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LE FILM POLICIER AMÉRICAIN DES ANNÉES 1950

Héritiers des films de gangsters des années 30 et des films noirs des années 40, les thrillers des années 50 sont marqués par un réalisme impitoyable, notamment dans l’expression de la violence. A l’aube des années 50, le cinéma policier américain porte en lui un double héritage. La construction dramatique des films de gangsters des années 30, fondée sur le principe classique qui veut qu’au bouleversement d’un certain ordre des choses succède l’instauration d’un ordre plus juste et plus solide, reste la référence de nombreux scénaristes. Mais ces films, qui retraçaient selon ce schéma l’ascension et la chute d’un malfaiteur, continuent d’exercer leur influence dans leur manière de décrire l’univers criminel des grandes villes américaines, ainsi que dans leur façon de faire culminer l’action dans certains types de séquences : poursuites de voitures, fusillades.

FILM NOIR : LE CAUCHEMAR FATALISTE 

Certains échappent in extremis à ce mauvais rêve et retrouvent un semblant de normalité. C’est le cas de l’homme d’affaires injustement accusé (Alan Curtis) dans Phantom Lady (Les Mains qui tuent, Robert Siodmak, 1944) sauvé par les efforts de son ingénieuse secrétaire (Ella Raines), ou celui du mari infidèle (Dick Powell) dans Pitfall (Andre de Toth, 1948) extirpé de l’enfer du Noir par une série de hasards heureux.

THE KILLERS (Les Tueurs) – Robert Siodmak (1946)

Un passé mystérieux, un amour qui dure jusqu’à la mort, un destin auquel on ne peut échapper : The Killers mérite bien d’être considéré comme un film noir par excellence. Mais avec son héros dont la fin tragique est exposée dès le début par des flash-back, le spécialiste du genre Robert Siodmak exige beaucoup de son public, d’autant que l’on s’identifie volontiers à ce boxeur débonnaire dont la seule erreur, visiblement, n’a été que de s’éprendre de la mauvaise femme…

CRY OF THE CITY (La Proie) – Robert Siodmak (1948)

Passant de l’Universal où il vient de réaliser des drames criminels, la plupart du temps dans des décors de studio, à la 2Oth Century-Fox de Darryl E. Zanuck, Robert Siodmak utilise le style réaliste de la firme et tourne en plein New York, dans le Bronx, et ses interprètes, amenés sur les lieux de tournage dans des voitures aux vitres opaques, « comme celles du FBI « , dit la publicité, jouent au milieu d’une foule qui ignore leur présence.

MOLLENARD – Robert Siodmak (1938)

La trame de cette œuvre longtemps considérée comme perdue, revêt une importance non négligeable dans la filmographie de Siodmak. Les dernières images renvoient à un genre de récit bien défini : la déchéance pathétique d’un aventurier, suite de tableaux teintés de romantisme maritime à la Corto Maltese. En vérité, il s’agit d’autre chose. Mollenard se compose de deux parties très différentes, l’une, chinoise, sertie comme une envahissante parenthèse dans l’autre. Cette juxtaposition indispensable au propos nuit cependant à l’unité stylistique du film.

L’AFFAIRE NINA B – Robert Siodmak (1961)

Le film débute à la Mankiewicz, avec l’enterrement de Berrera (Pierre Brasseur) : excellences et délégations étrangères sont présentes, mais personne ne pleure le disparu. La voix « off » de Holden (Walter Giller), un ex-bagnard promu chauffeur et homme de confiance de Berrera, introduit la narration par un retour en arrière. Il relate le suicide manqué de Nina B. (Nadja Tiller), l’épouse-objet délaissée quoique couverte de bijoux, puis la mission délicate qui l’entraîne de nuit sur une autoroute de R.D.A., où moyennant finances, son patron entre en possession d’anciens documents de la police. Des ennemis au courant de ses manigances font arrêter Berrera sous prétexte de fraude fiscale, à son retour à Berlin-Ouest.