DE BROADWAY À HOLLYWOOD
Afin de donner un second souffle à la comédie musicale, Hollywood fait appel aux auteurs à succès de Broadway : leurs chansons, leurs spectacles, ou même parfois leur vie, seront portés à l’écran.
Afin de donner un second souffle à la comédie musicale, Hollywood fait appel aux auteurs à succès de Broadway : leurs chansons, leurs spectacles, ou même parfois leur vie, seront portés à l’écran.
«Don’t know why, there’s no sun up int he sky… Stormy Weather, since my man and I ain’t together… keeps raining all the time…» Ainsi commence l’une des plus jolies chansons de l’histoire du jazz chantée ici par Lena Horne et qui donne son titre au film. Film de jazz, film de danse, Stormy Weather est un moment extrêmement joyeux et entraînant, probablement la plus belle comédie musicale noire qui s’achèvera en une séquence explosive où les Nicholas Brothers, probablement les plus grands danseurs de Tap dance du monde, font une étourdissante démonstration de leur talent, à montrer impérativement à tous ceux que la danse inspire. Du pur bonheur !
A la fin du XIXe siècle, le Cotton Blossom descend le Mississippi avec à son bord la troupe de music-hall itinérante menée par le capitaine Andy Hawks. La fille de ce dernier, Magnolia, rêve de devenir elle aussi comédienne, malgré l’opposition farouche de sa mère. Mais lors d’une escale dans un village, un événement dramatique va venir chambouler l’organisation de la petite compagnie… Adapté d’un spectacle à succès de Jerome Kern et Oscar Hammerstein II, le film de George Sidney fait partie de ces superproductions musicales dont la MGM a le secret. Retour sur une œuvre-phare.
Sid Sorokin (John Raitt) est nommé inspecteur général à la fabrique de pyjamas « Sleep-tite ». Il s’éprend de Babe Williams (Doris Day) qui dirige le bureau des réclamations et fait partie du bureau syndical. Ce dernier réclame avec insistance une augmentation de sept cents et demi que le directeur, Hasler (Ralph Dunn), refuse de donner. Furieux, les ouvriers sabotent alors leur travail et Sid est obligé de renvoyer Babe mais il est décidé à vérifier les livres de comptes de la fabrique, gardés dans un coffre dont seule la comptable, Gladys (Carol Haney), a la clé. Sid séduit Gladys, vérifie les comptes et découvre qu’Hasler a en réalité fait figurer l’augmentation de sept cents et demi qu’il a toujours refusée. Il menace alors Hasler de tout révéler aux employés. Au cours du meeting syndical, Hasler annonce au personnel qu’il lui accorde l’augmentation tant réclamée. Babe rejoint alors Sid qu’elle n’a jamais cessé d’aimer et avec qui elle va se marier.
Rusty Parker fait partie d’une troupe de danseuses qui se produit dans un modeste cabaret de Brooklyn. mais elle a de l’ambition, et lorsque l’une de ses partenaires annonce qu’elle va tenter sa chance dans un concours de mannequin, Rusty se dit qu’elle devrait s’y présenter elle aussi. Même si cela risque de poser problème à Danny McGuire, le directeur du cabaret, qui est amoureux d’elle et qu’elle aime en retour… Œuvre charnière de la comédie musicale, Cover Girl de Charles Vidor marque l’accession au rang de stars de Rita Hayworth et de Gene Kelly, lequel s’avère en outre un formidable chorégraphe.
Tourné pendant l’été 1950, le second film de Stanley Donen est avant tout un écrin pour le talent extraordinaire de Fred Astaire, parfaitement secondé ici par la charmante Jane Powell.
Amoureux sur scène, Tom et Ellen Bowen sont frère et soeur à la ville. Leur nouveau spectacle de Broadway remporte un tel succès qu’on leur propose bientôt de le présenter à Londres. Tous deux sont évidemment emballés à cette idée, même si cela implique pour Ellen de laisser à New York ses chevaliers servants. Les artistes s’embarquent donc pour l’Angleterre, où se prépare fébrilement le mariage de la jeune princesse Elizabeth…
Première des deux comédies musicales interprétées par les talentueux Fred Astaire et Rita Hayworth, cette production de la Columbia mise en outre sur une bande originale signée Cole Porter.
Attention les yeux : sorti en 1941, Hellzapoppin n’a rien perdu de son impact. Totalement atypique, la transposition sur celluloïd du spectacle culte de Broadway défie les lois du genre, dans sa manière de mélanger justement tous les genres : le film emprunte à la fois au burlesque, à la satire, au cartoon, et même… à la comédie musicale – le tout mené à un rythme frénétique. Mais si les numéros chantés se succèdent ici, c’est pour mieux se démarquer de la concurrence en les émaillant de gags toujours plus « hénaurmes ». Il est même étonnant de voir à quel point le film peut se lire comme une parodie de la comédie musicale classique, avec son couple de jeunes amoureux aussi beaux que fortunés, montant un spectacle dans le vaste jardin de la propriété familiale… Le fait que cette partie de l’intrigue ait justement été exigée par le studio pour respecter les codes du genre n’en est que plus réjouissant. Olsen et Johnson, les deux créateurs du spectacle original, se servent en outre des moyens d’expression propres au cinéma pour ajouter de nouveaux effets comiques impossibles à obtenir au théâtre, faisant d’Hellzapoppin un film à part entière. Lequel influencera, bien plus tard, un autre classique du « musical loufoque », The Rocky Harrar Picture Show…
Véritable magicien du cinéma, Vincente Minnelli a porté la comédie musicale à son point de perfection, ce qui ne doit pas faire oublier qu’il est l’auteur de quelques chefs-d’œuvre du mélodrame.
Singin’ in the rain (Chantons sous la pluie) fait partie de ces films si mythiques qu’il n’est guère besoin de les avoir vus pour en connaître les meilleures scènes. Qui n’a jamais admiré Gene Kelly danser dans les flaques ? Qui n’a jamais fredonné « Singin’ in the rain » ?
Dans Daddy long legs (Papa longues jambes), les raffinements du ballet parisien se mêlent à l’énergie du music-hall américain. Servi par la musique de Johnny Mercer, le film de Jean Negulesco marque l’unique rencontre à l’écran de deux légendes de la comédie musicale : le géant Fred Astaire et l’étoile Leslie Caron.
Sortie au printemps 1949, cette comédie musicale de Busby Berkeley se livre à une étonnante incursion dans le monde du baseball américain, et marque la montée en puissance d’un certain Gene Kelly.
Le chanteur de music-hall Joey Evans est un séducteur impénitent qui a la réputation de créer des tas d’ennuis à ceux qui l’emploient. Débarquant à San Francisco, il parvient à se faire engager dans un cabaret, où il entreprend de conquérir une jeune danseuse, mais cet homme ambitieux et sans scrupule va également tenter de séduire une femme du monde qui pourrait l’aider à monter son propre établissement. Sortie en 1957, cette comédie musicale de George Sidney bénéficie de la présence de trois grandes stars (Rita Hayworth – Frank Sinatra – Kim Novak), ainsi que d’une bande originale entièrement signée Richard Rodgers et Lorenz Hart.
Couvert d’oscars et de récompenses de toutes sortes, généralement porté aux nues, considéré souvent comme le plus grand « musical » de l’histoire du cinéma, Un Américain à Paris est le film qui a le plus contribué à la célébrité de Vincente Minnelli. Quand on parle de lui aux profanes, on peut se contenter de dire : c’est l’auteur de Un Américain à Paris. That’s Entertainment, laborieux film de montage, se termine, en apothéose, par son célébrissime ballet final. Un livre entier (The Magic Factory : How MGM Made An American in Paris), a été consacré au tournage. Tous les collaborateurs du film en parlent avec des sanglots dans la voix. Et pourtant, nous restons sur une étrange impression de réserve, car il s’agit d’un des films les plus inégaux de son auteur. Si le ballet final, maintes fois célébré, n’a rien perdu de son éclat, il faut pourtant nuancer sur le reste et si, finalement, Un Américain à Paris était un des films les moins personnels de Minnelli ? Si sa réputation était, en partie du moins, usurpée ?
Avant-garde ! A l’issue d’une projection de travail organisée le 29 août 1947 à la MGM, Cole Porter fait part de ses craintes au producteur Arthur Freed : selon lui, The Pirate risque fort de dérouter le public. Et de fait, malgré son affiche prestigieuse, la sortie de cette comédie musicale atypique va constituer un désastre financier, les recettes atteignant à peine la moitié du budget initial… D’où vient que ce film, aujourd’hui culte, n’a pas séduit en 1948 ? Il est certain que la manière dont The Pirate flirte sans cesse avec le second degré a de quoi surprendre à l’époque.