Les Actrices et Acteurs

MIREILLE BALIN

Des éclats du firmament jusqu’au ruisseau de l’oubli, la vie de Mireille Balin s’inscrit dans une suite logique d’événements à laquelle il lui fut pourtant impossible d’échapper.

Mireille Balin est une actrice française, née le 20 juillet 1909 à Monte-Carlo. Elle fait des études secondaires à Marseille, où sa famille s’est fixée, puis « monte » à Paris où elle devient modèle pour des photographies de mode et ensuite mannequin de Haute Couture. « Un jour, il faut gagner sa vie… Je savais quatre langues, j’ai pensé trouver une place de vendeuse. Mais (…) on m’a convaincue rapidement qu’avec la silhouette que j’avais, je gagnerais beaucoup plus comme mannequin… et puis j’ai posé pour des publicités, des machines à écrire, des bas (…) Je n’ai jamais pensé à faire du cinéma, qu’est-ce qu’on aurait dit à la maison ! »

C’est le réalisateur Maurice Cammage qui la « découvre » et lui fait tourner un petit rôle dans un film, en 1932 (Vive la classe !). Pabst, qui cherchait une Dulcinée pour son Don Quichotte, lui fait jouer ce rôle aux côtés du célèbre chanteur d’opéra Fedor Chaliapine (1933).

La jeune comédienne est lancée : elle a à peine plus de vingt ans et sa silhouette impeccable, son visage juvénile est mis au service de personnages de ravissantes ingénues dans quelques films oubliés. C’est Julien Duvivier qui va pressentir en elle un talent encore inexploité. Il lui propose d’abord le rôle d’Aïcha dans La Bandera (1935) ; mais Mireille tombe malade et Annabella la remplace. L’année suivante, Duvivier lui confie le soin d’incarner Gaby, la créature de rêve dont l’amour sera fatal à Pépé le Moko, la femme du monde pour laquelle Pépé le Moko (Jean Gabin) se suicide. (Dans le « remake » américain de ce film réalisé par John Cromwell, a peine deux ans plus tard, en 1938, le rôle de Gaby était tenu par Hedy Lamarr. La comparaison est nettement en faveur de l’actrice française. Le titre du film américain était Algiers, et le rôle de Pépé le Moko tenu par Charles Boyer). Après Pépé le Moko, c’est une autre grande réussite : Gueule d’amour, de Jean Grémillon (1937), où elle est encore la partenaire de Gabin. Dans ce film, elle est « l’instrument de l’inéluctable car de ce traits sans défauts sourd la mort, de ce visage acéré, de ces sourcils arqués, de ces paupières profondes, de cette bouche parfaite mais ironique, à la lisière du mépris, de ces mains fines aux phalanges démesurées. » (« Inoubliables ! » par R. Chirat et O. Barrot, Calmann-Levy, 1986)

Devenue une grande vedette, Mireille Balin est alors appelée à Hollywood… pour rien ! De retour en France, où elle se trouve cantonnée dans des rôles de femme fatale Macao, l’enfer du jeu, Menaces, Dernier atout. Mais, en même temps que ces films de qualité, elle ne cesse de tourner dans des productions moins flamboyantes, du genre Le Roman d’un Spahi (1936), ou Naples au baiser de feu (1937), qui la rendent très populaire mais étouffent – en la limitant aux rôles de « femme fatale » – son talent de comédienne.


« Je ressemblais à une vitrine de bijoutier, mais je n’ai pas été heureuse. Je me faisais peur. Au fond, je n’étais pas faite pour cette vie-là. » Mireille Balin

« Les jeux sont faits, rien ne va plus, Balin aborde les emplois de femme fatale, et devient « celle par qui le scandale arrive »  Frank Bertrand « Mireille Balin, la star foudroyée »


Inoubliable star de l’entre-deux guerres et après avoir été la vedette d’une trentaine de films, Mireille Balin, subit, en 1945, les foudres des comités d’épuration pour avoir trop aimé un bel officier de la Wehrmacht. Malade, ruinée, prématurément vieillie, l’actrice fera une ultime apparition dans La Dernière chevauchée, de Léon Mathot en 1946 et, jusqu’à sa mort, elle mènera une vie solitaire, partagée entre l’errance et la réclusion, il ne lui restera plus rien de la grande fortune qui avait été la sienne au temps de sa splendeur.

Mireille Balin est décédée le 9 novembre 1968, Pour ses adieux, il y avait peu de monde… Tino Rossi qui, avant de l’abandonner, avait partagé quelques années avec elle, s’était rendu à son enterrement en faisant une entrée spectaculaire accompagnée de photographes. Les anciens partenaires de la star, Gabin, Simon, Gravey, Romance…n’étaient pas présents. Carlos W l’impresario, auquel Balin avait rapporté des millions, devait être trop débordé pour sacrifier un moment à l’une de ses vedettes, et aucun metteur en scène, à l’exception de Jean Delannoy, n’est venu rendre un dernier hommage à Mireille Balin. Tous les employés  de La Roue Tourne, eux, étaient bien là ; c’était et c’est toujours une association crée par Paul Azaïs qui est chargée d’aider les artistes tombés dans l’oubli et dans le besoin.


« Finalement de tout mon beau passé, il ne me reste rien matériellement, mais il y a plus triste : il me reste rien, moralement, qui puisse avoir de l’importance tant dans ma vie privée, que ma vie professionnelle… » Mireille Balin


MIREILLE BALIN, ou vous avez aimé cette femme… (par Pierre Philippe)
A deux pas de l’image, elle sourit. Dans l’air flotte encore l’odeur du déjeuner qu’on vient de prendre. Paul Azais m’observe, bourru. Nous sommes ici chez lui, qui est devenu chez « eux » depuis qu’il a ouvert sa maison à tous ceux du spectacle qui, un jour, se retrouvent brisés, morts à demi, spoliés des applaudissements, « sinistrés de la gloire », comme dit « France-Soir »…

A lire…

GUEULE D’AMOUR – Jean Grémillon (1937)
En attendant le feu vert pour L’Etrange Monsieur Victor, Jean Grémillon a eu le temps de réaliser Gueule d’amour, adapté par Charles Spaak d’un roman d’André Beucler. Nous sommes en 1937, et ce film qui devait être une parenthèse, une œuvre de circonstance, marquera au contraire un tournant dans la carrière du réalisateur : grâce au succès commercial qu’il obtient, il permet à Grémillon d’entamer la période la plus féconde de son œuvre et de produire régulièrement jusqu’en 1944, des films qui marquent une synthèse réussie entre ses exigences artistiques et les contraintes d’un cinéma populaire.

PÉPÉ LE MOKO – Julien Duvivier (1937)
Des ruelles, un dédale grouillant de vie, où Julien Duvivier filme des pieds, des pas, des ombres portées : la Casbah est un maquis imprenable par la police, où Pépé le Moko (« moco » : marin toulonnais en argot) a trouvé refuge. Ce malfrat au grand cœur (Gabin) s’y sent comme chez lui. Il y étouffe aussi. Quand ses rêves de liberté, sa nostalgie de Paname prennent les traits d’une demi-mondaine, Pépé, on le sait, est condamné…

DERNIER ATOUT – Jacques Becker (1942)
Bertrand Tavernier s’est longtemps souvenu d’une séquence de poursuite nocturne en voiture, qu’il a mise des années à identifier. C’était Dernier Atout, le premier film de Jacques Becker. Bertrand Tavernier commence son Voyage à travers le cinéma français avec le réalisateur de Casque d’or, de Falbalas, d’Édouard et Caroline et du Trou, montrant l’acuité de sa mise en scène, son économie de moyens, et en même temps son attention à la réalité, la justesse des personnages, l’étude précise d’un milieu, d’un métier.


Les extraits
Menaces (Edmond T. Gréville, 1939)
Naples au baiser de feu (Augusto Genina, 1937)

LES RISQUES DE L’OCCUPATION
En continuant à tourner dans la France occupée, les cinéastes s’exposaient à des risques divers : encourir les foudres de la censure national-socialiste, ou au contraire se voir accusés de « collaboration ».


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3 réponses »

  1. La dernière biographie de l’actrice par Loïc Gautelier surpasse, de très loin, les deux autres : 410 pages d’informations enfin vérifiées qui restituent la vraie vie de la plus belle star du cinéma français e l’époque.

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  2. bel article mais trop parti pris, en effet mentionné que son impresario et Gabin n’était pas a son enterrement en disant qu’ils avaient mieux a faire ce n’est pas très juste, beaucoups de son encien entourages ne cautionnées pas son passé de collabo et l’on peut le comprendre, elle a tenté de s’enfuir a la libération avec un membres de la wehrmacht et même si l’on ne peut cautionné le crimes qu’elle a subi lors de sa capture, elle n’en était pas moins coupable de collaboration horizontal, comme l’ont disais a l’époque

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