Follow the Fleet (En suivant la flotte) est le deuxième film pour lequel Irving Berlin compose spécialement des chansons pour Fred Astaire et Ginger Rogers, et le moins que l’on puisse dire est que cette association offre de bons résultats. Outre que le film connaît un grand succès au box-office (ce sera le plus rentable du tandem après Top Hat, sa bande originale comporte de nouvelles pépites. En particulier Let Yourself Go, I’m Putting all My Eggs in One Basket et Let’s Face the Music and Dance, trois chansons popularisées par le film et qui deviendront des succès de radio quand Fred Astaire les réenregistrera en solo dans les mois qui suivent. Ce sont aujourd’hui des standards de jazz, qui ont été repris par d’innombrables chanteurs… Irving Berlin a aussi composé pour le film des morceaux moins célèbres, comme We Saw The Sea, I’d Rather Lead A Band et But Where Are You ?, et a même réussi à « recaser » Get Thee Behind Me Satan, chanson destinée à Ginger Rogers dans Top Hat (Le Danseur du dessus) et finalement supprimée. Interprété dans Follow the Fleet par Harriet Hilliard, ce titre romantique sera censuré en Angleterre pour sa référence « choquante » au maître des Enfers…



Au moment où Top Hat triomphe en salles, la RKO a déjà mis en chantier un nouveau film avec Fred Astaire et Ginger Rogers. Jouant la sécurité, le producteur Pandro S. Berman a engagé pour ce cinquième opus certains des artisans de leur précédent succès : le compositeur Irving Berlin, le réalisateur Mark Sandrich, et les scénaristes Dwight Taylor et Alan Scott. Ces derniers se voient chargés cette fois d’adapter une pièce de 1922, Shore Leave. Bien sûr, le scénario doit conserver le ton de celui de Top Hat, et ménager de la place pour les chansons de Berlin. Souhaitant en outre réunir le quatuor de stars de Roberta, le producteur emprunte Randolph Scott à la Paramount, mais il s’avère qu’Irene Dunne n’est pas disponible. Berman engage alors la blonde Harriet Hilliard, à qui il demande de teindre ses cheveux en brun afin de se démarquer de sa « sœur » Ginger Rogers. Deux jeunes actrices appelées à faire de belles carrières rejoignent également le casting : Lucille Ball, qui joue la flegmatique Kitty, et Betty Grable, la chanteuse blonde du trio qui accompagne Ginger.



Les répétitions des numéros musicaux, qui doivent prendre plusieurs semaines, commencent dès le mois de septembre 1935. Travaillant comme d’habitudes avec Hermes Pan, Fred Astaire met au point de nouvelles chorégraphies pour les différentes chansons écrites sur mesure par son ami Irving Berlin. Infatigable et perfectionniste, il passe des heures à répéter ses propres numéros, mais aussi ceux pour lesquels il danse avec Ginger Rogers. Laquelle, épuisée, finit par se mettre en grève : elle quitte le plateau et fait dire par sa mère, qui est son imprésario, qu’elle ne reviendra que si on augmente son salaire et qu’on cesse de privilégier son partenaire dans les publicités du studio. Obtenant gain de cause, l’actrice reprend les répétitions au bout de deux jours – notamment celles du numéro de claquettes qu’elle doit exécuter en solo (pour la première et unique fois de sa collaboration avec Astaire). Sans doute sa grève-surprise n’est-elle pas étrangère à la décision de la RKO d’intégrer un tel numéro…



Bien qu’il vienne déjà d’écrire plusieurs « tubes » pour Top Hat, Irving Berlin se montre tout aussi inspiré pour la bande originale de Follow the Fleet. Ses mélodies entraînantes et ses paroles sophistiquées correspondent parfaitement au style d’Astaire et Rogers, et ces derniers prennent un plaisir évident à les interpréter – en particulier Let Yourself Go, chanté malicieusement par Ginger, I’m Putting all My Eggs in One Basket, qui donne lieu à un duo comique, et Let’s Face the Music and Dance, dont le tournage est émaillé par une nouvelle mésaventure causée par la robe choisie par Ginger. Cette fois, ce ne sont pas les plumes qui posent problème, comme sur le plateau de Top Hat, mais ses manches lourdement lestées. Lors de la première prise, l’une d’elles heurte violemment le visage d’Astaire, qui, un peu sonné, parvient tout de même à danser jusqu’au bout de ce long plan-séquence de deux minutes. Persuadé que la prise est ratée, l’acteur en fait tourner vingt -deux autres, mais c’est finalement la première qui figure dans le film. Astaire ne se formalisera pas outre mesure de cet incident – peut-être parce qu’il a lui-même blessé Randolph Scott en lui assénant un vrai coup de poing dans leur scène de bagarre… [Collection Comédies musicales – En suivant la flotte – Eric Quéméré (n°47)]



L’histoire
À l’occasion du mouillage de la flotte dans le port de San Francisco, Bake Baker (Fred Astaire), un des matelots, ancien danseur, revoit son ex-partenaire dans un club de la ville. Sherry Martin (Ginger Rogers) et lui se remémorent le bon vieux temps en gagnant un concours de danse, puis Bake fait la connaissance de Connie Martin (Harriet Hilliard), la sœur de Sherry. La flotte appareille à nouveau et ne revient à San Francisco que six mois plus tard, donnant enfin l’occasion à Bake de renouer avec son ancien métier auprès de Connie et Sherry.
Programme musical (sélection)
Written by Irving Berlin
Dance performed by Ginger Rogers
Written by Irving Berlin
Dance performed by Ginger Rogers and Fred Astaire
Written by Irving Berlin
Song performed by Fred Astaire
Dance performed by Fred Astaire and chorus
Written by Irving Berlin
Song and dance performed by Fred Astaire and Ginger Rogers
Written by Irving Berlin
Song performed by Fred Astaire
Dance performed by Fred Astaire and Ginger Rogers

LA COMÉDIE MUSICALE
La comédie musicale a été longtemps l’un des genres privilégiés de la production hollywoodienne, et probablement le plus fascinant . Né dans les années 1930, en même temps que le cinéma parlant, elle témoigna à sa manière, en chansons, en claquettes et en paillettes, de la rénovation sociale et économique de l’Amérique. Mais c’est dix plus tard, à la Metro-Goldwyn-Mayer, que sous l’impulsion d’Arthur Freed la comédie musicale connut son véritable âge d’or, grâce à la rencontre de créateurs d’exception (Vincente Minnelli, Stanley Donen) et d’acteurs inoubliables (Fred Astaire, Gene Kelly, Judy Garland, Cyd Charisse, Debbie Reynolds). Par l’évocation de ces années éblouissantes à travers les films présentés, cette page permet de retrouver toute la magie et le glamour de la comédie musicale.

MARK SANDRICH
Malgré sa disparition prématurée, le cinéaste a laissé derrière lui une longue filmographie, qui compte notamment cinq des dix films ayant réuni Fred Astaire et Ginger Rogers. Parcours d’un passionné. Si l’on en juge par l’exemple de Mark Sandrich, les études de physique peuvent mener à tout, y compris au cinéma.

IRVING BERLIN
Aux États-Unis, son God Bless America en a fait un héros national. Mais on doit aussi au compositeur des succès comme Say It Isn’t So, Easter Parade Parade de Printemps), et l’inusable White Christmas (L’Amour chante et danse).




FRED ASTAIRE
La longue carrière de Fred Astaire est désormais entrée dans la légende ; son exceptionnel génie de danseur ne l’a toutefois pas empêché d’être aussi un excellent acteur.

LE MYTHE GINGER ET FRED
Dans les années 1930, la RKO révolutionne la comédie musicale grâce à deux artistes qui, de Carioca (Flying Down to Rio) à La Grande Farandole (The Story of Vernon and Irene Castle), vont s’imposer comme les maîtres du genre.

GINGER ROGERS
Quand elle commença à travailler avec Fred Astaire, Ginger Rogers était totalement inconnue mais elle était déjà poussée par une grande ambition qui lui venait en partie du tempérament très volontaire de sa mère. Il n’est donc pas surprenant qu’elle ait cherché, très tôt – en tout cas plus rapidement que son prestigieux partenaire – à s’affirmer au cinéma autrement que par la danse.





LUCILLE BALL
L’actrice qui incarne la danseuse Kitty dans Follow the Fleet n’est autre que Lucille Ball (1911-1989), devenue vingt ans plus tard une icône de la télévision grâce à la série I Love Lucy. Ancienne danseuse de Broadway, la jeune Lucille tient des petits rôles à la RKO, avant de se faire remarquer dans Pension d’artistes (Stage Door, 1937). La MGM en fait ensuite la vedette de comédies musicales comme La Du Barry était une dame (Du Barry was a Lady, 1943) et Best Foot Forward (1945). Mais c’est avec la sitcom I Love Lucy (1951 ), et ses nombreuses suites, qu’elle deviendra une actrice légendaire aux États-Unis.

HARRIET HILLIARD
Née en 1909 et disparue en 1994, Peggy Lou Snyder doit à des parents comédiens d’avoir débuté très tôt sur scène. Elle tourne son premier film en 1932, année où elle chante dans le groupe du saxophoniste Ozzie Nelson, qui la rebaptise Harriet Hilliard. L’actrice tourne une dizaine de films entre 1936 et 1944, mais c’est la radio qui en fait une vedette aux côtés de Nelson, devenu son mari. Leur émission The Adventures of Ozzie and Harriet en 1952 une sitcom à succès, dans laquelle jouent également leurs deux fils (dont la rock star Ricky Nelson).

SHALL WE DANCE (L’Entreprenant M. Petrov) – Mark Sandrich (1937)
Comment continuer à attirer le public dans les salles quand on lui a déjà proposé coup sur coup six films de Fred Astaire et Ginger Rogers, dont quatre reposant sur des chansons d’Irving Berlin et de Jerome Kern ? Débordant de fantaisie et de romance, ce film de 1937 associe aux talents de Fred Astaire et Ginger Rogers ceux d’Ira et George Gershwin. Sans pour autant attirer les foules.

CAREFREE (Amanda) – Mark Sandrich (1938)
Sortie aux États-Unis le 2 septembre 1938, la huitième comédie musicale de Fred Astaire et Ginger Rogers leur permet de danser une fois encore sur les belles mélodies d’Irving Berlin.

THE BARKLEYS OF BROADWAY (Entrons dans la danse) – Charles Walters (1949)
Confirmant sa suprématie dans le genre musical, la MGM orchestre en 1949 le retour à l’écran des légendaires Fred Astaire et Ginger Rogers, qui menaient depuis dix ans une carrière solo.
RANDOLPH SCOTT
George Randolph Scott naît en janvier 1898 au sein d’une riche famille de Virginie. Après une scolarité effectuée dans les meilleurs établissements, il s’engage durant la Première Guerre. Athlète complet, il se prépare ensuite à une carrière de footballeur, mais une blessure l’oblige à abandonner ce rêve. li se tourne alors vers le cinéma, où il débute en 1928 grâce au producteur Howard Hughes, une relation de son père. Se contentant d’abord d’apparitions, Randolph Scott obtient au cours des années 1930 des rôles plus conséquents. Son charme et sa distinction naturelle lui valent de donner la réplique à des stars comme Irene Dunne (Roberta, La Furie de l’or noir, Mon épouse favorite), Mae West (Go West, Young Man), et Shirley Temple (Mam’zelle vedette, Susannah). L’acteur connaît également en 1936 son premier succès personnel dans Le Dernier des Mohicans. Trois ans plus tard, il est pressenti pour jouer Ashley dans Autant en emporte le vent, mais le rôle lui échappe finalement.


Randolph Scott est également connu à l’époque pour sa relation avec Cary Grant. Officiellement colocataires, les deux acteurs) qui se sont rencontrés en 1932 lors du tournage de Hot Saturday, partagent une maison dans laquelle ils n’hésitent pas à poser ensemble pour les magazines. Sous la pression des studios, Scott épouse en 1936 Marion duPont, une millionnaire avec qui il n’habite pas et dont il divorce trois ans plus tard (Grant s’est également marié brièvement en 1934). Les deux hommes finissent par se séparer au bout de douze ans, et Scott épouse en 1944 Patricia Stillman, avec qui il adoptera deux enfants, et avec qui il vivra jusqu’à sa mort. Parallèlement, la carrière de l’acteur prend un nouveau tournant : il devient dans les années 1940 le héros buriné d’une série de westerns qui connaissent un énorme succès, et font de lui un rival de John Wayne. Il tourne notamment sept films avec le cinéaste Bud Boetticher, dont L’Homme de l’Arizona et La Chevauchée de la vengeance. Après Coups de feu dans la sierra, de Sam Peckinpah, l’acteur, devenu milliardaire, décide de prendre sa retraite. Il décédera à Beverly Hills le 2 mars 1987, trois mois après Cary Grant, dont il était resté l’ami.


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Catégories :La Comédie musicale

