve (Eve), va obtenir en quelques semaines les Oscars du meilleur film, du meilleur réalisateur,  et du meilleur scénario adapté. La cérémonie des Oscars a lieu le 29 mars. À ce moment-là, Mankiewicz a débuté depuis neuf jours le tournage de People Will Talk, sans aucun doute son film le plus curieux. L’intrigue présente une grossesse non désirée, un souhait d’avortement, une tentative de suicide et une commission d’enquête sur fond de délation, tout ceci dans une atmosphère qui oscille entre la comédie et le drame.

THE BAREFOOT CONTESSA (La Comtesse aux pieds nus) – Joseph L. Mankiewicz (1954)
Il y a des films qui tombent sous le sens. Des films que rien ni personne ne peuvent enfermer dans une langue définitive ou livrer aux limbes de l’oubli. Tout a été dit sur le cinéma de Joseph L. Mankiewicz. A peu de choses près. mais cette comtesse qui s’avance pieds nus depuis l’année 1954 garde dans nos coeurs une place à part, une place de choix, une place que bien des films voudraient lui prendre.

GUYS AND DOLLS (Blanches colombes et vilains messieurs) – Joseph L. Mankiewicz (1955)
Guys and dolls a été joué à Broadway à partir du 21 novembre 1950, au théâtre de la 46e rue. Samuel Goldwyn est l’un des spectateurs de la première et, avant même la fin du second acte, il a décidé de produire une adaptation cinématographique du spectacle. Ce ne sera pourtant qu’en 1954 qu’il parviendra enfin à acquérir les droits tant convoités. Il l’emportera sur ses rivaux en garantissant un million de dollars plus 10 % des bénéfices au-dessus de dix millions de dollars. Un engagement considérable qui rend, dès le départ, le succès financier du film très problématique




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