PARIS VU PAR HOLLYWOOD

Il est inévitable que l’usine à rêves recycle la ville lumière. Il y a une correspondance entre le quartier de Los Angeles qui sculpte l’imaginaire de la planète et la cité dont le nom ne peut être prononcé devant un Papou ou un Eskimo sans que ses yeux ne se mettent à briller. Dans Charade, Donen filme Paris sans clichés. Le Palais-Royal, la rue Censier, l’avenue Velazquez, le Guignol des Champs-Elysées, remplaçant agréablement les immanquables tour Eiffel et Moulin-Rouge hollywoodien. Et quand il évoque les bords de la Seine, c’est pour rendre hommage à Minnelli. Faire la revue des Paris vu par… pour reprendre le titre d’un film réalisé très loin de Sunset Boulevard. [L’Avant-scène Cinéma – N°643 (mai 2017)] 

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CHARADE de Stanley Donen (1963)

Dans le cinéma hollywoodien, Paris est, de loin, la ville étrangère la plus représentée. On peut estimer à près de huit cents le nombre de films américains tournés à Paris, ou qui y sont situés par la reconstitution en décors. Plusieurs films par an assurément, parfois jusqu’à dix ou quinze dans la saison. En 1930 par exemple, un journaliste de Ciné-Magazine s’étonne en croyant avoir repéré un genre en soi : « Jamais plus qu’aujourd’hui, dans toute l’histoire du film, il n’y a eu en Amérique un tel engouement pour les atmosphères françaises, surtout parisiennes. Voici pour preuve une liste incomplète de films tout récents où le mot Paris figure dans le titre : Paris (First National), Paris Bound (Pathé), They Had to See Paris (Fox), Hotfor Paris (Fox), Paris-Bagdad (First National), Gold Diggers in Paris (Warner), Cohen and Kellys in Paris (Universal)…» [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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UN AMERICAIN A PARIS de Vincente Minnelli (1951)

Comme l’a lancé un jour Ernst Lubitsch, grand spécialiste du genre puisqu’il situa une dizaine de ses films américains à Paris sans jamais y tourner un plan : « Il y a le Paris-Paramount, le Paris-MGM et le Paris en France. Le Paris-Paramount est le plus parisien des trois ! » On perçoit que, dans l’esprit lubitschien, compte d’abord le Paris de cinéma, ce Paris si typiquement hollywoodien, le Paris-Paramount qu’il illustra tant et plus. Cette ville qu’à la fin de Casablanca (1942), de Michael Curtiz, dans une réplique fameuse, Humphrey Bogart dit à l’oreille d’Ingrid Bergman avoir enfin retrouvée : « Nous aurons toujours Paris … »  [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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FUNNY FACE (Drôle de frimousse) – Stanley Donen (1957)

Un récent article, sur une pleine page du New York Times, décrit ce phénomène cinématographique qui traverse l’histoire. «Paris est si spécial. Son entrelacement unique de petites rues et de larges avenues propose un réservoir apparemment sans limite de perspectives et d’humeurs. Le coucher de soleil sur la Seine ; la ronde du trafic sur la place de la Concorde ; les cafés et les restaurants avec terrasse près de la place Saint-Germain… L’amour, la sophistication, le luxe, l’érotisme, le danger, la lutte des classes, la violence, la tendresse, les intrigues politiques – tout cela incite le cinéma à avoir une adresse à Paris. Paris a bien servi Hollywood, lui offrant des brassées d’histoires d’amour ou de mystères, mais aussi quelques bons ingrédients pour ses films d’action, ses thrillers et bon nombre de ses films de divertissement plus difficilement classables. Tout Américain peut donc reconnaître cet urbanisme, ces cartes postales, ces valeurs un peu louches ou glamours, même s’il n’a jamais mis un pied à Paris. Et quand un Américain visite Paris, il éprouve souvent l’irrésistible sensation de marcher à l’intérieur d’un film. C’est d’ailleurs dans les films que cette ville semble la plus elle-même. » [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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MOULIN ROUGE de John Huston (1952)

Cette sensation que le spectateur américain moyen éprouve de connaître Paris est évidemment une illusion : ce qu’il reconnaît, ce sont quelques clichés de la ville fabriqués par Hollywood, que l’on peut égrener en convoquant les quelques plans d’ouverture d’Un Américain à Paris (An American in Paris, 1951) de Vincente Minnelli, l’un des plus célèbres de ces « Paris-films », plans tournés par une seconde équipe et intégrés en transparence dans l’œuvre dansée en studio de Minnelli : vues panoramiques en couleurs éclatantes de la place de la Concorde, de l’Opéra, du pont Alexandre-III avec en fond d’écran la tour Eiffel, de la place Vendôme devant le Ritz, du jardin des Tuileries, de l’extrémité verdoyante de l’île de la Cité laissant apparaître Notre-Dame. Ce type d’ouverture, on la retrouve maintes et maintes fois : dès qu’un ou plusieurs Américains arrivent à Paris, les plans se métamorphosent à coup sûr en cartes postales, à de très rares exceptions près – comme dans L’Heure suprême (Seventh Heaven, 1927) de Frank Borzage, ou dans Le Locataire (1976) de Roman Polanski, qui ont l’audace de montrer un Paris différent et plus inquiétant… [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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MIDNIGHT IN PARIS (Minuit à Paris) de Woody Allen (2011)

Mais pourquoi Hollywood a-t-il investi tant de moyens pour enregistrer, ou plutôt fabriquer, du Paris par centaines de films ? Comme si ces deux métropoles étaient condamnées à esquisser ce pas de deux prolongé, ininterrompu, ce flirt irrépressible, d’où résulte ce typically Paris mis en scène de manière artificielle, spectaculaire, affichée, parfois presque provocatrice. [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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NINOTCHKA d’Ernst Lubitsch (1939)

Il existe d’abord des raisons économiques, qu’on ne doit pas négliger. De part et d’autre de l’Atlantique, on trouve son compte à ériger ainsi Paris en ville de cinéma. La promotion de la capitale française accompagne par exemple les campagnes publicitaires des grandes compagnies aériennes américaines, ou des principales agences de tourisme, des années 1930 aux années 1960. De plus, après le plan Marshall et les accords Blum-Byrnes de 1946, il est avantageux pour les principales majors hollywoodiennes, pour lesquelles le marché européen devient primordial, de réinvestir une part des gains sur place, d’où la multiplication des tournages américains à Paris à partir du milieu des années 1950, où il est de surcroît très économique de réaliser un film par rapport aux coûts de plus en plus exorbitants des studios en Californie. Pour l’économie parisienne, cette question n’est pas non plus négligeable : il faut savoir que, ces dernières années, une équipe américaine en tournage à Paris rapportait 1 à 2 millions d’euros par semaine. [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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THE LAST TIME I SAW PARIS (La Dernière Fois que j’ai vu Paris) de Richard Brooks (1954)

En 2005, les super productions hollywoodiennes, Munich (2005) de Steven Spielberg, Da Vinci Code (2006) de Ron Howard, Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola, de même qu’en 2010, lnception de Christopher Nolan, Minuit à Paris (Midnight in Paris) de Woody Allen, Hugo Cabret (2011) de Martin Scorsese, ont laissé 50 millions d’euros dans les caisses. On comprend qu’une mission Cinéma soit spécialement dévolue à promouvoir et accueillir les tournages, notamment américains, à la mairie de Paris, et que des mesures d’incitation aient été adoptées en décembre 2008, telle crédit d’impôt international, permettant de rembourser 20 % des dépenses réalisées sur place pour les productions étrangères. [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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LES ARISTOCHATS de Wolfgang Reitherman (1970)

Filmer Paris, cela correspond également à un profond désir « culturel » du peuple américain, quelque chose qu’on pourrait comparer au fait de boire une coupe de champagne, d’assister à un défilé de mode, de discuter avec une jolie femme ou de flâner devant les vitrines des librairies – tout en ne subissant ni mal de crâne, ni l’humiliation qu’on vous écarte au dernier moment du podium, ni l’éventualité d’une déconvenue amoureuse, ni celle de marcher dans une crotte de chien. La ville française a toujours été la destination favorite, d’abord des voyageurs fortunés d’Amérique, puis, quand le tourisme de masse s’est développé au milieu du XXe siècle, de ceux qui traversaient pour la première fois l’Atlantique. Un nombre relativement peu élevé d’immigrants français vivaient aux États-Unis, en comparaison des Irlandais, des Italiens, des Chinois, des Allemands, des juifs russes ou polonais, et la France ne fut donc pas associée à l’image de ces masses misérables et méprisées venues s’agglutiner sur les rives du Nouveau Monde. [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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ARC DE TRIOMPHE de Lewis Milestone (1948)

Comme l’écrit Vanessa Schwartz dans son livre si pétillant, It’s So French !, «Paris était, et demeure encore pour une large part des Américains, contrairement au reste des villes européennes, un monde enchanté de culture et de civilisation.» Cette omniprésence de Paris dans le cinéma américain traduit un enjeu culturel : le typically Paris est exhibé comme une marque de raffinement jusque dans la frange la plus populaire du public américain. «Puisque Paris était propriétaire de la culture avant que Hollywood ne devienne propriétaire du cinéma, il est logique que le cinéma américain réserve une place privilégiée à cette association devenue quasi obligée : Paris = culture», écrit encore Vanessa Schwartz. Et tous ces clichés ont été eux-mêmes réimportés en France, si bien que les films hollywoodiens consacrés à Paris, vus dans le monde entier, finissent par reforger l’image de la ville, participant à la formation de ses symboles, de son identité, de sa gloire et de sa fierté. La fabrication de Paris par Hollywood a construit un imaginaire de cinéma et de culture partagé par l’ensemble de la communauté des spectateurs à l’échelle mondiale. [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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LES GIRLS de George Cukor (1957)

Que trouve-t-on dans ces si nombreux films américains situés à Paris ? Essentiellement une représentation de la ville qu’il serait vain de vouloir rapporter à la clinique réalité urbaine et à ses évolutions. Un Paris-film hollywoodien, c’est un « air de réalité », ce qui est tout différent : Hollywood, grand dévoreur de folklore urbain, refabrique une cité dans son propre creuset, selon ses propres décors, avec ses propres idées et émotions, en s’inspirant de ce que ses plus habiles techniciens, dans tous les domaines, pensent être la plus juste image de la ville. Un Paris de convention apparaît – plutôt stable, même s’il est marqué par quelques évolutions majeures  – qui n’est pas la reproduction exacte du « vrai  », mais son interprétation, un faux-semblant, une copie reprise selon une autre projection : celle de l’imaginaire américain. Cet amalgame élabore une vision plus mythique que documentaire, et cet « air de réalité » touche d’abord des quartiers et des bâtiments transformés en monuments, des espaces métamorphosés en hauts lieux, des professions et des personnages transmués en types et en figures : tour Eiffel, Champs-Elysées, quais de Seine, Saint-Germain-des-Prés; cafés, restaurants, hôtels, boudoirs, luxueux appartements, bijouteries, défilés de mode, librairies ; grooms, chauffeurs de taxi, maîtres d’hôtel, gamins (de Paris), prostituées, latin lovers, petits maîtres et indispensables Parisiennes. Avec, pour action essentielle, quelques gestes extrêmement ritualisés : s’embrasser, être assis à une terrasse, discuter, boire du champagne, chiner, lire le journal, un poème ou exercer plutôt malle métier de policier à képi. Il s’agit, au sens littéral, de clichés confectionnés sur mesure. [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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IRMA LA DOUCE de Billy Wilder (1963)

Que faire de ces clichés de Paris que nous renvoie le cinéma hollywoodien ? Certains s’en sont offusqués, au nom de la France, de sa fierté de vieux pays civilisé menacé par l’américanisation de sa culture et de son mode de vie, ou en vertu de la vision selon laquelle l’Amérique serait un pays d’éternels grands enfants mal dégrossis. Robert Florey s’amuse ainsi de la reconstitution d’une scène clé du Monte Cristo (1922) par Emmett Flynn : «Je souriais devant cette atmosphère française peuplée d’anachronismes : un soldat en capote bleu horizon montait la garde tandis qu’un Incroyable discutait le coup avec un Mousquetaire. Je pensais qu’il devait s’agir d’un bal masqué ou d’un film comique, jusqu’au moment où une sorte de grenadier poméranien annonça à un seigneur façon Louis XIV l’arrivée d’Edmond Dantès ! » [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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SEVENTH HEAVEN (L’Heure suprême) de Frank Borzage, sorti (1927)

Ne faut-il pas cependant se méfier du cliché qui consiste à reprocher aux Américains leurs clichés ? Il paraît plus stimulant de partir du regard qu’aurait pu poser un Siegfried Kracauer, grand interprète du film comme « expérience cinématographique urbaine » et qui, à propos de certaines œuvres consacrées à Saint-Pétersbourg (par Vsevolod Poudovkine), Berlin (par Robert Siodmak ou Walter Ruttmann) ou à Paris (Victor Trivas ou Ernst Lubitsch), parlait, au début des années 1930, d’un « voile d’intentionnalité » rendant ces villes « invisibles ». Voici une autre manière de regarder le cliché urbain de Paris : il renvoie moins à la ville en elle-même qu’à une pulsion projetée par sa fabrication fantasmée. Autrement dit : Paris parle plus du désir américain que de la capitale française. C’est de cette manière qu’on prendra le cliché à son propre piège, comme un révélateur cinématographique d’inconscient. [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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INCEPTION de Christopher Nolan (2010)

[Cette publication] consacré à Paris vu par Hollywood reflète cette ambition: il s’agit, non pas d’enfiler plaisamment les perles d’un bêtisier de cette fausse cité hollywoodienne, voire de narrer la chronique d’une ville qui n’existerait pas, mais bien plutôt d’analyser ces œuvres pour ce qu’elles sont, à savoir de complexes reconstructions imaginaires d’artistes, souvent profondément européens, qui parlent à travers Paris des rapports tendus qu’ils entretiennent avec Hollywood ou l’american way of life. On rencontrera donc ici une quinzaine d’étranges Paris, qu’on aimerait inattendus. Le cliché par excellence de la tour Eiffel finit par s’effondrer, comme dans une demi-douzaine de films, de La Grande Course autour du monde (The Great Race, 1965) de Blake Edwards à Mars Attacks ! (1996) de Tim Burton, pour laisser place à une tout autre ville, labyrinthique, où l’on frôle l’autre sans le voir, dépourvue de ces points de repère si évidents liés à la monumentalisation de Paris par Hollywood. [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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GENTLEMEN PREFER BLONDES(les Hommes préfèrent les blondes) d’Howard Hawks (1953)

Le Paris de David Wark Griffith, par exemple, devient celui d’une régression barbare, une sorte de perversion collective qui fait dégénérer la ville de sa décadence à son origine. Le Paris révolutionnaire hollywoodien est, lui, une pure hystérie historique, née de la peur panique du communisme et des angoisses de la Guerre froide. La parisian touch de Lubitsch ressemble à une pulsion forcenée de désir, entre dandysme et obscénité, entre la sophistication la plus raffinée et la grivoiserie la plus vulgaire. La Parisienne revue par Hollywood est cette figure du plaisir qui s’offre, pétille, séduit mais laisse à chaque fois son comparse (et le spectateur) devant le néant de sa propre finitude. Quant à Maurice Chevalier, qui pourrait paraître bien inoffensif, il pousse si loin la ringardise et le « typiquement Paris » que ses chansons, sans exception, en deviennent les fragments géniaux et révélateurs d’un mauvais goût arraché à la bonne conscience hollywoodo-parigote. [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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LOVE ME TONIGHT (Aimez-moi ce soir) de Rouben Mamoulian (1932)

Les cancan films des années 1950, âge d’or du Paris repeint par l’imaginaire américain dans les fameux studios MGM de Culver City, possèdent des couleurs trop éclatantes pour être honnêtes : elles masquent difficilement les fissures qui sont en train de mettre à mal l’empire américain rongé par sa propre nostalgie de la vieille Europe. Audrey Hepburn habillée à la parisienne incarne également la fin d’un monde : elle est un fantasme de femme que le cinéma classique américain ne peut plus se payer, qui le renvoie au passé, à un âge révolu, et révèle désormais son impuissance. Et si les tournages hollywoodiens dans les rues de Paris se multiplient à la fin des années 1950 et tout au long de la décennie suivante, c’est également le signe que le cinéma américain est en plein doute, puisque le Paris de ces films in situ est tiraillé entre le cliché de toujours et l’imagerie en cours de la Nouvelle Vague. Blake Edward, qui aima Paris passionnément, peut dès lors reconstruire une ville de pure fantaisie, et les films Disney une ville de pure féerie, plus personne ne veut croire ni à ce charme ni à ce conte de fée. [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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VICTOR VICTORIA de Blake Edwards (1982

La comédie bouffonne autant que le rêve se chargent ici d’une immarcescible angoisse de la perte. Reste aux films américains contemporains, généralement de grosses productions, à transformer la ville en champ de bataille pour leur campagne d’action : poursuites, cascades, enquêtes, contre-enquêtes, chasses aux méchants et aux terroristes, qui tournent le plus souvent au jeu de massacre, slalomant entre les monuments du folklore. Depuis vingt-cinq ans, Paris a changé de visage dans les films hollywoodiens. Ville devenue plus inquiétante, violente, agressive, plus contemporaine et moins patrimoniale, la capitale française présente un mélange de populations, de cultures, de couleurs et de rythmes divers, et s’est métamorphosée en une mosaïque traversée d’éclats changeants. Les films hollywoodiens les plus récents enregistrent cette mutation, même s’ils s’accrochent aux clichés traditionnels d’une ville qui pourtant évolue rapidement. Mais Woody Allen continue de croire à l’éternel retour d’un Paris qu’il change en névrose anti-américaine : une forme de nostalgie terrible, de boucle de mélancolie poisseuse qui transforme la ville en cosa mentale d’un passé certes brillant et cependant morbide et dépressif. [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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FRANTIC de Roman Polanski (1988)

Enfin – et ne l’oublions pas – l’intérêt d’un tel sujet réside dans le fait que toutes ces idées, toutes ces analyses révélatrices, tous ces développements historiques et transatlantiques sont illustrés par une filmographie aussi dense que prestigieuse. Paris vu par Hollywood, c’est près de huit cents films et surtout une bonne cinquantaine de chefs-d’œuvre tournés par certains des plus grands cinéastes. Edison et l’Exposition universelle de 1900, David Griffith, avec Intolérance et Les Deux Orphelines, Charlie Chaplin avec L’Opinion publique, King Vidor avec La Bohème, Ernst Lubitsch (Parade d’amour, Sérénade à trois, La Veuve joyeuse, Haute Pègre, Ninotchka), Frank Borzage (L’Heure suprême), Rouben Mamoulian (Aimez-moi ce soir), Tod Browning (Les Poupées du diable), Douglas Sirk (Scandale à Paris), Vincente Minnelli (Un Américain à Paris, Gigi, Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse), John Huston (Moulin rouge), Howard Hawks (Les hommes préfèrent les blondes), Billy Wilder (Sabrina, Ariane, Irma la douce), Richard Brooks (La Dernière Fois que j’ai vu Paris), Stanley Donen (Drôle de frimousse, Charade), George Cukor (Les Girls), Otto Preminger (Bonjour tristesse), Blake Edwards (la série de La Panthère rose, Victor Victoria), Alfred Hitchcock (L’Étau), Walt Disney (Les Aristochats, Ratatouille), Roman Polanski (Le Locataire, Frantic), Jim Jarmusch (Night on Barth), Robert Altman (Prêt-à-porter), Woody Allen (Tout le monde dit I love you, Minuit à Paris), Tim Burton (Big Fish), Sofia Coppola (Marie-Antoinette), Quentin Tarantino (Inglourious Basterds), Christopher Nolan (Inception), Martin Scorsese (Hugo Cabret). Si le cliché de Paris a une forme, rien ne l’empêche d’être belle. [Antoine De Baecque – Paris vu par Hollywood – Skira Flammarion (2012)]

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HUGO CABRET de Martin Scorsese (2011)

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  1. Très intéressante chronique pour un parisien comme moi. Félicitation!

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