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LE CRIME PARFAIT

La conspiration et la trahison, l’amour et le sexe, le meurtre et le crime parfait… autant de pivots du film noir, autant de thèmes inclus dans Double Indemnity (Assurance sur la mort). Certes, on a connu des trames tournant autour de crimes motivés par l’argent ou l’amour bien avant le film noir mais, en tant qu’histoire de meurtres associant les deux, Double Indemnity est considéré par beaucoup comme la quintessence de ce genre cinématographique. Néanmoins, tout comme la nature a horreur du vide, le cycle noir déteste le crime parfait. De fait, la perfection a rarement sa place dans le Noir, qui dépeint plutôt l’échec de criminels qui s’étaient crus parfaits. Comme le dit si bien Walter Neff, le personnage principal de Double Indemnity, en commençant son récit : « Oui, je l’ai tué. Je l’ai tué pour le fric et pour une femme. Je n’ai pas eu le fric et je n’ai pas eu la femme. C’est réussi, non ? »

THE POSTMAN ALWAYS RINGS TWICE (Le Facteur sonne toujours deux fois) – Tay Garnett (1946)

Jeune chômeur ténébreux, Frank Chambers trouve un travail de pompiste à la station essence de Nick Smith. La femme du patron, Cora, est jeune et belle. Une idylle passionnelle se noue entre eux. Le couple illégitime décide de se débarrasser du mari gênant… (…) Le cinéaste hollywoodien évoque, lui, la dérive intime de son pays. Dès les premiers plans, désaxés, inquiétants, l’ambiguïté suggestive s’affiche. Un écriteau à double sens « Man wanted » annonce le désarroi social et affectif de l’Amérique du bout du monde, où le chômage rime avec la misère sexuelle. Le vertige amoureux dans lequel les deux amants maudits se laissent happer dégage des vapeurs nocives et douces à la fois, caractéristiques des chefs-d’œuvre du film noir. Sainte trompeuse vêtue de blanc, Lana Turner détourne tous les moyens de séduction habituels, face à un John Garfield magnifique, fébrile et secret. [Marine Landrot – Télérama]

FILM NOIR : LE CAUCHEMAR FATALISTE 

Certains échappent in extremis à ce mauvais rêve et retrouvent un semblant de normalité. C’est le cas de l’homme d’affaires injustement accusé (Alan Curtis) dans Phantom Lady (Les Mains qui tuent, Robert Siodmak, 1944) sauvé par les efforts de son ingénieuse secrétaire (Ella Raines), ou celui du mari infidèle (Dick Powell) dans Pitfall (Andre de Toth, 1948) extirpé de l’enfer du Noir par une série de hasards heureux.