Attention, explosion de couleurs ! Avant tout, Funny Face est la rencontre, orchestrée par Stanley Donen, des teintes les plus pimpantes — le rose en majesté pop — et des noirs et bruns les plus profonds. C’est d’ailleurs dans la pénombre d’une librairie que Fred Astaire, photographe à la mode (inspiré de Richard Avedon) vient convaincre Audrey Hepburn, petit machin maigre et intello qui réinvente les canons de la beauté, de devenir modèle pour le magazine Quality (traduisez Vogue). S’ensuit un mariage parfait entre marivaudage et numéros chantés et dansés, et l’histoire d’une libraire mal fagotée, allergique au chic et au superflu, qui découvrira, grâce à un pygmalion de deux fois son âge, qu’une déesse de beauté sommeille en elle.


Funny Face est aussi l’un des temps forts de l’histoire d’amour de Stanley Donen avec Paris : il en exalte la beauté de carte postale, y situe des promenades romantiques que lui seul et Vincente Minnelli peuvent sauver du gnangnan. Mais, cette fois, il s’en moque, aussi : sa vision de l’existentialisme (qui fascine la jeune libraire intello) est aussi mordante que son regard sur le monde de la mode. Face à l’étoile Astaire, 58 ans mais toujours en apesanteur, Audrey Hepburn rayonne, en robe de bure marron ou en soie cyclamen, éternellement en vogue. [Guillemette Odicino – Télérama (janvier 2017]

Comme Singin’ in the rain (Chantons sous la pluie), Funny Face a été victime d’une approche différente, de plus en plus critique au fil des ans, de la part de son réalisateur Stanley Donen. En 1963, il déclarait : « J’adore ce film. De toutes les comédies musicales que j’ai tournées, ce n’est peut-être pas la meilleure, mais celle que j’aime le plus. Ce qui m’excita surtout, ce fut de faire un film sur un photographe, sur la photographie. Je me suis plongé là-dedans avec délices et je devins le grand ami de Richard Avedon. Je le connaissais à peine, quand Roger Edens, encore lui, acheta une histoire, qui était une pièce non montée et qui tournait plus ou moins autour de la vie d’un photographe de mode. Elle avait été écrite par quelqu’un qui connaissait très bien Dick Avedon. Quand il me proposa ce sujet, je dis : » D’accord, mais pourquoi ne pas prendre Avedon lui-même ? » Avedon joua un très grand rôle dans l’élaboration plastique du film. Non pas tant sur le plan des idées : le ballet dans la chambre noire ne vient pas de lui par exemple. Mais sur celui de l’atmosphère, aussi bien dramatique que visuelle. »

Six ans plus tard, le même Stanley Donen avoue : « Je ne l’ai pas revu depuis longtemps et je pense que si je le revoyais, je détesterais ce film. Je trouverais peut-être des choses intéressantes, les danses de Fred Astaire, les chansons de Gershwin et Audrey qui n’a jamais été aussi rayonnante et aussi belle. Il y a beaucoup de choses très jolies, mais je les place à côté de ma contribution, de mon apport. Je sais que j’aurais pu faire beaucoup mieux. »

La comédie musicale n’est plus à la mode et Donen est déjà amer envers ce genre pour lequel il a tourné ses meilleurs films. Quatre ans après, Donen, encore plus critique, constate : « J’ai revu Funny Face et l’ai trouvé difficile à supporter. Non pas à cause de Fred et d’Audrey ; ils sont tous les deux merveilleux. Mais c’est un scénario boueux, démodé et malade et être obligé de réaliser lin film à partir de cela !… Pas de situations, rien, rien, rien, il n’y a que du vent. Le film ne tient que par le charme de ses deux interprètes. On ne fait pas un film en se satisfaisant de ces compositions, des chansons de Gershwin et du charme que tout cela devrait avoir. Ce n’est pas un film. Ce qui manque est la colonne vertébrale même du film. »

Au départ, le film avait été envisagé comme un projet de la Metro-Goldwyn-Mayer utilisant un sujet de Leonard Gershe, Wedding Day, et des chansons composées par George et Ira Gershwin pour Funny Face. A cause d’Audrey Hepburn, toute destinée pour interpréter le personnage de Jo et qui était sous contrat à la Paramount, le projet passa de la M.G.M. à la Paramount, sans pour autant conserver – et contrairement à ce qui a été souvent écrit – le ton des comédies musicales de la Metro. Le style des couleurs, l’importance de Richard Avedon qui est manifestement à l’origine du personnage de Dick Avery, et l’apparence même du film le rapprochent beaucoup plus de la production de la Paramount que de celle de la M.G.M.


Si Avery s’inspire d’Avedon, le rôle de Maggie Prescott, à la pointe du « bazazz », emprunte à la fois à Diana Vreeland de Vogue et à Carmel Snow de Harper’s Bazaar. Plus émouvante en tout cas que Donen est Audrey Hepburn qui déclarait au cours de l’hommage rendu par I’American Film Institute à Fred Astaire : « La première fois que je vis Fred aux répétitions de Funny Face, il portait une chemise jaune, des pantalons gris, ceinturés d’une écharpe rouge. Aux pieds, des chaussettes roses dans des mocassins et sur le visage son fameux sourire. A la seule vue de cette figure gracieuse, élégante et distinguée, je me sentis en plomb massif et mon cœur sombra dans mes deux pieds gauches. Soudain, un bras m’enlaça et avec une inimitable légèreté, Fred me fit littéralement voltiger. J’ai réalisé un rêve que chaque femme a dû faire dans sa vie, danser une fois avec Fred Astaire. »


Dynamique et survoltée, Maggie dicte à sa secrétaire une lettre ouverte aux femmes du monde entier : « Bannissez le noir, brûlez le bleu, enterrez le beige. A partir de maintenant, mesdemoiselles, pensez en rose » . C’est le numéro « Think Pink » qui voit le décor se métamorphoser – selon les vœux de Maggie – en rose. Fred Astaire, avec le seul recours de son chapeau, de son imperméable et de son parapluie, interprète « Let’s kiss and make up », parodiant une corrida, mais le plus beau moment du film demeure « He loves and she loves » qu’Astaire et Audrey Hepburn chantent et dansent en pleine nature, le décor d’une chapelle de la forêt de Chantilly répondant brusquement à la robe de mariée que porte Audrey Hepburn.

« Près de la moitié du film, écrivait Fred Astaire, a été tournée à Paris, où il fallut rester beaucoup plus longtemps que prévu pour attendre de belles journées. Il y eut tellement de pluie qu’une scène de photo de mode aux Tuileries dut être filmée, faute de mieux, alors qu’il pleuvait, ce qui lui donna, au tirage, un aspect insolite assez réussi qu’on n’aurait jamais pu préméditer ! Nous avions, Audrey et moi, un numéro important à danser près de Chantilly, à la Reine Blanche, danse que nous avions répétée plusieurs semaines à Hollywood avant notre départ pour Paris. La pluie tomba sans discontinuer dans la région, si bien que nous ne pûmes y tourner cette danse que les tout derniers jours. Quand nous y arrivâmes, le temps s’était mis au beau, mais le sol n’avait pas encore pu sécher autant que nous le souhaitions. » [La comédie musicale – Patrick Brion – Edition de la La Martinière (1993)]







L’histoire
Directrice du magazine de mode Quality, Maggie Prescott (Kay Thompson) recherche un nouveau mannequin capable d’être la vedette de la prochaine collection du couturier Paul Duval (Robert Flemyng). Le photographe du journal, Dick Avery (Fred Astaire), découvre dans une librairie de Greenwich Village une jeune vendeuse, Jo Stockton (Audrey Hepburn), dont le physique et le charme correspondent parfaitement à ce que Maggie et lui espéraient. Jo accepte d’accompagner Maggie et Dick à Paris où doit avoir lieu la présentation de la collection. Elle espère en effet pouvoir rencontrer à cette occasion le professeur Emile Flostre (Michel Auclair), le théoricien de l’empathéticalisme, dont elle est une adepte. Dick est très attiré par Jo qui demeure fascinée par le monde des intellectuels parisiens. Elle finit pourtant par découvrir que Flostre n’est qu’un séducteur. Elle l’assomme. La collection est, grâce notamment au charme de Jo, un succès. Jo retrouve Dick. Ils s’aiment.
Programme musicale (sélection)
Lyrics by Leonard Gershe / Music by Roger Edens
Sung by Kay Thompson and Girls, including Virginia Gibson
Lyrics by Ira Gershwin / Music by George Gershwin
Sung by Fred Astaire / Danced by Fred Astaire and Audrey Hepburn
Music by Roger Edens / Lyrics by Leonard Gershe
Sung by Fred Astaire, Audrey Hepburn and Kay Thompson
Words by Ira Gershwin / Music by George Gershwin
Sung and danced by Fred Astaire
Words by Ira Gershwin / Music by George Gershwin
Sung by Fred Astaire / Danced by Fred Astaire and Audrey Hepburn
Words by Ira Gershwin / Music by George Gershwin
Sung and Danced by Fred Astaire and Kay Thompson

LA COMÉDIE MUSICALE
La comédie musicale a été longtemps l’un des genres privilégiés de la production hollywoodienne, et probablement le plus fascinant . Né dans les années 1930, en même temps que le cinéma parlant, elle témoigna à sa manière, en chansons, en claquettes et en paillettes, de la rénovation sociale et économique de l’Amérique. Mais c’est dix plus tard, à la Metro-Goldwyn-Mayer, que sous l’impulsion d’Arthur Freed la comédie musicale connut son véritable âge d’or, grâce à la rencontre de créateurs d’exception (Vincente Minnelli, Stanley Donen) et d’acteurs inoubliables (Fred Astaire, Gene Kelly, Judy Garland, Cyd Charisse, Debbie Reynolds). Par l’évocation de ces années éblouissantes à travers les films présentés, cette page permet de retrouver toute la magie et le glamour de la comédie musicale.

LES GERSHWIN À HOLLYWOOD
Comme leurs confrères Irving Berlin ou Cole Porter, George et Ira Gershwin ont mis leur talent au service du cinéma, jusqu’à ce que la mort du premier ne vienne interrompre leur brillant compagnonnage.

FRED ASTAIRE
La longue carrière de Fred Astaire est désormais entrée dans la légende ; son exceptionnel génie de danseur ne l’a toutefois pas empêché d’être aussi un excellent acteur.

AUDREY HEPBURN : UNE DRÔLE DE FRIMOUSSE
En 1953, le public découvrit Audrey Hepburn dans Vacances romaines de William Wyler, suscitant un émerveillement général. Cet enthousiasme fut confirmé l’année suivante avec Sabrina de Billy Wilder, et un Oscar vint couronner cette débutante exceptionnelle. Ainsi commença une carrière unique à Hollywood, laissant un souvenir inoubliable malgré un nombre restreint de films, moins d’une vingtaine de rôles principaux, mais presque tous de grande valeur et choisis avec discernement.

AN AMERICAN IN PARIS – Vincente Minnelli (1951)
Paris d’opérette, chansons de Gershwin et danse sur les bords de Seine : Un Américain à Paris joue résolument la carte de la légèreté. C’est pourquoi la MGM en a confié la mise en scène à l’un des grands spécialistes de la comédie musicale, Vincente Minnelli. Épaulé par Gene Kelly, qui signe avec son brio habituel les chorégraphies du film, le cinéaste livre en 1951 une œuvre appelée à faire date. Certes, Minnelli dispose à la fois de moyens très confortables et de collaborateurs précieux.

CHARADE – Stanley Donen (1963)
Stanley Donen s’est spécialisé dans la comédie musicale, avec notamment Chantons sous la pluie (Singin’ in the Rain) en 1952. Avec Charade, il nous propose une comédie policière où le spectateur oscille entre le suivi de l’intrigue avec une série d’assassinats et la veine comique dont procède le jeu des acteurs.
- GAS-OIL – Gilles Grangier (1955)
- ARSENIC AND OLD GLACE (Arsenic et vieilles dentelles) – Frank Capra (1944)
- FRITZ LANG ET LE FILM NOIR : UNE TRAVERSÉE DE L’OMBRE
- [la IVe République et ses films] LA QUALITÉ – CLÉMENT ÉPARPILLÉ (8/10)
- ROBIN AND THE 7 HOODS (Les Sept voleurs de Chicago) – Gordon Douglas (1964)
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Catégories :La Comédie musicale


Merci pour ce billet qui donne envie de (re)voir ce film. 😉
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Funny Face ! Audrey ! The ballet queen of Paris Opera !
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