THE STRANGE LOVE OF MARTHA IVERS – Lewis Milestone (1946)

Grand film noirBarbara Stanwyck incarne déjà une mante religieuse qui fera tout pour garder un pouvoir acquis dans le sang d’un crime de jeunesse. (…) Lewis Milestone construit un récit complexe, où chacun se débat dans le piège de sa conscience, de sa mémoire. On ne s’étonne pas de la richesse du scénario, puisqu’il est l’oeuvre de Robert Rossen, futur réalisateur de The Hustler (L’Arnaqueur), ni de la tension de la mise en scène, car l’assistant de Milestone n’était autre qu’un débutant nommé Robert Aldrich ! Kirk Douglas jouait son premier rôle, aux antipodes de ses futures prestations : il est remarquable en pauvre bougre. A noter, la présence de Lizabeth Scott, véritable clone de Lauren Bacall. [Guillemette Odicino – Télérama – juillet 2017]

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THE STRANGE LOVE OF MARTHA IVERS (L’Emprise du crime) – Lewis Milestone (1946) – Van Heflin, Barbara Stanwyck, Lizabeth Scott

L’histoire : Une situation familiale complexe se dénoue par un meurtre et la jeune Martha Ivers (Barbara Stanwyck ) hérite d’une grosse fortune. Vingt ans plus tard elle se trouve à la tête d’un vaste complexe industriel dans une petite ville du Middle West. Elle rencontre par hasard un vieil ami d’enfance, Sam Masterson (Van Heflin), ce qui rallume en elle d’anciennes passions et des sentiments de culpabilité qui avaient disparu avec le temps. Le mari de Martha, le procureur O’Neil (Kirk Douglas), homme faible et alcoolique, furieux d’apprendre la présence en ville de Masterson, emploie comme appât, pour le faire partir, une jeune femme, Toni Marachek (Lizabeth Scott). Masterson comprend rapidement ce que trame O’Neil et décide d’aller le voir, mais il commence par faire la cour à Martha pour découvrir les véritables motivations du couple. Il comprend alors que Martha a réellement assassiné sa tante. O’Neil reproche à Masterson d’avoir une aventure  amoureuse avec Martha, puis, ivre  d’alcool et de rage, tombe dans l’escalier. Martha supplie son prétendu amant d’assassiner O’Neil. Il refuse la laissant seule avec son mari. Le couple se rend compte qu’il va être obligé de révéler le crime commis il y a des années. O’Neil tend à sa femme un revolver avec lequel elle le tue puis se suicide à son tour. Sam quitte la ville en compagnie de Toni, en disant: « Je voulais voir si je pouvais avoir de la chance deux fois de suite. »

 

Après la guerre, Hall Wallis, avec son goût des histoires extrêmement romanesques, produisit des scénarios très reconnaissables. Ses personnages, appartenant rarement aux classes populaires, souffrent toujours de névroses et d’obsessions. Ses scripts donnèrent à des réalisateurs expérimentés comme Dieterle, Litvak et Milestone, une certaine liberté d’expression mais la plume de Wallis apparaît toujours derrière ses personnages angoissés, incapables d’action, tels ceux qu’incarnait Ann Richards dans Love Letters (Le Poids d’un mensonge) et Sorry, Wrong Number (Raccrochez, c’est une erreur). On reconnaît aussi sa griffe dans sa manière de faire appel aux phantasmes secrets du public, ou enfin, par la manie qu’ont ses protagonistes de revenir sur les lieux de leurs anciens traumatismes pour ranimer des passions refoulées.  [Encyclopédie du film Noir – Alain Silver et Elizabeth Ward – Ed Rivages (1979)]

 

La musique deThe Strange love of Martha Ivers (L’emprise du crime), écrite par Miklos Rozsa, est un bon exemple conventionnel de l’usage du leitmotif dans les films hollywoodiens. Cette technique associe un thème musical particulier à chaque personnage et à chaque situation, renforçant le développement dramatique et aiguisant chez le public la compréhension et les attentes non verbalisées. Notons, par ailleurs que la chanson Strange Love, illustre la douceur de Toni, laissant présager un happy end, et n’évoque pas du tout la dureté de Martha. L’art de Rozsa est tel que même les moments musicaux prennent un relief caractéristique.  [Encyclopédie du film Noir – Alain Silver et Elizabeth Ward – Ed Rivages (1979)]

 

Le grotesque triangle amoureux formé par les trois protagonistes charge The Strange love of Martha Ivers d’implications noires. En effet, les personnages dans la mesure où leurs relations sont sous-tendues par la peur, la culpabilité ou la cruauté, sans oublier un romantisme excessif, sont caractérisés par un déséquilibre émotionnel. Masterson, joué par Heflin, a la fonction d’un catalyseur. Son arrivée provoque non seulement des bouleversements dans la vie quotidienne de la ville, mais aussi la mort de ses citoyens les plus importants. Milestone a voulu établir des affinités entre le sexe et la violence et mettre en scène les manipulations sadiques d’une femme fatale. Douglas incarne un O’Neil typique d’une certaine tendance du film noir à faire des personnages dotés d’un grand pouvoir social, des gens malades et impuissants physiquement. Masterson, quant à lui, doit se contenter de réagir aux désirs d’emprise de Martha Ivers. Le double suicide, inhabituel, associe une fois de plus le film noir au concept surréaliste de « l’amour fou », lequel ne trouve sa justification que dans la mort.  [Encyclopédie du film Noir – Alain Silver et Elizabeth Ward – Ed Rivages (1979)]

Les extraits

 

 

Fiche technique du film

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