ELLES CRÈVENT L’ÉCRAN 

Après les vamps des années 30 et les beautés fatales des années 40, la décennie suivante voit le triomphe des actrices dotées de généreuses mensurations ; mais leur vogue sera, pour nombre d’entre elles, éphémère.

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La sculpturale Jane Russell, vedette du night-club de « The Revolt of Mamie Stover » de Raoul Walsh (1956)

Si l’on repense à Jean Harlow, par exemple, on constate que le phénomène de la blonde explosive ne date pas des années 50, mais sa prolifération sur les écrans, au cours de cette période, constitue un fait sans précédent. Hollywood s’est toujours intéressé au sexe, mais le moralisme rigide des années 30 et 40 et l’inflexible poigne de fer du code Hays ont considérablement bridé ce penchant.

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MARILYN MONROE

Avec l’évolution du climat moral américain, qui se dirige lentement mais sûrement vers la révolution sexuelle, le code Hays ne pouvait que ralentir son action répressive. L’irruption triomphante de la blonde explosive au cours des années 50 est imputable à trois facteurs : la libération des mœurs, la télévision… et Jane Russell (qui était… brune).
La télévision ayant réussi, dès le début de la décennie, à monopoliser le marché du spectacle « familial », l’industrie avait dû, pour rester concurrentielle, s’orienter, d’une part, vers les superproductions à grand spectacle et l’écran géant et, d’autre part, vers un type de production totalement à contre-pied de celle de la télévision : puisque le petit écran ne pouvait se permettre de traiter de la violence et du sexe, le marché était libre pour le cinéma. [La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas (1983)]

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KIM NOVAK
La revanche des « bombes sexuelles »

En 1941, Howard Hughes – auquel sa fortune autorisait tous les caprices – tourne un western avec Jane Russell beauté capiteuse aux imposantes proportions : The Outlaw (Le Banni). En fait, le film est entièrement axé sur le buste de Jane Russell et, accessoirement, sur ses jambes et sur les différents moyens de déshabiller l’actrice. La présence dans le film de Billy le Kid, de Doc Holliday et de Pat Garrett est presque un prétexte. Après sa sortie en 1943, et comme on pouvait le prévoir, le film est mis à l’index, après les protestations des ligues de vertu et de longs débats judiciaires. Il ne pourra être distribué que trois ans plus tard et, bien entendu, tout le monde voudra voir l’objet du scandale : du jour au lendemain, Jane Russell devient un sex-symbol. Alors que Hollywood se demande encore si cette formule est la bonne, la révolution sexuelle gagne toute l’Amérique. Le magazine Playboy est devenu l’organe officiel de cette révolution et la mode new-look – seins agressifs, taille de guêpe et jupes fendues, succédant aux poitrines plates des androgynes des années 30 – devient l’uniforme officiel. Après trois siècles de puritanisme, l’Amérique découvre le sexe ! Dès que Hollywood sent le vent tourner, les femmes les plus provocantes accourent dans les studios.

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JAYNE MANSFIELD

Leurs films sont surtout, ou du moins veulent être, comiques avec souvent une tendance commune à renverser les rôles. Par sa sexualité agressive, ce nouveau type de femme affirme son pouvoir : celui de commander et de dominer les hommes. Le tour de poitrine prenant désormais le pas sur le jeu dramatique, les scénarios doivent s’adapter à toute une gamme de talents des plus limités. Parmi les blondes explosives des années 50, la plupart ne sont que des actrices médiocres, voire calamiteuses, mais toutes parviennent fort bien à faire écarquiller les yeux des spectateurs et à susciter l’envie chez les spectatrices.

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KIM NOVAK

Après The Outlaw Jane Russell tourne dix-sept films en dix ans, autant de gros succès commerciaux. Parmi ceux-ci, on retiendra Gentlemen Prefer Blondes (Les hommes préfèrent les blondes, 1953) et The Revolt of Mamie Stover (Bungalow pour femmes, 1956). Jane s’attire l’admiration des spectatrices par sa capacité à utiliser son sex-appeal sans rien perdre de sa dignité. Arborant une perpétuelle expression de froide indifférence (les méchantes langues affirmant que c’est la seule dont elle soit capable), Jane Russell apparaît dès lors comme le symbole de la lutte pour l’égalité des sexes qui deviendra bientôt le cheval de bataille de la révolution sexuelle. [La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas (1983)]

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Marilyn Monroe et Jane Russell dans GENTLEMEN PREFER BLONDES de Howard Hawks (1949)
L’incomparable !

Marilyn Monroe est une bombe sexuelle d’un genre bien différent. A lui seul, son nom évoque toute l’époque des blondes explosives : c’est son succès insolent à la 20th Century-Fox, dans les années 50, qui contraint les autres studios à créer toute une pléiade de succédanés : Kim Novak, Jayne Mansfield, Mamie Van Doren, Anita Ekberg. Douce, conciliante et toujours gaie, Marilyn Monroe possède une candeur et une ingénuité qui lui attirent tous les suffrages. Elle peut, quand elle le veut, se révéler très sexy, mais les tourments de sa difficile vie privée sont si connus du public que ses attitudes les plus provocantes ne suscitent bien souvent que le désir de la protéger.

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Marilyn Monroe et Tom Ewell dans The Seven Year Itch de Billy Wilder (1955)

Dans ses rôles les plus aguichants – The Seven year itch (Sept Ans de réflexion, 1955), Some like it hot (Certains l’aiment chaud, 1959) et, bien sûr, Gentlemen Prefer Blondes, Marilyn Monroe parvient toujours au happy end. Qui souhaiterait la blesser ou lui enlever ses illusions ? Dans Gentlemen Prefer Blondes, l’attrait qu’exerce son personnage (Lorelei) n’est pas simplement charnel : elle bénéficie d’un scénario intelligent qui laisse volontiers place à la satire et lui permet de savoureuses réparties, et elle se tire avec beaucoup de brio de sa confrontation avec la brune Jane Russell.

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Marilyn et Rory Calhoun dans Rivière sans retour d’Otto Preminger (River of no Return, 1954)

Tout au long de sa carrière, Marilyn conservera ce caractère primesautier et mutin. Bus Stop (Arrêt d’autobus, 1956) et The Misfists (Les Désaxés, 1961) lui donneront des rôles plus proches du stéréotype de la blonde ravageuse, mais ces deux films, plus graves et plus sérieux, ne plairont guère au public. Dans ces deux films, comme dans sa vie privée, Marilyn souffre plus d’aimer que d’être aimée : les spectateurs auraient souhaité qu’il en soit autrement pour elle. [La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas (1983)]

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MAMIE VAN DOREN
Fades sosies

Le principal avatar de Marilyn Monroe dans les années 50 est Jayne Mansfield, une blonde aux mensurations extravagantes, cantonnée dans les rôles d’idiote, qui ne parvient, malgré toute sa bonne volonté, qu’à rendre caricatural tout ce que Marilyn Monroe fait avec grâce et naturel. Sa carrière ne dure que quelques années, interrompue d’ailleurs par une fin tragique. Le public vient voir ses films pour rire de ses excès et de son manque de talent, mais elle réussit néanmoins à s’imposer dans le film que l’on peut considérer comme l’archétype du genre : The Girl Can’t Help it (La Blonde et moi, 1956). Elle y campe une aspirante chanteuse de rock’n’roll, bien peu motivée en fait car sa véritable ambition est de se marier, d’avoir un foyer et de faire des enfants. Dans une scène particulièrement mémorable, elle plaque deux bouteilles de lait sur sa poitrine et, un peu plus tard, elle se lamente – à la grande joie du public : « Tout le monde me prend pour une fille facile. Personne ne se rend compte que je suis parfaitement équipée pour la maternité. » Will Success Spoil Rock Hunter ? (La Blonde explosive, 1957), réalisé comme le précédent par Frank Tashlin, sera, dans le genre, encore plus réussi.

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Jayne Mansfield avec Tom Ewell dans La Blonde et moi de Frank Tashlin.

Au moins, Jayne Mansfield tourne des films qui se veulent comiques : ce n’est pas le cas de Mamie Van Doren. Cette autre copie de Marilyn Monroe apparaît, pendant les années 50, dans une vingtaine de films conçus dans l’idée de donner au public l’occasion de se « rincer l’œil », dans les limites permises par le code Hays. Ses caractéristiques sont la langueur et l’insensibilité, sans oublier une poitrine si volumineuse que ses vêtements semblent avoir du mal à la contenir. Sa notoriété ne dépassera guère l’Amérique et, en France, elle est pratiquement inconnue.

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Portrait de Marilyn Monroe pour le film Rivière sans retour d’Otto Preminger

En 1958, elle interprète un film qui aura un certain succès : Jeunesse droguée (High School Confidential). C’est un produit destiné à profiter du tout nouveau marché que constitue le jeune public. La moitié de l’intrigue tient dans la légende d’une photo publicitaire: « La troublante tante Gwen s’efforce de séduire son neveu, un buveur de lait. » L’autre moitié ne mérite pas qu’on en parle.

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Mamie Van Doren, la plus caricaturale des bombes sexuelles américaines des années 50.
Les déesses de l’érotisme européen

Si Jayne Mansfield se complaît dans les mauvais calembours, si Mamie Van Doren incarne le péché, les bombes d’importation européenne apportent aux premiers témoins de la révolution sexuelle américaine la saveur continentale, sous la forme des trois plus belles femmes du monde : Brigitte Bardot, Sophia Loren et Anita Ekberg.

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BRIGITTE BARDOT

Brigitte Bardot est la seule qui fasse vraiment une concurrence dangereuse à Marilyn Monroe auprès du public américain. Elle a le même don pour la comédie, le même esprit primesautier dans un corps de femme, et réussit, comme elle, à susciter l’érotisme le plus provoquant par les seuls mouvements de son corps. Et Dieu créa la femme (1956) la lance dans le monde entier et l’impose comme la plus redoutable mangeuse d’hommes.

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le charme latin de Sophia Loren dans Ombres sur la mer deJean Negulesco, sorti en 1957

Le sex-appeal de Sophia Loren est bien différent. Capable d’humour, de passion, d’élégance, d’abandon et de cordialité, elle garde un petit quelque chose de populaire, comme si l’on pouvait, à tout moment, la rencontrer dans une rue italienne. Sans être, du moins à cette époque, une grande actrice, c’est une véritable professionnelle capable de s’appliquer avec le plus grand sérieux à ce qu’elle entreprend sans jamais sacrifier sa débordante sensualité Boy on a Dolphin (Ombres sur la mer, 1957), où elle interprète une pêcheuse sous-marine, et The Passion (Orgueil et passion, 1957), histoire de partisans espagnols luttant contre Napoléon, sont les films les plus caractéristiques de sa période de sex-symbol, époque où elle arborait des robes généreusement décolletées.

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Marcello Mastroianni et Anita Ekberg dans les fontaines romaines de La Dolce Vita de Federico Fellini (1960)

Comme Sophia Loren, Anita Ekberg est doté d’un beau visage bien structuré, il faut cependant avouer que ce n’est pas lui qui attire d’emblée le regard. Sa carrière débute en 1951 par une candidature au titre de Miss Univers, mais sa réputation de sex-symbol, si le physique du rôle ne lui manque pas lui vient d’une seule interprétation : la star hollywoodienne parodique dans La Dolce Vita (1960) de Federico Fellini. Sous la robe noire moulante de Sylvia. Anita Ekberg donne vie au personnage de cette femme de rêve qui cessera bientôt d’exister En fait, cette femme – pas plus qu’Anita Ekberg elle-même – n’a jamais réussi à s’imposer, sinon sur la pellicule et dans l’imagination des spectateurs.

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Les extraits

D’autres extraits seront rajoutés dans quelques jours…

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Mamie Van Doren dans Jeunesse droguée (High School Confidential !) réalisé par Jack Arnold (1958)

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. C’est vrai que les années 50 sont l’explosion des bombes dites sexuelles. Pourtant parallèlement ces femmes n’ont jamais autant refusé ce rôle et ont aspiré à autre chose. Certaines réussirent souvent des actrices européennes quand d’autres non avec en point d’orgue Marilyn Monroe pas su aller au delà.
    Il y a aussi des actrices comme Liz Taylor et Ava Gardner qui ont enflammé la pellicule dans de magnifiques rôles… mais c’est vrai elles sont brunes !

    Aimé par 1 personne

  2. francefougere dit :

    Superbes féminités.
    De nos jours, on les aplatit !!
    Merci – amicalemeny

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