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[bandes originales] FRANZ WAXMAN

Compositeur audacieux, Franz Waxman, Américain d’origine allemande, a ouvert la voie à une nouvelle manière de penser la musique pour le cinéma. Avec lui, celle-ci acquiert une autre fonction : elle fait plus qu’illustrer ou souligner ce que montre l’image, arrivant souvent de façon très inattendue et non pas « calée » d’une manière prévisible. Cette démarche, inaugurée dès les année 1940, s’inscrit dans une perspective radicalement novatrice et on peut encore s’étonner qu’à une époque où les partitions suivaient tous les soubresauts de l’intrigue Franz Waxman ait pu imposer sans faire scandale une démarche esthétique aussi radicalement opposée.

Franz Wachsmann (il adoptera le patronyme Waxman à son arrivée aux États-Unis) naît le 24 décembre 1906 à Königshütte, en Silésie du Nord (aujourd’hui Chorzów, en Pologne), au sein d’une famille aisée – son père occupe un poste important dans une aciérie – qui ne manifeste aucune ouverture à la culture. Mais, dès son plus jeune âge, Franz ressent un vif intérêt pour la musique ; il se heurte ainsi très tôt à la volonté d’un père sévère qui veut faire de son fils un banquier et s’efforce de le détourner d’une activité qu’il considère comme hasardeuse ; il laisse malgré tout son fils étudier le piano dès l’âge de sept ans. En 1924, Franz doit se prononcer pour une carrière. Obéissant aux injonctions paternelles, il commence à étudier le droit et la finance. Mais, parallèlement, il travaille comme caissier afin de se payer des leçons de piano, d’harmonie et de composition. Lorsqu’il prend en 1923 la décision d’abandonner définitivement la carrière de banquier pour se consacrer à la musique, ses parents se montrent assez compréhensifs pour admettre une vocation aussi évidente. Franz part alors pour Dresde puis pour Berlin afin de consolider ses connaissances musicales. Être étudiant à Berlin, c’est bénéficier du climat intellectuel et artistique très riche de la capitale, pouvoir assister aux spectacles, éprouver des expériences musicales enrichissantes. Pour gagner sa vie, il devient pianiste dans des boîtes de jazz et arrangeur pour des groupes comme les Weintraub Syncopators, très célèbres dans les années 1920. Travaillant sans relâche, il se fait remarquer par Friedrich Holländer, qui lui confie l’orchestration et la direction de la musique qu’il a écrite pour L’Ange bleu (Der Blaue Engel, 1930) de Josef von Sternberg. Le producteur du film, Erich Pommer, recommande Waxman à Fritz Lang pour écrire, au côté de Jean Lenoir, la musique de Liliom (1933).


La Fiancée de Frankenstein (Bride of Frankenstein) – James Whale (1935) – Main title
Rebecca – Alfred Hitchcock (1940) – Main title & Foreward & Opening scene

Mais, au moment où sa notoriété s’affirme, Waxman est contraint de quitter en 1934 une Allemagne dans laquelle il n’a plus sa place en tant qu’artiste juif. Après un bref passage à Paris et à Londres, il se fixe à Hollywood, capitale mondiale du cinéma. Engagé par la firme Universal, il écrit la musique de The Bride of Frankenstein (La Fiancée de Frankenstein, 1935) de James Whale. Il y impose une texture musicale ininterrompue : de la première à la dernière image, la musique, quasi expressionniste, offre un discours parallèle et éminemment figuratif, aux dissonances audacieuses, marquée toutefois par une surcharge thématique. En 1936, il est engagé par la M.G.M. et il compose la musique de Fury, de Fritz Lang.


Soupçons (Suspicion) – Alfred Hitchcock (1940) – Main title
Docteur Jekyll et M. Hyde (Dr. Jekyll and Mr. Hyde) – Victor Fleming (1941) – Main title & Suite

L’année 1940 marque la première collaboration de Waxman avec Alfred Hitchcock, pour Rebecca. En complète osmose avec le scénario et la mise en scène du maître du suspense, il compose une trame musicale qui anticipe l’action au lieu d’être plaquée sur celle-ci et qui apparaît comme une menace sourde, prémonitoire, nourricière du malaise sous-jacent au film. Le compositeur signera trois autres partitions pour des films d’Hitchcock : Suspicion (Soupçons, 1941), The Paradine Case (Le Procès Paradine, 1947) et Rear Window (Fenêtre sur cour, 1954).


Le Procès Paradine (The Paradine Case) – Alfred Hitchcock (1947) – Main title
Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard) de Billy Wilder (1950) – Main title

En 1941, Victor Fleming fait appel à Waxman pour écrire la partition de Dr. Jekyll and Mr. Hyde. Pour ce projet de la M.G.M., Waxman s’éloigne quelque peu de l’académisme et s’efforce d’échapper au pléonasme qu’imposait partout une musique trop figurative. Plutôt que de suivre les péripéties et de les souligner, le compositeur déplace l’axe d’intervention dans le film ; il opte pour l’idée de relief. Par ce parti pris résolument moderne, Waxman impose une distance entre la musique et l’image, conception tout à fait révolutionnaire à Hollywood. Avant de quitter la M.G.M. en 1943 pour la Warner Brothers, Waxman écrit la célèbre fanfare précédant le rugissement du lion dans le générique de la compagnie, désormais dans toutes les têtes.


Les Forbans de la nuit (Night and the city) – Jules Dassin (1950) – Main title & The city at night
Une Place au soleil (A Place in the Sun) – George Stevens (1951) – Main title & Suite

En 1950, Waxman reçoit l’oscar de la meilleure partition pour le film de Billy Wilder Sunset Boulevard (Boulevard du crépuscule). Sa grande trouvaille : avoir établi un contraste dans le rapport entre la musique et l’image en conduisant un discours parallèle à l’action tout en rejetant l’évidence. En 1951, un second oscar lui est attribué pour A Place in the Sun (Une place au soleil), de George Stevens. Pour ce mélodrame, Waxman a su éviter soigneusement le pathos musical et choisir une musique de timbres qui installe un climat trouble. Le ton musical est juste, en parfait accord avec l’image, même si le compositeur impose une certaine distance.


Fenêtre sur cour (Rear Window) – Alfred Hitchcock (1954) – Main title
Les Plaisirs de l’enfer (Peyton Place) – Mark Robson – Main title

À la fin des années 1950, le compositeur ralentit quelque peu son activité pour le cinéma. Il écrira une de ses dernières grandes partitions en 1959, pour le film de Fred Zinnnemann The Nun’s Story (Au risque de se perdre), adapté du célèbre roman de Kathryn C. Hulme. La musique traduit avec beaucoup de pudeur la volonté de vivre et de combattre, la souffrance et les espérance d’une nonne qui quitte son couvent pour affronter la tragédie de la Seconde Guerre mondiale. Pour la première partie de ce film, Waxman s’est inspiré du chant grégorien : même s’il s’en éloigne fortement – harmonisés et orchestrés, les thèmes sont écrits dans une rythmique moderne –, il n’en respecte pas moins l’esprit.


Au risque de se perdre (The Nun’s Story) – Fred Zinnemann (1959) – Main title & Gaby and her father
Taras Bulba – J. Lee Thompson (1962) – Main title

En 1947, Waxman avait fondé le Los Angeles International Music Festival, consacré à la création mondiale ou aux premières auditions aux États-Unis d’œuvres de compositeurs contemporains : Igor Stravinski, Arnold Schönberg, Alban Berg, Paul Hindemith, Dmitri Chostakovitch, William Walton, Ralph Vaughan Williams, Benjamin Britten… Il dirigera lui-même quelques-unes de ces œuvres. Même s’il n’a pas eu le temps de se réaliser véritablement en dehors de l’image, Waxman a composé des pièces qui ne sont pas destinées au cinéma, parmi lesquelles Carmen Fantasie, pour violon et orchestre (1947), Sinfonietta, pour cordes et timbales, dédiée à Rolf Liebermann (1955), un oratorio dramatique sur un texte de James Forsyth, Joshua (1959), un cycle de mélodies, The Song of Terezín (1966). Franz Waxman meurt d’un cancer le 24 février 1967, à Los Angeles.  [Juliette Garrigues, « Waxman Franz (1906-1967) », Encyclopædia Universalis]


[bandes originales] MIKLÓS RÓZSA 
Miklós Rózsa étudie au conservatoire de Leipzig et rencontre le compositeur Arthur Honegger à Paris. En 1940, il émigre en Californie et se fait connaître par ses musiques de film, notamment dans le film noir et le film historique. Il collabore avec des réalisateurs de renom comme Wilder, Lang, Cukor et Minnelli. En 1945, il remporte son premier Oscar pour la musique du film Spellbound d’Hitchcock. Cependant, c’est son travail sur les péplums qui le rend célèbre à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Lorsque ce genre devient désuet, sa carrière ralentit et il compose moins de films, souvent empreints de nostalgie pour le cinéma classique.

[bandes originales] BERNARD HERRMANN
Véritable père de la modernité en matière de musique de film, le compositeur et chef d’orchestre américain Bernard Herrmann a trouvé ses alliances les plus fécondes avecOrson Welles et Alfred Hitchcock ; celles-ci ne doivent cependant pas faire oublier ses collaborations avec de nombreux autres réalisateurs, au premier rang desquels Brian De Palma et François Truffaut.

[bandes originales] MAX STEINER
Le compositeur américain d’origine autrichienne Max Steiner fut, dans les années 1930 et 1940, un des principaux compositeurs de musique de film d’Hollywood, aux côtés d’autres Européens émigrés – l’Autrichien Erich Wolfgang Korngold, le Hongrois Miklós Rózsa, l’Allemand Franz Waxman, l’Ukrainien Dimitri Tiomkin –, contraints à l’exil par la montée des régimes totalitaires sur l’ancien continent.


Exil et naissance d’un son hollywoodien
Exile To Hollywood est un projet artistique conçu par Isabelle Durin et Michaël Ertzscheid, qui propose un programme pour violon et piano consacré aux grandes musiques de films hollywoodiens. Il met à l’honneur des œuvres composées entre les années 1930 et 1950 par des artistes européens, dont beaucoup ont dû s’exiler aux États-Unis. Parmi eux figurent Max Steiner, Erich Wolfgang Korngold, Miklós Rózsa ou encore Franz Waxman, des compositeurs qui ont profondément marqué l’identité sonore du cinéma classique et accompagné les images les plus emblématiques du septième art.
Editeur : NoMadMusic



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