GOLGOTHA – Julien Duvivier (1935)

Gabin l’a souvent raconté : c’est avant tout parce que Julien Duvivier tenait absolument à le faire jouer dans Golgotha qu’il a fini par accepter un rôle pour lequel il ne s’estimait pas fait. Cela se passait en 1934, et c’était peut-être la première fois que l’amitié éprouvée pour un réalisateur pesait son poids dans une décision professionnelle – mais ça n’était assurément pas la dernière. Toute sa vie, Gabin aura en effet à cœur de travailler avec des cinéastes dont il se sent proche, et qu’il fréquente souvent en dehors des plateaux. Il tournera ainsi sept films avec Duvivier, quatre avec Jean Renoir, quatre avec Marcel Carné, cinq avec Henri Verneuil, et battra son record de fidélité en tournant douze films avec Gilles Grangier ! Bien sûr, l’acteur a aussi œuvré sous la direction de réalisateurs avec qui il n’entretenait pas d’affinités particulières. Mais chaque fois qu’il l’a pu, Gabin a fait en sorte de travailler avec de vieux complices. Outre les metteurs en scène, on connaît la longue collaboration entretenue avec le scénariste Michel Audiard, le chef-opérateur louis Page et, plus encore, son habilleuse, la fidèle Micheline. Homme de clan et de parole, Gabin a également donné un coup de pouce à des amis comédiens qui avaient besoin de travailler, ou à des débutants qui peinaient à se faire un nom, comme Lino Ventura. Une manière de faire sienne une expression qui, pour lui, n’était pas vide de sens: celle de cc famille de cinéma..

HÔTEL DU NORD – Marcel Carné (1938)

« Dans un hôtel situé sur le bord du Canal Saint-Martin à Paris, on célèbre une communion. Les propriétaires et clients de l’établissement fêtent l’événement autour d’un repas chaleureux. Un couple de jeunes amoureux (Pierre et Renée) s’installe dans une des chambres. Au cours de la nuit, un coup de feu retentit… » C’est ainsi que démarre l’intrigue d’Hôtel du Nord, merveilleux film d’ambiance dont le personnage principal est bien entendu cet hôtel du canal parisien. Sur un scénario de Jean Aurenche et des dialogues de Henri Jeanson, Marcel Carné décrit avec autant de minutie que de passion les hommes et les femmes qui logent dans l’hôtel ou ses environs. Au milieu des décors imaginés par Trauner, on croise un patron paternaliste, un policier raciste, de jeunes amoureux naïfs, un éclusier cocu, et un mac accompagné de sa protégée.

SOME CAME RUNNING (Comme un torrent) – Vincente Minnelli – 1958

Réflexion sur l’inexorabilité du temps, le dérisoire des rêves et des passions, l’absurdité de la vie sociale, la fulgurance de l’instant et la tentation de la folie (jeu et alcool), Some came running (Comme un torrent) est le chef-d’œuvre de Minnelli. Frank Sinatra, Dean Martin et surtout Shirley Mac Laine apportent à l’univers de l’auteur un sang nouveau et une authentique vigueur.

HIS GIRL FRIDAY (La Dame du vendredi) – Howard Hawks (1940)

His Girl Friday (La Dame du vendredi) est une adaptation d’une célèbre pièce de théâtre nommée Front Page, écrite par le tandem Hecht et Mac Arthur, amis personnels d’Howard Hawks. Hecht fut par ailleurs un scénariste très prisé à Hollywood, et a travaillé à maintes reprises avec le réalisateur de The Big Sky (La Captive aux yeux clairs). The Front Page a déjà été porté à l’écran en 1931 par Lewis Milestone et Billy Wilder en donnera également une version en 1974 avec le tandem formé par les acteurs Walter Matthau et Jack Lemmon. His Girl Friday reste cependant non seulement l’adaptation la plus réussie de la pièce mais aussi un des sommets de la comédie hawksienne. Le cinéaste a comme à son habitude participé à l’écriture en compagnie d’un autre de ses scénaristes les scripts de, entre autres, I Was a male war bride (1951), Monkey Business (Chérie, je me sens rajeunir, 1952) ou encore Gentlemen prefer blondes (Les Hommes préfèrent les blondes, 1953).

HOME FROM THE HILL (Celui par qui le scandale arrive) – Vincente Minnelli (1960)

Adapté d’un roman de William Humphrey, auquel a été rajouté le personnage essentiel du fils illégitime, Home from the hill (Celui par qui le scandale arrive) fait penser au résumé que donnait  William Faulkner d’un de ses livres préférés, « Absalon, Absalon » : « C’est l’histoire d’un homme qui voulait des fils. Il en eut un de trop et il fut détruit. »

SOMEWHERE IN THE NIGHT (Quelque part dans la nuit) – Joseph L. Mankiewicz (1946)

Réalisé par Joseph L. Mankiewicz, Somewhere in The Night (Quelque part dans la nuit, 1946) place la figure du détective privé dans le dispositif des films sur les amnésiques. Sa forme repose sur les transcriptions visuelles de l’angoisse d’un homme sans mémoire qui cherche l’individu susceptible de l’éclairer sur son passé, puis découvre avec stupeur que celui qu’il veut retrouver n’est autre que lui-même. Et qu’il est un détective privé qu’on soupçonne de vol et d’assassinat.

JEAN GRÉMILLON : L’AMOUR DU VRAI

Le succès de Remorques, en 1941, devait constituer pour Jean Grémillon une revanche sur quinze ans de déboires. Les deux films qu’il tournera ensuite seront des chefs-d’œuvre.  
Curieusement, c’est au cœur d’une des périodes les plus noires de notre histoire, que ce « cinéaste maudit » va pouvoir le mieux s’exprimer, et dans l’œuvre de ce metteur en scène de gauche, s’il en fut, la période « vichyssoise » apparaît comme une trop brève saison privilégiée. Exemple d’un des nombreux paradoxes qui ne cessèrent d’illustrer la vie de Grémillon.  

TO HAVE AND HAVE NOT (le Port de l’angoisse) – Howard Hawks (1944)

«C’est le meilleur et le seul véritable metteur en scène de cinéma avec qui j’ai jamais travaillé, a dit Bacall .. Je pense qu’il était totalement en avance avec cette façon pleine d’esprit de montrer les hommes et les femmes. Ses films n’ont pas vieilli ils sont complètement modernes. Il trouvait que les femmes devaient se comporter comme les hommes. Avec lui, on se sentait en sécurité. Et on s’amusait ».