L’ASSASSINAT DU PÈRE NOËL – Christian-Jaque (1941)

La veille de Noël, dans un petit village de Savoie. Un inconnu vêtu en père Noël est retrouvé assassiné. Premier film réalisé sous l’Occupation pour la firme allemande Continental par un cinéaste français, L’Assassinat du Père Noël n’est pas une oeuvre de propagande. La poésie, la sensibilité et le mystère qui se dégagent du roman de Véry trouvent ici une expression parfaite. Le cheval d’un cavalier tué jadis qui galope à travers la tempête, le brave Cornusse qui raconte des récits de voyages fabuleux, un jeune noble mélancolique et la jolie Catherine en mal d’amour… Tous ces personnages mais aussi les enfants émerveillés ou une houppelande ensanglantée participent à la magie délicate qui enveloppe cette enquête policière dans le huis clos du village isolé par la neige. Quant au dialogue entre Cornusse et le petit Christian, qui clôt le film, il a fait couler beaucoup d’encre. Une princesse endormie mais bien vivante (la France) et un prince charmant qui un jour la réveillera (de Gaulle). Métaphore volontaire ou interprétation d’après-guerre ? [Gérard Camy – Télérama (12/12/2015)]

HOLIDAY INN (L’Amour chante et danse) – Mark Sandrich (1942)

Si Holiday Inn (L’amour chante et danse) ne présentait qu’un seul intérêt, ce serait évidemment celui d’être le film pour lequel a été composée une chanson au succès phénoménal : « White Christmas ». Interprété par Bing Crosby, le morceau est resté pendant des décennies le titre plus vendu au monde, jusqu’à ce que le « Candle in the Wind » d’Elton John ne vienne le détrôner en 1997… Mais la composition la plus fameuse d’Irving Berlin est loin d’être le seul atout de Holiday Inn. Onze autres chansons originales ont été écrites par le musicien (dont You’re Easy to Dance With, qui sera l’un des succès discographiques de Fred Astaire), et le film reprend en outre deux de ses anciens « tubes » : Lazy et Easter Parade. Plusieurs de ces chansons donnent lieu à d’excellentes chorégraphies, et le film repose par ailleurs sur un scénario amusant et bien ficelé. Holiday Inn continue donc à séduire le public du XXIe siècle, même si le numéro Abraham, dans lequel les acteurs apparaissent en « blackface » (une tradition du music-hall américain qui consiste pour des artistes blancs à se grimer en Noirs), est aujourd’hui censuré par certaines chaînes de télévision pour son caractère discriminant.

WHITE CHRISTMAS (Noël blanc) – Michael Curtiz (1954)

L’automne 1954 a sans doute été une période difficile pour les responsables de la comédie musicale à la MGM. Non que leurs productions de l’année, comme Brigadoon ou Seven Brides for Seven Brothers (Les Sept Femmes de Barbe-Rousse), aient été des échecs. Mais tout d’un coup, deux concurrents semblent vouloir saper leur suprématie sur le genre musical. C’est en effet le 11 octobre que la Warner organise l’avant-première New-Yorkaise de A star is born (Une étoile est née), qui marque le grand come-back de Judy Garland (remerciée quelques années plus tôt par… la MGM). Et c’est à peine trois jours plus tard que, dans la même ville, la Paramount offre au public la primeur de White Christmas (Noël blanc), qui associe les talents de Bing Crosby à ceux du compositeur Irving Berlin. Sans compter que ce film de Michael Curtiz s’appuie également sur le charisme du comique Danny Kaye et de la chanteuse à succès Rosemary Clooney, tous deux extrêmement populaires. Gageons que les exécutifs de la MGM ont espéré un temps que ces deux films ne tiendraient pas leurs promesses. On sait qu’il n’en fut rien. Car si le charmant White Christmas  n’a pas atteint le statut de film culte de A star is born , il a tout de même rapporté 12 millions de dollars à sa sortie, avant de devenir un grand classique des rediffusions de fin d’année en Amérique. [Eric Quéméré – Comédies musicales]

FRANK SINATRA

Frappé d’ostracisme par Hollywood et les sociétés de disques, abandonné même par ses agents, Sinatra, dans le début des années 50, faillit bien être mis aux oubliettes du monde du spectacle. Il ne fallut qu’un film, et un Oscar, pour le conduire au sommet de la gloire.  

AVA GARDNER, DE LA RÉALITÉ AU MYTHE

Ava… Ce beau prénom, qu’un romancier cinéphile, Pierre-Jean Rémy, a donné comme titre à un livre où il reconnaissait, par mille ruses, l’avoir emprunté à la vedette de Pandora, ce prénom qui n’appartient qu’à elle semblait fait, depuis toujours, pour être celui d’une star, tout comme ceux de Greta, MarIene, Ingrid, Rita, Marilyn ou Audrey. Et de la star, Ava Gardner a, en effet, tous les attributs : beauté sans pareille, amours tapageuses et malheureuses et surtout l’aura magique, moitié physique, moitié morale qui constitue ce qu’on appelle, depuis Delluc, la photogénie, et dont s’alimentent les rêves bizarres des cinéphiles.

OTTO PREMINGER

Viennois exilé, metteur en scène et producteur despotique, Otto Preminger a été, au cours de sa carrière, avant tout un homme de spectacle ; œuvrant dans tous les genres, il les marqua de sa culture et de sa sensibilité européennes. Il est l’une des figures les plus controversées du cinéma américain. Si Laura (1944) est unanimement considéré comme un chef-d’œuvre, certains estiment que sa production, qui s’échelonne sur près de quarante ans n’a été qu’une longue pente déclinante. Preminger n’est d’ailleurs pas le dernier à attiser cette polémique.

MARIE-OCTOBRE – Julien Duvivier (1959)

Un grand film de la fin des « années 50 », signé Julien Duvivier et Henri Jeanson. Un véritable suspens, magistralement interprété par une pléiade de comédiens prestigieux. En 1944, ils formaient un réseau de Résistance. L’un deux a trahi. Des années plus tard « Marie-Octobre », seule femme du groupe, les réunit pour découvrir qui a trahi… Et, à la fin de l’enquête, le traître devra mourir !

LE DÉSORDRE ET LA NUIT – Gilles Grangier (1958)

Sorti en mai 1958, ce film de Gilles Grangier met en scène un inspecteur de police qui, pour avoir du flair, n’en est pas moins très éloigné de la rigueur d’un Maigret. L’occasion pour Gabin d’une composition inédite, face à deux actrices d’exception. Tout est osé pour l’époque dans ce polar dur et tendre qui s’ouvre sur le visage en sueur d’un batteur de jazz noir dont le solo enflamme un cabaret du 8e arrondissement.

JOHNNY GUITAR – Nicholas Ray (1954)

Ce film, que les années ont transformé en « western classique », certains le considéraient en son temps comme un « faux western », ou bien comme un « super western », le genre n’étant là que prétexte pour mieux déguiser un manifeste contre le maccarthysme. Avoué ou implicite, le critère de jugement est la fidélité au western. Or ce que fait la qualité spécifique de Johnny Guitar est précisément ce qui embarrasse les maîtres du classement : la liberté que prend Nicholas Ray avec les règles d’un genre et du cinéma qu’il recrée avec amour et ironie.

THE SHOP AROUND THE CORNER (Rendez-vous) – Ernst Lubitsch (1940)

Lubitsch ne s’est pas plongé dans le petit peuple – d’où, d’ailleurs, il vient -, tout au plus dans la vision que Hollywood forge de ces gens simples, une vision idyllique, est-il besoin de le préciser. La « bulle », c’est la boutique de M. Matuschek, lieu central du décor (on ne s’en éloigne que rarement, et pour des endroits anonymes : café, chambre meublée, hôpital), à l’intérieur de laquelle la réalité est transformée par les us du commerce comme elle l’était dans Trouble in Paradise (Haute Pègre) par les règles du savoir-vivre. Il n’y a pas ici d’hommes et de femmes mais un patron, des vendeurs, une caissière, un coursier.

THE NIGHT OF THE HUNTER (La nuit du chasseur) – Charles Laughton (1955)

Le seul film réalisé par l’acteur Charles Laughton est un coup de maître comme l’histoire du cinéma nous en a peu livré. Rarement l’angoisse et l’envoûtement ont été entrelacés avec une telle densité au grand écran. Dans ce conte hypnotique pour adultes empreint de sombre poésie et d’une parfaite maîtrise technique, Charles Laughton met au jour les angoisses profondes de l’enfance et un savoir-faire de cinéaste morbide pour livrer une fable d’une Immense beauté dans laquelle deux enfants fuient un prêcheur démoniaque, un adulte imprévisible et prêt à tout. Frissons garantis.  [Film Noir 100 All-Time Favorite – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]