Il y a des films qui semblent avoir été tournés pour être revus en été. To Catch a Thief (La Main au collet) appartient à cette catégorie rare : un Hitchcock solaire, presque hédoniste, où la Riviera devient un laboratoire de formes, de couleurs et de faux-semblants. En août 2017, je consacrais une publication à ce film singulier dans la carrière du maître. Neuf ans plus tard, l’occasion est idéale pour le redécouvrir et pour revisiter cette analyse qui interrogeait la place du film dans l’histoire hitchcockienne.

1955 : Hitchcock sort de la période la plus sombre de son œuvre (Strangers on a Train, Rear Window), et s’apprête à entrer dans une décennie où la stylisation, la couleur et la sophistication narrative vont atteindre leur apogée (Vertigo, North by Northwest, Psycho). To Catch a Thief occupe une position charnière : film de respiration, mais aussi film de laboratoire. Ce n’est pas un “petit Hitchcock”, mais un Hitchcock qui expérimente autrement.

Ce que l’on prend souvent pour un simple décor touristique (Cannes, Nice, Monaco) est en réalité un territoire de mise en scène. La lumière écrasante, les couleurs saturées, les villas perchées, les routes en corniche : tout concourt à créer un espace où le danger se dissout dans la beauté, où le suspense se confond avec la volupté. Robert Burks, oscarisé pour sa photographie, transforme la Côte d’Azur en surface picturale. Le film n’est pas réaliste : il est galant, presque libertin, héritier d’une tradition française qui va de Watteau à Fragonard.

John Robie, ancien voleur surnommé “Le Chat”, est l’un des personnages les plus ambigus de la filmographie de Cary Grant. Hitchcock joue avec son image : la décontraction devient un masque, le charme une arme, la légèreté un moyen de dissimuler la peur. Le film repose sur cette tension : un homme qui doit prouver qu’il ne vole plus, dans un univers où tout le monde ment avec le sourire. Dans To Catch a Thief , Grace Kelly n’est pas seulement belle : elle est stratégique. Hitchcock la filme comme une force qui avance, observe, calcule. La célèbre scène de la voiture, la robe bleue, le feu d’artifice : autant de moments où la sensualité devient un langage, où le désir se dit par la géométrie des corps et la précision des gestes.

Un film de voleur… ou une comédie libertine ? Le récit policier n’est qu’un prétexte. Ce qui intéresse Hitchcock, c’est le jeu : qui regarde qui, qui manipule qui, qui désire qui. Le bal masqué final, avec ses costumes XVIIIᵉ siècle, ne fait que révéler ce que le film raconte depuis le début : tout le monde porte un masque, et le cinéma est l’art de les faire glisser.

TO CATCH A THIEF (La Main au collet) – Alfred Hitchcock (1955)
Ancien cambrioleur, « le Chat » doit prouver qu’il n’est pas responsable d’une nouvelle série de vol de bijoux sur la Côte d’Azur. L’intrigue policière sert de prétexte à un badinage plein de grâce et d’ironie. Les années 1950 comptent parmi les plus productives d’Hitchcock. En 1954, avec Grace Kelly et Cary Grant, le réalisateur tourna dans le sud de la FranceTo Catch a thief, une intrigue policière largement teintée d’humour et d’une grande beauté visuelle.
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Catégories :Le Film étranger

