La Comédie musicale

UN ÉTÉ EN MUSIQUE : JUDY, GENE ET LA GRÂCE RETROUVÉE

L’été appelle les films qui sentent la poussière des chemins, les planches fraîchement montées et les chansons qui s’élèvent dans l’air chaud. Summer Stock (La Jolie fermière), réalisé par Charles Walters en 1950, appartient à cette famille lumineuse : une comédie musicale champêtre où Judy Garland et Gene Kelly se retrouvent une dernière fois, au croisement de leurs trajectoires, entre fragilité et éclat.

Lorsque Summer Stock entre en production à l’automne 1949, Judy Garland revient de loin. Épuisée, fragilisée par les médicaments que la MGM lui prescrit depuis l’adolescence, elle vient d’être évincée d’Annie Get Your Gun. Le studio hésite : faut-il lui offrir une dernière chance ou la laisser s’effondrer ? Louis B. Mayer tranche : Judy a trop donné à la MGM pour qu’on l’abandonne. On relance donc Summer Stock, projet léger imaginé par Sy Gomberg, confié au producteur Joe Pasternak, rival bon enfant d’Arthur Freed.

Le tournage sera pourtant un véritable cauchemar, selon Charles Walters. Retards, absences, découragements… Judy lutte contre son corps et contre elle-même. Gene Kelly, qui accepte le film par gratitude envers celle qui l’a aidé à ses débuts, se montre d’une patience exemplaire. Le costumier Walter Plunkett tente de la rassurer, Walters ajuste le planning, l’équipe s’adapte. Six mois plus tard, contre toute attente, le film est bouclé. Et Judy, malgré les tempêtes, y brille encore.

Summer Stock transpose le principe du backstage musical dans un décor rural : une troupe de théâtre débarque dans la ferme de Jane Falbury, transformant la grange en salle de répétition. Le scénario est prévisible, les seconds rôles parfois envahissants, mais la magie opère grâce à ce mélange de comédie, de romance et de musique qui fait le charme des productions Pasternak. Et surtout, il y a Kelly et Garland, dont l’alchimie fonctionne comme au premier jour. Kelly, plus sobre qu’à l’accoutumée, révèle une sensibilité inattendue. Judy, même fragilisée, reste une actrice d’une intensité rare.

Le film contient plusieurs moments de pure grâce : Portland Fancy (duel chorégraphique où Kelly et Garland se répondent avec une vivacité étourdissante) ; La danse au journal (improvisation géniale de Gene Kelly, transformant un quotidien banal en poésie visuelle) ; Friendly Star (séquence intimiste où Walters montre son talent pour les moments suspendus) et puis, bien sûr, Get Happy.

Summer Stock sort en août 1950 et rencontre un joli succès. Ce sera pourtant la dernière comédie musicale de Judy Garland à la MGM : le studio met fin à son contrat quelques mois plus tard. Mais le film demeure, comme une parenthèse lumineuse dans une période sombre. Une œuvre qui respire la bienveillance, la solidarité, la joie retrouvée. Une comédie musicale qui, malgré ses imperfections, offre ce que l’on vient chercher dans le cinéma de l’âge d’or : du rythme, du charme, de la tendresse, et un peu de miracle.

SUMMER STOCK (La Jolie fermière) – Charles Walters (1950)
Dernière comédie musicale de Judy Garland à la MGM, Summer stock séduit aujourd’hui encore par sa fraîcheur. Certes, le film souffre un peu d’un scénario relativement prévisible, et de seconds rôles aussi envahissants que décalés par rapport à ses deux grandes stars. Mais il y a, justement, ces deux grandes stars, réunies à l’écran pour la troisième et dernière fois…


JUDY GARLAND
Judy Garland à l’instar d’un James Dean ou d’une Marilyn Monroe, est entrée trop tôt dans la légende du cinéma. Personnalité fragile et dépressive, elle n a pas pu surmonter les profondes crises qui entraînèrent sa fin prématurée. Par sa carrière exceptionnelle commencée dès sa plus tendre enfance aussi bien que par sa mort précoce, à quarante-sept ans à peine, Judy Garland est devenue un mythe du monde du spectacle.

GENE KELLY
Chorégraphe-né, Gene Kelly a su très tôt trouver le style athlétique et inventif qui allait faire son succès. L’« autre » monstre sacré de la danse au cinéma, avec Fred Astaire qu’il admirait tant, est aussi, à l’image de ses ancêtres irlandais, l’homme opiniâtre qui a lutté sans cesse pour sortir la comédie musicale de ses conventions.


LES MUSICALS DE LA MGM
L’âge d’or de la comédie musicale hollywoodienne, celle qui réussit l’accord parfait entre action, musique et danse, est à jamais lié à un sigle : MGM et à un nom : Arthur Freed, le grand promoteur du genre.



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