Les Actrices et Acteurs

JEAN GABIN : L’AMI GRANGIER

Comédien à la fidélité légendaire, Gabin a connu de longues collaborations avec des cinéastes comme Jean Renoir, Julien Duvivier, Denys de La Patellière ou Henri Verneuil, mais c’est avec le réalisateur de La Cuisine au beurre que l’acteur battra son record.

Tout commence en 1936 à la cantine des studios de Saint-Maurice. À l’époque, Gabin est déjà une grande vedette, et le jeune Gilles Grangier travaille comme assistant-réalisateur : leur passion commune pour le cyclisme leur donne alors l’occasion de discussions animées lors des pauses de leurs équipes respectives. En 1943, Grangier dirige son premier film, Adémaï bandit d’honneur, dans lequel joue le comique Noël-Noël. Mais c’est Gabin lui-même qui, en 1953, décide de collaborer avec Grangier, devenu entretemps un prolifique réalisateur de comédies populaires, dans lesquelles il dirige les vedettes du moment, de Jean-Pierre Aumont à François Périer, en passant par Bourvil et Arletty. Alors qu’il tourne sur un plateau voisin, l’acteur vient un jour rendre visite à Grangier et lui apprend que, des producteurs lui ayant demandé de choisir entre trois noms de réalisateurs pour son prochain projet, il a choisi le sien.

La Vierge du Rhin, première collaboration des deux hommes, sera malheureusement un échec mais d’après le critique André Brunelin, Gabin aurait alors déclaré à Grangier « T’en fais pas, je t’en ferai un autre », Car plus que le succès d’un film, ce qui importait à l’acteur était la qualité de la relation qu’il entretenait avec le metteur en scène. Et de ce point de vue, le tournage de La Vierge du Rhin fut une réussite, les deux hommes scellant leur amitié en partageant des repas bien arrosés. Comme s’en souvient Grangier, « Avec Jean, on a très vite fait bande à part. Nous vivions quasiment ensemble : même hôtel, bouffes communes. On s’est vite aperçus que nous avions les mêmes souvenirs, que des tas de choses nous rapprochaient : nés tous les deux sous le signe du taureau, tous deux fans de spectacles cyclistes, amateurs des mêmes sports. C’est à ce moment-là que nous sommes devenus inséparables. »  Gabin et Grangier tourneront d’ailleurs en 1969 un film intitulé Sous le signe du taureau

Cette belle amitié ne sera évidemment pas exempte de fâcheries, mais la brouille ne durera jamais bien longtemps entre « le Vieux » et « le Gilles ». Les deux hommes vont même faire preuve d’une fidélité professionnelle exemplaire, en tournant pas moins de douze films ensemble ! Tous les genres y passeront : comédie (Archimède le clochardLes Vieux de la vieille, Le Cave se rebiffe, Le Gentleman d’Epson, L’Age ingrat) ; drame social (Gas-Oil, avec Jeanne Moreau, ou Le Sang à la tête) ; et surtout polar et film noir (Le Rouge est mis, Le Désordre et la nuit,Maigret voit rouge)

Au moment de la mort de Gabin, un nouveau projet était encore en discussion entre les deux amis. La carrière de Grangier semblera d’ailleurs souffrir de cette disparition, le réalisateur ne travaillant quasiment plus ensuite que pour la télévision. C’est la fin d’une relation extraordinairement prolifique, que Grangier décrira par ces mots : « Gabin était un type à multiples facettes. Il n’était pas tendre, loin de là, mais il ne faisait pas de vacheries, pas de mesquineries dans le métier. Ce qu’il voulait, c’était se sentir bien, retrouver ce qu’il avait eu avec Renoir, Duvivier, des gens comme ça. Et je dois dire, n’en déplaise à certains, qu’il le retrouvait avec moi, sûrement. » [Eric Quéméré – Collection Gabin – 2005]


LE SANG À LA TÊTE – Gilles Grangier (1956)
Drame conjugal sur fond de lutte des classes, le film de Gilles Grangier contribue au renouvellement du registre de Gabin, deux ans après le succès de Touchez pas au grisbi. Adapté du roman magistral de Georges Simenon « Le Fils Cardinaud », il livre un portrait sans concession d’une certaine bourgeoisie de province.

GAS-OIL – Gilles Grangier (1955)
Gilles Grangier capture la France des années 1950, une époque de routes nationales et de vies dures. Jean Gabin incarne Jean Chape, un homme ordinaire dont la vie bascule après un accident. Gas-oil dépeint une France disparue, celle des relais routiers et des solidarités entre hommes. Grangier filme avec modestie, rendant le film puissant par sa simplicité. C’est moins un polar qu’un portrait d’un pays, d’un métier et d’un homme, avançant lentement mais sûrement, comme un camion sur une nationale.

LE ROUGE EST MIS – Gilles Grangier (1957)
Sous la couverture du paisible garagiste Louis Bertain (Gabin) se cache « Louis le blond », roi du hold-up flanqué en permanence de Pépito le gitan, Raymond le matelot et Fredo le rabatteur. Un jour, ce dernier « lâche le morceau » à la police ce qui laisse planer le doute sur la trahison de Pierre, le frère du patron. Dès lors, tout s’emballe jusqu’au mortel affrontement avec Pépito. Comme au temps d’avant-guerre, Gabin meurt une fois encore une fois dans cette « série noire » au final tragique.

LE DÉSORDRE ET LA NUIT – Gilles Grangier (1958)
Sorti en mai 1958, ce film de Gilles Grangier met en scène un inspecteur de police qui, pour avoir du flair, n’en est pas moins très éloigné de la rigueur d’un Maigret. L’occasion pour Gabin d’une composition inédite, face à deux actrices d’exception. Tout est osé pour l’époque dans ce polar dur et tendre qui s’ouvre sur le visage en sueur d’un batteur de jazz noir dont le solo enflamme un cabaret du 8e arrondissement.

LE CAVE SE REBIFFE – Gilles Grangier (1961)
En 1960, Jean Gabin est au sommet de sa popularité. C’est la star du cinéma français. Depuis Gas-oil (1955), Michel Audiard lui peaufine des dialogues gouleyants, truffés de répliques qui tuent, de saillies imparables : les interrogatoires serrés de l’inspecteur Maigret, les enguelades mythiques du Président, les invectives d’Archimède. Le Cave se rebiffe est leur douzième collaboration.


JEAN GABIN
S’il est un acteur dont le nom est à jamais associé au cinéma de l’entre-deux-guerres, aux chefs-d’œuvre du réalisme poétique, c’est bien Jean Gabin. Après la guerre, il connait tout d’abord une période creuse en termes de succès, puis, à partir de 1954, il devient un « pacha » incarnant la plupart du temps des rôles de truands ou de policiers, toujours avec la même droiture jusqu’à la fin des années 1970.

JEAN GABIN : LA STAR ET l’ARISTO
S’il n’est pas le réalisateur avec qui Gabin aura le plus tourné, Denys de La Patellière peut se targuer d’avoir dirigé l’acteur dans pas moins de six films, dont la plupart ont connu un grand succès public. Retour sur une relation faite de respect et d’estime réciproques.

LE MÔME CARNÉ
En seulement quatre films, Jean Gabin et Marcel Carné ont vécu l’un des compagnonnages les plus mythiques du cinéma français. De la rencontre de Quai des brumes aux grincements de dents de L’Air de Paris, retour sur une amitié parfois orageuse. 




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